© Will Robson-Scott

Entretien : parti de rien, regardez où en est Octavian

Quand l’ascenseur social pète le plafond.

© Will Robson-Scott

Posé avec deux-trois amis dans les coulisses de Rock en Seine, quelques heures avant d’aller chanter, danser et littéralement foutre le feu sur scène, Octavian nous a accordé une courte interview. S’il a passé la majeure partie de sa vie à Londres, Octavian Oliver Godji est franco-anglais, né à Lille d’une mère ivoirienne. Le jeune rappeur comprend le français, mais il préfère mener la discussion en anglais, naturellement plus à l’aise.

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Le temps pour lui de nous parler de sa vie d’avant, faite de vagabondages, de free parties, d’études qui l’avaient peu intéressé et de son unique échappatoire, la musique. À 22 ans, l’enfant du South East London qui a choisi son prénom en nom d’artiste a récemment été propulsé au rang de jeune espoir du rap made in UK.

En grande partie grâce à Drake qui, en janvier dernier et en pleine after party des Golden Globe, avait posté une vidéo dans laquelle il reprenait les paroles de "Party Here", première claque signée Octavian sortie en septembre 2017. Les deux artistes se sont rencontrés "plusieurs fois" nous dit-il, "c’est un mec cool. S’il passe à Londres, on pourra bosser ensemble."

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À cheval entre la grime, le dancehall et le R’n’B, ce premier morceau lui a donc permis d’arriver jusqu’aux oreilles de Drake. Mais avant cela, Octavian a vécu des périodes beaucoup plus sombres, peu propices à l’épanouissement d’un jeune artiste. Il en a pourtant fait une arme.

Alors âgé d’une quinzaine d’années, en échec scolaire et entretenant des relations compliquées avec sa mère, Octavian est renvoyé en France pour vivre chez son oncle. Deux années durant lesquelles il était inscrit dans une école privée lilloise, et dont il garde un terne souvenir. À son retour à Londres rebelote. Sa mère le met définitivement à la porte et voilà que le jeune homme, mineur, se retrouve à errer entre squats, canapés de potes et rave parties où il y faisait d’ailleurs son petit business. "C’était la seule voie qui s’ouvrait à moi. Je ne peux plus aller en rave maintenant, pas plus", se justifie-t-il.

Jusqu’au jour où il s’installe en colocation avec son pote J Rick. Les deux amis sont inscrits ensemble à la prestigieuse BRIT School, qui a vu passer King Krule, Jessie J ou encore Adele. Mais très vite, Octavian, déjà mordu de rap et de grime, s’aperçoit qu’il n’est pas fait pour être encadré. En témoigne l’improbable épanouissement qu’il a ressenti lorsqu’il était à la rue : "J’étais hors-circuit et je devais faire avec. Ça m’a donné de la liberté pour être honnête", nous confie-t-il. "J’ai fait des rencontres, je me suis fait des amis qui m’aidaient de temps à autre. C’est une vie de folie."

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Quand on lui demande ce qui l’a plus aidé dans son développement artistique entre la vie de vagabond et les cours de la BRIT School, Octavian ne laisse aucune place au doute. C’est sa vie de vagabond qui l’a mené à ce qu’il est aujourd’hui. "La BRIT School, c’est pour les gens qui veulent formater leurs talents. On t’apprend à te comporter sur scène d’un point de vue théâtral, pour jouer. Ce n’était pas de la grime, ce n’était pas moi."

Les deux colocs décident alors de se lancer à deux. J Rick à la prod et Octavian derrière le micro. De ces premières collaborations naissent deux EP, 22 et Essie World. De 22 l’on retient l’envoûtante intro posée sur une guitare sèche, un piano et des violons, l’outro tout aussi planante sur lequel il jongle entre rap et chant, en passant par un bon gros banger mi-grime mi-trap "Supreme Being". Un condensé très prometteur posté sur son compte SoundCloud en 2016.

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Entre 22 et Essie World, Octavian a lâché un freestyle de feu intitulé "Grow Some Dreads" dans lequel il évoque sans filtres sa jeunesse de vagabond sur une prod old school. Une corde de plus à son arc qu’il n’avait jusque-là pas dévoilé. Un an plus tôt, il participait à un morceau estampillé #grime sur SoundCloud en collaboration avec d’autres rappeurs. L’étiquette Grime ne lui a pas empêché de faire un clin d’œil à Migos, reprenant "Versace" au début de son couplet.

Avec Essie World, Octavian rend avant tout hommage à sa ville. "Essie" pour "S-E" en anglais qui désigne le sud-est de Londres. Mais il rend aussi hommage au Essie Gang, une équipe audiovisuelle qui l’a accompagné sur les deux premiers EP.

Dans cette seconde création maison, Octavian continuait sur la lancée de son premier projet, variant principalement entre grime et R’n’B. Mais avec "Party Here" sorti en septembre 2017, il a pris une autre dimension, réussissant à merveille le pari de faire un morceau libre de toute étiquette. Alliant à merveille ses influences R’n’B, dancehall et rap, "Party Here" est avant tout un signe de liberté de la part du jeune rappeur franco-anglais. Une liberté de création qu’il puise bien évidemment de sa période d’errance adolescente mais aussi des artistes qui l’inspiraient étant petit, de Booba aux Red Hot en passant par 50 Cent ou encore Sexion d’Assaut.

"Quand j’étais très jeune, un rappeur comme 50 Cent m’a appris à être jeune et se sentir libre. Tu peux faire ce que tu veux quand tu veux, tant que tu le fais par amour ou par passion."

S’en suit "100 Degrees", sa collaboration avec le jeune Sam Wise sortie le 26 janvier dernier. Un titre mi-trap mi-grime à l’atmosphère revancharde, comme si le nouvel Octavian commençait à prendre l’ascendant sur sa vie d’avant. Deux mois plus tard, "Hands" venait compléter la liste des cordes à son arc en mêlant la grime et le dancehall.

Puis, le 1er juin dernier dans "Little", Octavian mettait en scène son ascension fulgurante. En profitant pour se rapprocher un peu plus de Drake en tournant une partie du clip dans l’OVO Store de Londres. Un titre dans lequel on peut ressentir, entre autres, l’influence de Migos sur la musique du jeune franco-anglais.

À peine 20 jours plus tard, et le lendemain du solstice d’été, Octavian et le jeune producteur anglais Mura Masa se sont alliés sur le morceau "Move Me". Un titre dancehall qui, soit dit en passant, a littéralement foutu le feu dans le public de Rock en Seine.

Au même moment, Virgil Abloh organisait son tout premier défilé pour Louis Vuitton. Défilé auquel était convié Octavian, pas pour regarder les mannequins passer, mais pour défiler avec eux sur le catwalk. C’est ainsi qu’on a pu le voir défiler aux côtés d’autres artistes mannequins d’un jour invités par Abloh comme Kid Cudi, Playboi Carti et ASAP Nast. L’occasion pour lui de côtoyer les nombreux artistes et célébrités présentes ce jour-là. "C’était incroyable, il y avait tellement d’artistes dans les coulisses, Kid Cudi, Travis, les Kardashian, Rihanna."

Abloh semble bien apprécier le jeune franco-anglais, à tel point qu’on l’a entendu passer un de ses morceaux lors du dernier Oasis Festival à Marrakech.

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Après avoir passé l’été à enchaîner les festivals, Octavian a sorti son single "Revenge" tout début septembre. "Revenge" devait aussi être le titre de sa mixtape, mais il en a décidé autrement, estimant que le terme était déjà trop exploité par d’autres artistes. "Revenge a déjà beaucoup été utilisé. Je voulais en faire le titre de mon projet. D’être passé de pauvre à riche, ça c’est une vraie revanche."

Sortie le 10 septembre dernier, Spaceman comporte 14 titres, et demeure un bon résumé de tout ce qui a pu rythmer les premières créations du jeune, de la trap à la grime en passant par le dancehall ou encore le R’n’B. Un esprit libre aux multiples influences, dans un corps libre, toujours prêt à accompagner ses mélodies de quelques pas de danse.

Aujourd’hui, et alors qu’il nous confie avoir "presque fini" la création de son tout premier album, Octavian Oliver-Godji est un vrai OG. Souvenir d’une époque à laquelle ses initiales le suivaient dans son nom d’artiste : "Octavian (OG)".

Si Drake lui voue un attachement tout particulier, c’est peut-être tout simplement parce qu’il a commencé tout en bas pour arriver là où il en est aujourd’hui. Car c’est lorsqu’il était mineur et à la rue qu’il s’est rendu compte "que tout était possible", qu’il pouvait "commencer tout en bas et finir au top." Prenez-en de la graine.

Par Henri Margueritte, publié le 28/09/2018

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