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Le Paris de Teki Latex

Publié le

par Tomas Statius

À l'occasion de la sortie de la compilation SND.PE Vol. 4 : Melodic Mechanism, on a fait le tour des adresses parisiennes préférées de Teki Latex. On y trouve des sapes, de la bouffe et pas mal de Japon.   

"Coucou c'est Teki Latex" - Crédits Image Tomas Statius

Trop a déjà été écrit sur Teki Latex. Le parcours du bonhomme est exemplaire et celui qui a été le frontman de TTC, le chef de la colonie d'Institubes et qui est aujourd'hui le boss de Sound Pellegrino a toujours mis toute son énergie au service de genres et d'entreprises musicales auxquels il croyait. Le rap d'abord, la musique électronique ensuite.

À l'occasion de la sortie de la compilation SND.PE Vol. 4on a fait le tour de ses endroits favoris de la capitale. L'occasion de parler de musique, entre autres choses.

Le Grand Pan

Julien Pradeyrol aka. Teki Latex est un enfant du quinzième. Il y a grandi et y habite toujours. Ce mardi 27 janvier 2015, il vient de rentrer d'une tournée qui l'a emmené de Montréal à New York jusqu'aux Bahamas. Sur le Holy Ship – célèbre croisière musicale version techno – il a cotoyé ses potos Djedjotronic, Spank Rock ou encore Alex Rida alias Boys Noize. "C'est un peu un état des lieux de la rave aux États-Unis si tu veux", commente-t-il avant d'avouer : "Mais bon, la bouffe était dégueu." 

Le Gran Pan, restaurant dans le 15ème arrondissement de Paris - Crédits Image Naomi Clément

La bouffe, c'est justement ce qui nous amène dans le Sud de Paris. Au restaurant le Grand Pan – sorte de temple du terroir, entre Corrèze et Sud-Ouest – il est traité comme un habitué. "Je viens ici au moins deux fois par semaine", raconte-t-il. C'est un peu le pote de tout le monde, d'ailleurs le chef l'appelle Ju. Il a un mot pour chacun, une attention qu'on lui rend en le traitant en invité de la première importance. Après avoir épluché la carte et bien écouté ses conseils, on commande. Teki prend une soupe de marron, une palombe et un plateau de fromages. Et une eau pétillante, forcément.

Sans jeu de mot aucun, à l'heure de la sortie de la compilation, il est bon de rappeler qu'en février son label Sound Pellegrino aura 7 ans. Pour notre homme, ce sera un tournant : "Institubes [précédente entreprise lancée dans la foulée de TTC, ndlr] aura duré sept ans. Si je fais une année de plus avec Sound Pellegrino, ça deviendra enfin le truc principal de ma vie pour les gens. Je serai gagnant." Et si tout ça s'arrête, Teki ne maugréera pas : "On se réinventera, comme on l'a toujours fait." 

Le Vieux Campeur

Si Teki confirme ne pas être un fan d'activité physique – "je ne fais que du sport de club, moi" – l'homme a pourtant un fétichisme pour les accessoires de sport, qu'il ne cache plus. Ceintures, bananes, chaussures de randonnée, sacs à dos... il est équipé pour affronter toute situation, et aime à utiliser des fringues techniques comme totem de mode :

J'ai une passion pour les petites lanières, tu vois ? Alors le mieux c'est quand il y a plein de petits fils colorés dedans, j'adore ! Je pense que je suis un des seuls à traiter les sapes techniques comme un objet de mode.

Dans les rayons du Vieux Campeur – chaîne de magasins dédiée au "sportswear" sous toute ses formes, installée dans le 5ème arrondissement de la capitale – on croise des sacs de toute taille, des bananes à foison, une collection de lanières. Teki s'arrête devant une sacoche : "Ça aussi je l'ai ! L'été quand tu veux pas mettre de sac à dos qui te fait transpirer, mais que tu veux pas que tout se barre de tes poches... Bah voilà. Bien touriste allemand, comme on aime." 

Teki Latex au Vieux Campeur - Crédits Image Tomas Statius

Pourtant Teki n'a pas toujours été un fan d'Outdoor Wear. Plus connu – il fut un temps – pour ses extravagances en matière de coloris et de motifs, c'est récemment qu'il s'est converti à la sape technique :

Ma passion pour les vêtements techniques est un truc assez récent qui me vient du Japon mais aussi de ma passion pour les fringues vintage de rap, de Nike à Ralph Lauren... tout ça me passionne. Avant quand j'allais chez Ralph Lauren j'allais voir les polo de rugby ; maintenant je vais voir RLX [ligne technique de la marque américaine, ndlr].

Un jour, s'il a le temps, il ouvrira un magasin dédié à toutes ces marques. De Nike ACG à North Face, de Patagonia à Millet, de Colombia à Arcteryx en passant Helly Hansen. Un shop où l'on trouverait du vintage qu'il irait chiner sur eBay et du neuf. Du uni – noir de préférence – et du coloré. "Mais bon, j'aurai du mal à trouver un public... Les mecs qui font de la randonnée en ont rien à foutre d'une doudoune North Face de 1995 !", s'amuse-t-il.

Junku

Quand on arrive chez Junku, célèbre librairie japonaise installée dans le premier arrondissement de la capitale, Teki nous prévient : "Ici il faut pas faire trop de bruit." Dans l'entrée, un présentoir rempli de magazines colorés. Pour l'homme, le Japon, ça veut dire plein de choses mais c'est avant tout une influence indéniable niveau mode :

Le Japon est le pays où toutes les idées qui te passent par la tête peuvent avoir un magazine. Voici par exemple un magazine Bape pour les enfants (rires). Ici tu as un magazine sur les outils, un autre sur les pompes de rando et si tu n'en as pas assez, tu as encore un autre sur les outils ! C'est dans un magazine comme celui-ci que j'ai découvert la marque MontrailAu niveau mode le Japon est dans le futur. Mon magazine préféré c'est Outdoor, un magazine spécialisé dans les sapes techniques.

Les étales de Junku - Crédits Image Naomi Clément

Quand il feuillette les pages, le boss de Sound Pellegrino finit par s'exclamer : "Ils ont des coloris qu'on n'a pas en Europe. Ils arrivent à rendre sexy des trucs qui ont l'air moches." Au sous-sol, coin manga, le bonhomme se rappelle ses années collèges. Les B.O. des animes qu'il saignait autant que les disques de Michael Jackson :

Je passais mon temps libre à me rendre dans les magasins d'import japonais. D'abord Junku – qui à l'époque était rue Saint-Honoré – puis Tojyodo, Tonkam à Bastille et enfin Musika. Quand mes potes et moi on s'est rendu compte qu'on pouvait choper les jeux et les disques en avance, on est devenu fous ! Aucun manga n'était traduit en France à part ceux du club Dorothée qui étaient amputés de pas mal de séquences. On lisait les cases et on essayait de deviner ce qui se passait.

J'écoutais aussi pas mal une radio qui s'appelait Superloustic où il passait des génériques de manga en version originale [il a d'ailleurs fait un podcast spécial musique japonaise sur Rinse France, ndlr]. On était une petite bande d'Otaku [des nerds de culture japonais, ndlr]. On se faisait des dédicaces.

En pleine lecture - Crédits Image Tomas Statius

Teki a pourtant dû arrêter les mangas : "J'ai décroché depuis Evangelion."  Trop de choses à accomplir pour dévorer des cases dont il est pourtant fan. Trop de monde à voir au gré de journées toujours bien remplies. 

Showroom de PHIRE WIRE

Mais il n'y a pas que les magazines japonais dont le boss de Sound Pellegrino est fan. Au pays du Soleil Levant, où il se rend chaque année, Teki et son inconditionnel bagou se sont fait plus d'un pote. Aujourd'hui, il nous emmène voir les dernières créations de son ami Kiri, ancien fondateur de la maison REVOLVER, qui a profité de la semaine de la mode parisienne pour présenter sa nouvelle marque : PHIRE WIRE.

Un première collection très sobre, inspirée de l'univers aquatique, mais dont les matières et les coupes sont très travaillées, emplies d'une certaine noblesse. Parmi les pièces exposées, certaines attirent le regard de notre ami Teki, comme ce poncho noir très ample, dont il est visiblement tombé amoureux. "Je suis super fier de ce qu'ils ont fait, pour une première collection c'est vraiment bien !"

Teki au show-room PHIRE WIRE - Crédits Image Naomi Clément

Nike LAB P75

Pour le dernier lieu de cette journée, Teki nous emmène dans son temple sacré de la basket : le magasin Nike LAB P75 du marais. Bâti sur une ancienne librairie, le magasin est connu pour présenter les pièces les plus techniques de la maison à la virgule. Des coupes-vent ACG aux ensembles de running GYAKUSOU, en passant par les Sneakerboots colorées.

C'est d'ailleurs sur une paire de ces dernières que Teki flashe. "Mais les noires, en cuir. Les autres sont beaucoup trop colorées pour moi." Il passera les chercher plus tard. Dans une petite demi-heure, son acolyte Orgasmic prend possession des ondes de Rinse FM. Et il ne faut pas manquer ça.

Teki et ses nouvelles pompes - Crédit Image Naomi Clément

Le Grand Pan - 20 rue Rosenwald, 75015
Le Vieux Campeur - Un village de 30 boutiques autour du 48 rue des Écoles, 75005
Junku - 18 Rue des Pyramides, 75001 Paris
Pire Wire - www.phirewire.tokyo
Nike LAB P75 - 12 Rue des Hospitalières Saint-Gervais, 75004

Propos recueillis avec Naomi Clément.

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