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On y était : Arcade Fire aux Nuits de Fourvière, à Lyon

Publié le

par Sophie Laroche

©konbini

Quelques jours après l’annonce de la sortie prochaine de leur cinquième album studio, Everything Now, les Canadiens d’Arcade Fire se sont produits le 5 juin aux Nuits de Fourvière, à Lyon, au cours de l’un des rares concerts prévus avant la sortie du projet. On y était et on vous raconte.

(© Sophie Laroche/Konbini)

Arcade Fire fait partie de ces groupes qui savent créer une attente. Enchaînant les périodes d’effervescence musicale et les longues absences, les membres du groupe se font souvent discrets entre deux albums. Une attitude à mille lieues de leur statut de rock stars, confirmé en 2011 lorsqu’ils ont remporté le Grammy Award de l’album de l’année avec leur troisième opus, The Suburbs. Un culte du secret qui fait du bien comme il titille. Alors que le groupe vient d’annoncer la sortie de son prochain album, Everything Now, dévoilant par la même occasion deux nouveaux morceaux – "Everything Now" et "Creature Comfort" – il se lance à l’assaut des festivals européens. Ça a commencé par le Primavera Festival, qui est l’événement qui doit compter les meilleures têtes d’affiche d’Europe, suivi par les Nuits de Fourvière, à Lyon – moins impressionnant en matière d’hectares et de fêtards, mais avec un cadre époustouflant. Niché dans les hauteurs de Lyon, le lieu est un théâtre antique, un vestige romain de l’époque d’Auguste, qui offre une vue imprenable sur la ville. Comme on y était, on vous raconte tout ce que l’on y a vu.

Le bal est ouvert par le batteur français de Tame Impala, Julien Barbagallo. Le théâtre est déjà plein. S’étendant dans toute leur verticalité, les antiques gradins forment un mur humain éclairé par le jour qui tarde à se coucher. Autant dire qu’il faut du courage pour assumer une première partie dans un lieu aussi impressionnant. À cet exercice, son groupe (qui porte son propre nom) s’en sort avec brio. Il faut dire que le batteur avait déjà assuré un concert avec Tame Impala sur cette même scène, l’année dernière.

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Après la performance de Barbagallo, l’ambiance s’électrise à mesure que le moment tant attendu approche. À 22 heures 20, la scène s’illumine à nouveau. Une sorte de grande cage vitrée et enfumée – qui sert aussi d’écran – prend vie en affichant immense les lettres "NOW". Les premiers membres d’Arcade Fire débarquent, suivis des souverains Win Butler et Régine Chassagne. C’est "Wake up", qui inaugure la soirée, suivi par le nouveau "Everything Now", et le chaleureux "Haïti", des morceaux feel good qui viennent chauffer le public et détendre l’atmosphère.

La nuit s’est abattue, il est temps d’aborder le solennel "Here Comes the Night Time". Après ce morceau transition, on assiste alors à une sorte de rétrospective de l’œuvre du groupe. Une démarche un peu muséale qui colle avec ce décor d’un autre temps. Ainsi on revoit de façon chronologique les albums du groupe, en commençant par le poétique Funeral (avec "Wake Up" et Haïti") qui les a révélés, puis vient le temps du plus mystérieux Neon Bible ("Windowsill", "Neon Bible"). Le milieu du concert est l’occasion de célébrer le conceptuel The Suburbs ("The Suburbs", "The Suburbs (Continued)", "Suburban War"). Les fans dans la fosse jubilent quand les autres membres du public restent timides, prenant la forme des pierres sur lesquels ils sont assis. Ceux qui se lèvent se font rappeler à l’ordre par les plus aigris à qui l’on gâche la vue. Un journaliste reprend alors les croulants gardiens de la bienséance : "On est à un concert de rock ou pas ?"

C’est peut-être la vraie question de la soirée. Lundi, Arcade Fire proposait une rétrospective qui a fait mouche – rappelant à beaucoup de beaux souvenirs – mais qui manquait peut-être de sel. Enfermée dans un théâtre antique comme dans un musée à ciel ouvert, l’ambiance était à la contemplation. Même "Afterlife", merveilleux morceau sur le deuil au potentiel larmoyant, est un peu tombé à l’eau. La soirée a pris un souffle nouveau quand est venue l’heure de "Ready to Start", suivie des dansants "Reflektor", "We Exist" ou "Sprawl II" (porté par Régine et son énergie communicative), mais surtout "Creature Comfort", le dernier morceau du groupe – calibré pour les stades – qui martèle un son presque révolté. Pour finir le show, Arcade Fire a choisi de boucler la boucle en revenant à l’album Funeral et à ses premiers morceaux ("Neighborhood #3" et "Rebellion (Lies)"). Le groupe sait viser là où ça touche et propose l’émouvant "In the Backseat" pour clore la soirée en beauté, nous prouvant au passage qu’il reste l’un des groupes les plus importants de ces dernières années.

L’album Everything Now (Columbia/Sony), sortira le 28 juillet prochain. Le groupe sera en concert le 9 juillet aux Eurockéennes de Belfort et le 15 juillet aux Vieilles Charrues.

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