©Guillaume Narduzzi / Konbini

On a passé le week-end la tête dans les caissons de la Dream Nation

Du vendredi soir au dimanche après-midi, le festival francilien a mis à l'honneur les musiques électroniques et l'esprit rave.

On vous avait promis qu’on serait là, et on ne vous a pas menti. Du vendredi au dimanche matin, nous nous sommes rendus à la grand-messe annuelle des musiques électroniques de la capitale, la Dream Nation. Pour sa sixième édition, le festival prenait place cette année dans les Docks de Paris à Aubervilliers, une grande zone industrielle en bordure de périph'. Direction le terminus de la ligne 12 dès le vendredi soir pour un week-end de folie. Une soirée, annoncée comme sold-out, qui se voulait être une mise en bouche d’un week-end exceptionnel.

On pénètre alors sur les lieux, où deux stages sont prévues pour la nuit : une techno en intérieur gérée par le collectif Possession, et une en extérieur sous la houlette de Diskonected. La scène intérieure se révèle à la hauteur de l’événement, avec de la place, une bonne sonorisation et une ambiance sombre et entraînante propice à la fête. Et ce grâce à une scénographie un poil simple mais diablement efficace, avec une sorte de portail intergalactique façon Stargate derrière les DJ, qui ont tous livré des B2B de haut vol jusqu’au petit matin.

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Les beats techno déferlent sur le Dock Eiffel, pour le plus grand plaisir des spectateurs. À l’extérieur, la modeste scène Boombus s’avère parfaite pour divertir les fêtards venus prendre l’air et s’offrir un moment de répit de la torpeur de l’intérieur. Il faut également saluer le choix de s’allier avec Possession, qui organise depuis quatre ans des soirées LGBTQIA+ et "hétéro friendly", rassemblant un public large, varié et où tout le monde est le bienvenu – à part les intolérants. Et ça, on plussoie. "Le monde change. La musique change. Les drogues changent. Même les hommes et les femmes changent. Dans mille ans, il n’y aura ni mec, ni nana. Que des branleurs", disait Mark Renton dans Trainspotting. Dur de donner tord au personnage, seulement vingt-trois ans après le film de Danny Boyle.

Trance et bass music à l’honneur

Le lendemain, la Dream Nation élargit encore un peu plus sa palette musicale : trance, dubstep, techno, hardcore… Il y en a pour tous. Meggido, vainqueur du concours annuel de Dream Nation entre DJ, lance les hostilités sur la scène hardcore, qui n’est autre que la scène techno de la veille. Elle hérite donc de la même scénographie, avec en plus de nombreux néons qui jonchent l’immense plafond du Dock Eiffel, allumés avec parcimonie. Le niveau général du décor est plus que satisfaisant. Pendant ce temps-là, les festivaliers affluent en masse à l’entrée.

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Si la scène techno – installée cette fois-ci en face de la scène hardcore (qui était la scène techno de la veille, je sais c’est compliqué) était résolument épurée mais présentait l’avantage d’être climatisée, la scène hardcore fait quelque peu pâle figure en comparaison avec ses homologues trance et dubstep. Ces deux scènes, littéralement dos à dos, sont clairement les plus réussies. De superbes dispositifs, de grands espaces tant en longueur qu’en largeur, et des shows plus captivants les uns que les autres. De plus, l’organisation a eu la bonne idée de ne pas fermer les salles cette année, y compris durant les peak time. Pourtant, il y en avait du monde. Beaucoup trop même, notamment dans les travées qui relient les scènes. À tel point qu’il était parfois compliqué de retrouver ses potes.

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Bon par contre, on ne va pas vous mentir, n’étant pas des gros amateurs des rythmes hyper-saccadés de la bass music (malgré une très belle programmation), on est plutôt allés phaser devant la trance. Il faut bien reconnaître que là aussi, les programmateurs ont réussi leur coup. Que ce soit l’OVNI Graviity, le duo superstar Infected Mushroom, ou la superbe prestation de Bliss à base de guitare rock et de psytrance bien vénère, le programme était très alléchant et a transporté les festivaliers toute la nuit dans les confins de l’espace-temps.

Radical Redemption et Partyraiser superstars

On vous avait prévenus qu’on traînerait surtout au hardcore, et on n’a pas trahi notre promesse. Le samedi soir fut dantesque. X-Pander se fend d’un set progressif à souhait, tandis que le boss du raw (une branche un peu énervée du hardstyle en gros) et tête d’affiche Radical Redemption nous gratifie du tube "20 000 Volts" en collaboration avec Yellow Claw, ainsi que du huitième volet de sa série de tracks "Brutal", celui-ci devant paraître à la fin du mois. Les fans sont survoltés, la salle est comble et se transforme à nouveau en véritable sauna. Comme pour celle dédiée à la bass music, il fait extrêmement chaud et humide. Les pauses deviennent quasi-indispensables.

À l’extérieur, les regards sont de plus en plus hagards. Le personnel présent derrière les stands a le mérite d’offrir des verres de glaçons (qui deviennent rapidement de l’eau donc, CQFD) à ceux qui en ont le plus besoin et qui ne sont pour la plupart pas en état d’effectuer une transaction d’ordre financière. Si l’immense majorité des gens n’ont aucun souci, d’autres offrent parfois le sentiment que la masse de fêtards se précipite davantage dans les Docks de Paris pour se défouler et s’évader d’un quotidien plus que pour apprécier réellement la musique et les artistes de réputation internationale qui sont présents. Dommage.

Parce que le meilleur reste encore à venir. L’excellent N-Vitral offre un set de haute volée, même si on peut regretter qu’il soit passé avant Billx, dont les tubes sont indéniables mais bien moins violents que ceux de son confrère. D’autant plus que le uptempo reprend une heure plus tard avec le boss irréfutable du genre, Partyraiser. Celui qu’on aime surnommer "tonton-raiser" assure le show, alors que la salle commence peu à peu à se désengorger. 

C’est ensuite au tour d’Andy The Core, abandonné par Lady Damage qui devait mixer avec lui, d’assurer le closing. Chose peu évidente que de conclure après Partyraiser, qui n’a étonnamment pas été prévu pour finir en beauté cette soirée. Si les interludes entre les kicks sont trop longs pour la plupart des festivaliers, le DJ italien assure toutefois avec un final plus que convaincant et des BPM retrouvés.

Un festival majeur de la scène française

Il est 7 heures et c’est le grand retour à la réalité après des heures de beats infernaux et de visuels fantasmagoriques. Il faut dire que généralement, regarder le prix d’un uber surtaxé pour rentrer chez soi suffit amplement à redescendre sur terre très rapidement. La foule se disperse, certains d’un pas déterminé, d’autres titubant sur la route. Pourtant, la fête est loin d’être finie. Un autre closing est prévu de 7 heures à 14 heures pour les plus endurants, à seulement 100 mètres des Docks de Paris, dans la Gare des Mines, avec de la techno, de la trance et de la bass music. On vous raconterait avec plaisir mais comme on reprend le boulot le lundi matin, on fait l’impasse.

En résulte plutôt l’impression d’avoir participé à deux grosses soirées warehouse très qualitatives, même si on pouvait légitimement s’attendre à des décors plus proches des festivals hollandais ou bien encore une ambiance teuf qui rappelle davantage la free party.

Le bilan est toutefois globalement très positif, notamment pour le line-up et les scènes bass music et trance donc. Cependant, la Dream Nation ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Véritable référence du genre en France depuis sa création, celle-ci voit de petits festivals prometteurs venir taper à la porte. C’est notamment le cas du Cosmos Festival où nous nous sommes également rendus il y a trois semaines de cela. Avec son ambiance de teuf incroyable dans un cadre magnifique et une programmation exceptionnelle, le festival a marqué des points pour sa deuxième édition, et ce malgré quelques problèmes d’organisation. L’essentiel étant sûrement qu’aux quatre coins de la France, les musiques électroniques et techno ont enfin des événements à la hauteur du plébiscite du public.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 24/09/2019

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