Son retour est brillant : discussion avec Sopico, de son nouvel EP à la série The Eddy

Le jeune rappeur nous a parlé de son absence ces deux dernières années, de son nouveau projet et de ceux à venir.

Cette fois-ci, Sopico est revenu pour de bon, et motivé ! Après deux ans d’absence, le rappeur parisien, connu pour sa collaboration avec la 75e Session, a fait son grand retour avec son nouvel EP, Ëpisode 0. Loin de rechercher la performance, avec ces six nouveaux titres, il nous invite au voyage et nous raconte le début d’une longue histoire, sans laisser de côté sa guitare, évidemment.

Il nous a parlé de la richesse de ses choix artistiques mais aussi de ses projets à venir. Le jeune rappeur a soigné son retour jusqu’au bout : vous le retrouverez ce vendredi 8 mai sur Netflix, dans la nouvelle série de Damien Chazelle, The Eddy.

Konbini | Heureux de te retrouver Sopico ! Tu t’étais fait discret depuis 2018, qu’est-ce qu’il s’est passé pendant ces deux dernières années ?

Publicité

Sopico | Heureux de vous retrouver aussi ! Pourquoi deux ans ? Sans doute parce qu’il s’est passé énormément de choses depuis et Unplugged. Beaucoup de changements et de nouvelles rencontres. Je n’ai pas l’impression que ça ait duré aussi longtemps. Je n’ai jamais eu l’intention d’arrêter la musique, mais disons que j’avais besoin de temps et de distance, de voyager et de faire du son dans ma bulle. J’ai jamais autant produit de ma vie.

Ce break médiatique et artistique a-t-il été bénéfique ?

J’ai jamais été trop sujet à la pression liée à tout ça. Je m’en amuse beaucoup, et si ma place dans les médias est le résultat de trois années de musique intensive entre Mojo, Ëpisode 1 et , j’avais hâte de revenir avec de nouveaux projets. Alors j’ai monté mon studio chez moi, dessiné et écrit autre chose que des sons. Les concerts me manquent, mais le studio, je ne l’ai jamais quitté. Aujourd’hui, j’ai construit mon vaisseau, j’ai appris à utiliser ce que je ne comprenais pas quand j’ai commencé à rapper : je me sens beaucoup plus libre.

Publicité

Qu’est-ce que ça t’a apporté de bosser avec Yodelice et de signer sur son label ?

La rencontre avec Yodelice a été un moment décisif dans ce processus. C’est un de mes principaux alliés et soutiens aujourd’hui. Pour la petite histoire, on s’est vus une première fois pour discuter de tout et de rien, surtout de musique et d’inspiration. La deuxième fois, on était déjà dans la control room et, trois heures plus tard, on avait un morceau ultra-fort, sans concession, à notre image de passionnés. Depuis, on ne se lâche plus, et j’ai énormément d’admiration pour sa vision et sa manière d’être avec moi. C’est un vrai artiste qui n’hésite pas à être sincère. Aujourd’hui, je passe presque plus de temps avec lui qu’avec ma famille [rires]. C’est une vraie chance de l’avoir rencontré.

Tu as sorti Ëpisode 0 le 1er mai, comment est né ce nouvel EP ?

Publicité

Ëpisode 0 est un geste vers l’avant, c’est un EP qui me tient à cœur et un projet qui me définit. J’ai mis de l’âme et beaucoup de remises en question dans la création de ces titres. C’était intense ! J’ai passé beaucoup de temps en stud' et en résidence avec mon équipe, avec Frixx, Ozhora et Loubenski. On prenait plaisir à faire quatre ou cinq versions des prods, à se proposer des idées, parfois insensées, parfois judicieuses. C’était une expérience forte parce qu’on avait tous des techniques de production différentes, qui se sont synthétisées autour de ma vision. Merci les frères !

Qu’est-ce qui a guidé la production de ces six nouveaux morceaux ?

J’ai essayé de donner un vrai caractère à chaque titre. Je vois la musique comme des couleurs, des sentiments et parfois même des objets. Je sais que je ne suis pas le seul à ressentir ce phénomène, mais c’est important d’en parler car ça m’aide à être créatif. Pour ce qui est des couleurs, on parle de synesthésie, dans l’équipe on est plusieurs à partager ce sentiment. C’est super intéressant quand on est tous dans le studio, parce qu’on ne voit pas toujours les mêmes choses.

Publicité

Sur "Atterrir", tu laisses une place importante à l’instru, dont le rythme est surprenant. Pourquoi ?

Là, pour le coup, c’était l’intention première de ce morceau. Je voulais ouvrir l’EP avec de la musique avant de parler de rythmique. Comme pour mieux appuyer son importance dans l’ADN du projet. 
 

Les sonorités sont très variées sur Ëpisode 0. On s’envole pour les Caraïbes avec "Loin" et vers l’Orient sur la fin de "Thème". Pourquoi un EP aussi diversifié ?

Je pense que c’est très inconscient, j’ai beaucoup d’influences assez variées et quand j’ai commencé à produire, je ne me suis donné aucune limite, ni dans l’écriture, ni dans les progressions mélodiques. Ces morceaux, c’est mon identité résumée en six titres !

Les textes aussi sont très différents : on retrouve des mots légers, d’autres beaucoup plus conscients… Parle-nous de ta plume !

J’écris avec la tête et le cœur. C’est pour cela que j’aime autant le premier degré, que la complexification et la métaphore. J’aime crypter mes morceaux pour sous-entendre des choses plus profondes, entre les lignes. Pour moi, il n’y a pas de secret dans l’écriture, juste des traits et des pensées qui deviennent de plus en plus concrets à chaque mot.

Dans le refrain de "Thème", tu parles des "chansons les plus fragiles". Quelle est ta chanson la plus fragile selon toi ?

Si j’étais adepte de la langue de bois, je dirais que chacun de mes morceaux est fragile. Mais avant Ëpisode 0, je pense que "La Nuit" est mon morceau le plus triste et le plus sincère, donc le plus fragile.

On t’a rencontré en 2017, tu estimes que ton rap a évolué depuis ?

Chacun d’entre nous évolue chaque jour qui passe. Mon rap évolue avec moi et avec ma vision de la musique. Je ne suis pas là pour faire des prouesses techniques ou de la rime à outrance comme avant. J’ai plus de recul et j’apprécie d’autant plus ma plume que les années passent.

Comment s’est passée ta première expérience devant la caméra avec The Eddy ?

C’était incroyable, c’était un défi pour moi qui aime prendre du temps avant de sortir quelque chose. C’était instantané, la caméra capture ce que je ne peux pas voir avec mes yeux. Heureusement, j’ai été guidé par le génial Damien Chazelle et les autres acteurs de la série qui ont toujours été ultra bienveillants avec moi. Ça m’a donné d’autres ambitions, l’envie d’explorer mon rapport à l’image et au jeu. Ça a ouvert plusieurs portes qui ne se refermeront pas de sitôt !
 

Quels sont les projets à venir maintenant ?

Continuer d’écrire l’histoire qui commence avec Ëpisode 0, permettre au public d’encore mieux décoder mes sentiments, lui donner le meilleur, parce que je ne serais pas là sans lui. Ne plus jamais prendre de pause aussi longue, ne plus avoir à revenir mais juste rester là où je me sens le mieux. Je rebranche ma guitare, je ne la lâcherai plus jamais, promis !
 

Par Pénélope Meyzenc, publié le 05/05/2020