Ambiance @ Les Nuits Secrètes 2019 © Sarah Bastin @sarahbastin

Lamas, croque-monsieur au Maroilles et beaux concerts : bienvenue aux Nuits secrètes 2019

Du 16 au 28 juillet, le festival nordiste a rameuté 54 000 personnes pour sa 18e édition.

Ce qu’il y a de fantastique avec les festivals de musique, c’est qu’une grande partie d’entre eux se trouvent dans des coins de la France que l’on aurait difficilement l’occasion ou l’idée de venir visiter. À Aulnoye-Aymeries, dans le département du Nord à 17 kilomètres au sud de Maubeuge, les habitants vivent depuis 18 ans avec, chaque année, les basses du festival Les Nuits secrètes qui retentissent aux environs de juillet.

"Si tu sors du village et que tu fais cinq minutes à vélo ou en bagnole, tu arrives direct dans les pâtures, explique le programmateur et cofondateur Olivier Connan. Il y a un certain romantisme qui se dégage de tout cela." D’où le nom Nuits secrètes, qui évoque pour la plupart des gens des amours clandestines, mais qui est surtout devenu, ici, synonyme de fête. Et dans le Nord, on sait la faire.

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9 000 âmes résidant à Aulnoye-Aymeries. Impossible de l’oublier lorsque l’on pénètre sur le site puisque le festival a lieu dans la ville, au milieu d’habitations dont les jardins et les entrées ne sont protégés des 54 000 spectateurs du week-end (un record) uniquement par de simples barrières. "Certains habitants sont bénévoles, mais aux autres, ceux qui sont au plus près des scènes, on propose de les loger à l’hôtel, ajoute Olivier Connan. Et puis évidemment, puisqu’on est chez eux, on les invite." Ça, c’est pour l’ancrage local, mais aux Nuits secrètes, c’est la base.

The Psychotic Monks au sommet de la tension

Alpha Wann ouvre les hostilités du vendredi soir, et l’équipe scénique est au complet, avec Infinit et Ksa en appui. Alors certes, il est encore un peu tôt pour que le public se dévergonde franchement, mais la mise en bouche est alléchante, et l’auteur d’UMLA, l’une des meilleures sorties rap français de 2018, a toujours fait ses preuves sur scène. En voilà une de plus.

Il sera suivi peu après par Jeanne Added, dont le titre "Mutate" résonne encore dans les Hauts-de-France à l’heure où ces lignes sont écrites. Sur la petite scène, l’Anglaise Nadia Rose a beau envoyer la plus belle prestation rap de ces trois jours, le meilleur reste pourtant à venir avec Salut c’est cool, qui défend un excellent nouvel album, fait du vélo sur scène, chante "Bout de bois" en amenant de grandes branches de ce qui nous a paru être du peuplier, en retournant la scène Eden. Du Salut c’est cool en barres.

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Le lendemain était certainement la soirée la plus attendue. Flavien Berger a livré un concert magnifique, comme à son habitude, en prenant bien soin de créer des blancs entre ses morceaux, en lâchant des phrases bizarres, puis en invitant l’audience à méditer sur la notion de gêne.

Derrière lui, place au duo anglais Sleaford Mods. C’est simple, vous prenez un chanteur habité, un mec qui se contente de faire play sur son ordi puis de bouger seulement la tête pendant tout le morceau, et de la musique géniale, vous avez un concert de Sleaford Mods.

Ensuite, Roméo Elvis a fait du Roméo Elvis, et le meilleur groupe français de rock actuel, à savoir The Psychotic Monks, a marqué un nombre de points incalculable dans la course au titre de meilleur live du week-end. Une boucherie, une puissance qui frôle parfois le malaise, une tension.

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Roméo Elvis @ Les Nuits Secrètes 2019. (© Sarah Bastin @sarahbastin)

Un concert au milieu d’un troupeau de lamas

Mais ce qui différencie grandement les Nuits secrètes de ses homologues depuis 2003, la spécialité musicale locale, ce sont les parcours secrets. Explication : durant l’après-midi, une centaine de personnes est emmenée dans des bus aux vitres calfeutrées jusqu’à un endroit inconnu pour voir un artiste dont il ne connaît pas l’identité.

Ça a l’air risqué dit comme ça, mais les shows peuvent avoir lieu dans des usines, des zoos, des fermes, chez des particuliers… Le tout en format intimiste. "Les parcours, c’est une manière de réinventer la scène, complète Olivier Connan. En festival, c’est frontal, les artistes se produisent sur de grandes scènes dans de grands rassemblements. Nous voulions que le public puisse s’asseoir près d’eux, leur parler après leur prestation…"

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Départ en bus le dimanche à 13 heures, donc, pour filer dans la campagne du Nord. Dans un grand corps de ferme rénové, dans la cour centrale, le chanteur camerounais Blick Bassy y livre un guitare-voix qui impose silence et respect, avant que les chauffeurs ne guident tout ce beau monde vers le zoo de Maubeuge. Ça tombe bien, on déteste les zoos. Mais cette fois, les organisateurs ont eu la bonne idée de ne pas flinguer les oreilles des fauves, mais plutôt de s’installer dans l’enclos d’animaux au potentiel fun et zen énorme : les lamas.

Résultat, au beau milieu des spécimens en liberté, le Golden Dawn Arkestra a livré un live qui a autant captivé que les hôtes du lieu. Puis, ce fut le dernier parcours du week-end, alors par déduction, nous savions qu’il s’agissait de Yael Naïm. Ce que nous ignorions, c’est qu’elle ferait un très beau piano-voix dans une superbe salle municipale, que l’on a d’abord pris pour une sorte de synagogue avant de constater les fresques franchement païennes sur les murs. Un lieu improbable, et un concert point d’orgue.

Grand Parcours Secret - Live 3 - yaël Naim - Salle Shtrau Maubeuge. (@ Les Nuits Secrètes 2019 © Rémi DEBREU)

Croque-monsieur au maroilles et gueule de bois

Olivier Connan le martèle : "Ça n’est pas un festival où l’on se montre, c’est un festival de fans de musique." À l’heure où nombre d’événements affichent en leur sein de grandes publicités pour des marques de bières industrielles, pour des banques ou pour des boissons énergisantes, il existe une catégorie d’événements qui refusent de succomber aux sirènes du sponsoring.

"Notre marque, c’est Nuit secrètes", assène-t-il. La bière est locale et à 5 euros la pinte, on bouffe des maxi croque-monsieur au maroilles, des food trucks remplissent les bides pour pas bien cher… "Le fait d’être différent et authentique, ça fidélise les gens, et ça permet de se passer des grands sponsors. On n’est pas dans l’autoroute des festivals. Il faut faire attention aux tarifs, faire en sorte que ce soit accessible."

Dima @ Les Nuits Secrètes 2019. (© Sarah Bastin @sarahbastin)

De la dernière soirée, on retiendra avant tout le concert de Metronomy, dont l’album à paraître en septembre s’annonce fantastique, et celui de Kompromat (projet conjoint de Rebeka Warrior et de Vitalic). Les 18 ans, en général, ça se fête bien. Aulnoye-Aymerie ne s’en est pas privé, et doit même avoir encore une petite gueule de bois.

Par Brice Miclet, publié le 06/08/2019

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