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Pourquoi le nouvel album de Gesaffelstein est une immense déception

Pour son premier projet en six ans, les attentes étaient grandes autour d'Hyperion. Pourtant, Gesa a raté le coche.

Alors que son album se faisait attendre depuis des années, le musicien français Gesaffelstein a dévoilé son dernier effort, joliment nommé Hyperion, vendredi 8 mars. Et depuis sa sortie, tout le monde (ou presque) s'accorde sur le fait qu'il s'agit là d'un véritable échec artistique. Entre la techno sombre qui est portée disparue, des featurings omniprésents et un ensemble pour le moins paresseux, les motifs de satisfaction ne sont guère nombreux pour les admirateurs du producteur français. Après avoir écouté le projet tout le week-end, retour sur les points cruciaux qui font d'Hyperion une triste déception.

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  • C'est court, c'est beaucoup trop court

Après six ans sans aucune parution personnelle, le DJ français était particulièrement attendu – et c'est peu dire. Pourtant, le Lyonnais n'a pas chômé durant toutes ces années. Il a contribué à deux titres sur le Yeezus de Kanye West en 2013, avant de collaborer avec A$AP Rocky l'année suivante et de contribuer pleinement au succès de My Dear Melancholy du Canadien The Weeknd l'année dernière.

Fort de ces nouvelles expériences, le musicien nous a donné le droit d'espérer énormément de ce nouveau projet. Peut-être trop. Car dès que l'on se penche sur la tracklist, on remarque un petit détail qui a pourtant son importance, la durée du disque : quarante minutes pour dix morceaux. Si le format ne semble pas particulièrement dérangeant aux premiers abords, on constate avec surprise que l'interminable et ultime titre, "Humanity Gone", frôle les onze minutes. Autant dire que les neufs premiers titres s'enchaînent à une vitesse éclair, alors que le dernier est un pavé indigeste qui occupe plus d'un quart du temps nécessaire pour écouter l'album. On pouvait en attendre plus de la part d'un tel artiste.

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  • Des featurings mal choisis

Nous les premiers, nous étions particulièrement optimistes. Sûrement trop. Lorsque Gesaffelstein a dévoilé son featuring avec The Weeknd, "Lost in the Fire", l'excitation a tout emporté sur son passage. Deux artistes aussi talentueux ensemble, ce n'est pas tous les jours que cela arrive. D'autant plus que, comme on l'a déjà dit, leur collaboration sur l'EP My Dear Melancholy du Canadien l'année précédente avait été une réussite retentissante.

Or, il s'agit là de l'album de Gesaffelstein, pas de celui de The Weeknd. Et c'est là que le bât blesse, puisqu'on a clairement la sensation de découvrir un projet d'Abel Tesfaye. On adore The Weeknd hein, là n'est pas le problème, "Lost in the Fire" est plutôt bon et n'est pas sans rappeler Starboy paru en 2016. Mais on pouvait espérer quelque chose de plus propre à l'univers de Gesaffelstein. Cette piste, qui arrive au début de l'écoute, est assez éloignée de ce à quoi le DJ français nous a habitués.

C'est exactement la même chose avec "Blast Off", le titre avec Pharrell Williams, et le tout aussi insipide "So Bad" avec les chanteuses du groupe HAIM. Il n'y a guère que la collab' avec son compère The Hacker et le duo Electric Youth qui parvient péniblement à sauver l'immeuble en feu qu'est Hyperion. Du moins au niveau des featurings.

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  • Où sont les BPM ?

"C'est mou, p*tain !" Je crois que toutes les personnes qui se languissaient depuis si longtemps de la sortie de cet album ont eu la même réaction que moi. Pour faire simple : "On se fait chier", ça manque de rythme, c'est fade. Est-ce qu'on peut encore appeler cela de la techno ? Finalement, cela valait peut-être le coup de ne pas faire un projet très conséquent, tant le décalage avec les précédentes productions personnelles du DJ est immense. Où sont passés les furieux "Pursuit", "Destinations" ou encore "Viol" ? Peut-être y avait-il trop d'attente après une si longue absence et un teasing lui aussi interminable ? Toujours est-il que durant quarante minutes, on attend que le projet décolle – en vain.

Pourtant, une explosion de BPM, c'était tout ce dont pouvaient rêver les fans. On espérait taper énergiquement du pied et finalement, on s'endort presque. Le style caractéristique de Gesaffelstein semble s'être noyé, dilué par les fameux featurings trop imposants. Même sur des titres comme "Vortex" et "Memora", plus proches de la fibre habituelle du musicien français, l'absence de punch est criante. Hyperion manque clairement de relief, de personnalité, et c'est une vraie déception.

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  • Un projet qui n'a de sombre que sa pochette

C'est peut-être ce qui coûte le plus cher à Gesaffelstein. Qu'elle semble loin l'époque où il était unanimement surnommé "le prince noir". Avec Hyperion, le DJ français a clairement perdu son statut. Pourtant, là encore il y avait de bonnes raisons d'y croire. À commencer par "Reset", son premier single dévoilé le 29 novembre dernier et accompagné d'un clip plutôt bien pensé. On y retrouve l'aspect "dark" de l'univers de Gesa, dans un style quelque peu différent : on a ici à faire à une sorte de prod hip-hop électronique. Au moment de sa parution, cela nous laissait présager une évolution musicale intéressante. D'autant plus qu'il s'agissait du premier single dévoilé, et que cela aurait pu être le titre idéal pour introduire le projet.

Malheureusement, il n'en est rien. Certains morceaux offrent même une sensation de facilité, voire de paresse, comme l'interlude "Ever Now". Dès l'intro, on remarque que l'univers ténébreux de Gesa s'est dissous. La comparaison avec Aleph est inévitable, et peu flatteuse pour Hyperion. Pourtant, avec sa cover entièrement noire, ce nouvel album laissait envisager un disque plus sombre que jamais. Peut-être a-t-il voulu aller vers l'essentiel, ou développer un nouveau concept ? Beaucoup lui reprochent d'avoir voulu marcher sur les mêmes pas que sont les références absolues Daft Punk. Hélas, le virage est raté. Espérons désormais que Gesaffelstein, l'un des artistes les plus doués de sa génération, saura rebondir et nous revenir au top avec un nouveau projet dans les années à venir. C'est du moins tout ce qu'on lui souhaite.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 11/03/2019

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