Molécule dans les vagues de Nazaré : découvrez l'hallucinant docu "Sounds of Surfing"

Dépêchez-vous : le documentaire est disponible pendant 48 heures, jusqu'au dimanche 19 janvier.

C’est une barre d’immeuble dont la hauteur peut dépasser les 30 mètres, à la différence que le béton est ici remplacé par une masse d’eau qui peut écraser, sans forcer, une maison. Cette barre d’immeuble naturelle, les surfeurs de gros la connaissent autant qu’ils la craignent. On la trouve au Portugal, dans un petit village de pêcheurs mondialement connu depuis que l’Hawaïen Garrett McNamara l’a médiatisé : Nazaré.

C’est à cette adresse maritime que le producteur Molécule, aka Romain Delahaye, a décidé de poser ses enregistreurs. Après avoir convoqué en 2013 les tempêtes de l’Atlantique Nord pendant 35 jours (du large de l’Irlande jusqu’aux îles Féroé, pour un album intitulé 60° 43' Nord, sorti en 2015), après avoir passé cinq semaines au Groenland dans le patelin de Tiniteqilaaq composé de seulement 80 âmes (ce qui a donné -22,7 °C, sorti en 2018), le Français continue sa pêche aux sons dans les éléments les plus extrêmes pour y formuler de nouveaux morceaux, de nouveaux albums.

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Son idée, il la résume en une phrase quand on le rencontre : "Chercher des environnements où la nature est dominante." À la faveur du spot qu’il découvre dans des vidéos voilà trois ans, son approche est à la fois simple et risquée pour une personne qui n’a jamais touché un surf de sa vie : s’approcher au plus près des immenses déferlantes portugaises afin d’enregistrer leur folie, leur vibration, leur puissance.

"La culture surf a mis l’accent sur l’image, mais le son a été délaissé"

En parallèle, le producteur répond à une problématique jamais vraiment abordée au sein du milieu du surf, la valeur du son : "La culture surf a vachement mis l’accent sur l’image, mais le son a été délaissé. Le projet a eu un écho fou dans la communauté des surfeurs. Suite à cela, il y a eu un vrai échange, et on avance ensemble."

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Pour ce faire, plusieurs solutions ont été entreprises : filer sur un jet-ski équipé de plusieurs micros ; scotcher des enregistreurs sur les planches de surfeurs qui ont accepté son invitation ou encore s’aider d’un drone pour survoler les masses d’eau. Si la dernière option s’est révélée une impasse (le drone s’est fait emporter par une vague), Molécule est parvenu à revenir avec plusieurs heures de son afin de composer un nouvel album, aidé des surfeurs Othmane Choufani, Alex Botelho et Benjamin Sanchis.

Le projet a été l’occasion d’innover lorsqu’il a fallu envisager la prise de son dans un environnement indomptable :

"On a créé des prototypes de micros pour prendre le son de cette vague afin de délivrer un son binaural natif. Il faut avouer qu’on a été battus sur certains aspects, on a perdu du matériel quand on a fait les essais grandeur nature. Je suis revenu avec une matière chargée d’émotions, d’affects, mais je sais qu’on peut aller encore plus loin."

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Autour de cette quête du son, l’indépassable peur de ces crêtes qui n’en finissent pas :

"J’ai eu très peur, j’ai senti que si je me faisais prendre là-dedans, j’étais mort, en sachant que je n’avais pas de préparation physique. Même mon pilote, très expérimenté, a dû improviser. On a l’impression qu’un mur va s’abattre juste devant toi alors qu’il y peut y avoir de la marge, c’est très subjectif. Parfois on est entre deux vagues et, sur 200 mètres, et on ne voit plus rien, ni le phare ni la côte, seulement le ciel. Parfois, les vagues n’arrivent pas au même endroit."

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Et de préciser :

"Il y a un côté animal, ce ne sont pas des vagues communes : ça donne l’impression qu’une bête arrive. C’est terrifiant."

Molécule n’en a pas fini avec les vagues : Nazaré n’est que la première pierre d’un projet sonore qu’il a l’intention d’élargir à d’autres vagues, d’Hawaï à Tahiti, "chacune ayant une spécificité, pour continuer cette réflexion sur la prise de son". Pour cette première vague, en résulte quatre morceaux publiés dans un album intitulé sobrement Nazaré.

 Le documentaire Sounds of Surfing, réalisé par Vincent Kardasik et produit par LK RTEL, est l’occasion de revenir sur une aventure pas comme les autres :

Par Louis Lepron, publié le 18/01/2020