Retour à l'été 08 avec Joseph Mount, tête pensante de Metronomy

Alors que le nouvel album de Metronomy, Summer 08, est sorti il y a quelques semaines, on est revenu sur les débuts du groupe et sa vision d'aujourd'hui avec Joseph Mount.

metronomy feature

Calé en haut du Café Barbès dans le 18e arrondissement de Paris, Joseph Mount sirote calmement son Coca. Malgré le mauvais temps parisien, son gamin qui est apparemment malade, et la sortie imminente de son album, l'homme est incroyablement serein.

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Cela n'a évidemment pas toujours été le cas. "Sur mes deux premiers albums, j'étais toujours extrêmement stressé et timide", explique-t-il. Mais après avoir pondu en 2011 le plus que culte The English Riviera, se plaçant comme une personnalité indispensable de la pop britannique, le bonhomme réussit à garder la tête froide et juste à "s'amuser quand [il est] au studio".

Pour la première fois néanmoins, Joseph regarde un peu en arrière. Sans être véritablement nostalgique, l'artiste s'est plongé dans ses souvenirs de l'été 2008 pour écrire son nouvel album. Summer 08 est le fruit d'un travail d'introspection de cette période charnière, début des longues tournées et du succès. Un choix audacieux et surprenant, mais logique dans l'esprit du musicien.

Du coup, on a eu envie de retracer toute l'histoire, de revenir au tout début de l’aventure, alors que Joseph n’était qu’un adolescent vivant à Totnes, une ville paumée du sud de l'Angleterre, qui aimait skater, fumer, traîner dehors, faire de la batterie. Un jeune comme les autres, somme toute, qui allait marquer l’histoire de la pop contemporaine au fer rouge avec sa voix aiguë et ses notes de piano dégoulinantes de mélancolie.

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Konbini | On va revenir un peu à tes tout débuts. Tu faisais partie de ces "bedrooms producers", exact ?

Joseph Mount | Oui, tu sais il y a plein de gens maintenant, genre Skrillex, qui ont commencé comme ça. Juste en faisant de la musique dans une chambre. Tu rentres chez tes parents, et tu t’enfermes pour te concentrer sur ça pendant des heures. Quand j’ai commencé, j’imaginais depuis longtemps tout ces gens en train de faire de la musique sur leur ordinateurs, en me disant que ça devait leur prendre beaucoup de temps pour apprendre à utiliser les outils. Un jour, sans raison, alors que je devais avoir 16 ans, je me suis lancé sur Logic ou Cubase sur ma grosse tour d’ordinateur sans mémoire, et ai commencé à faire de la musique électronique. C’est comme ça que j'ai démarré, ouais.

Tu faisais déjà de la musique, tu jouais d’un instrument avant quand même, non ?

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Je faisais de la batterie, je jouais dans des groupes avec des potes mais rien de concret, c’était juste pour s’amuser tu vois. Et je voulais un peu apprendre comment faire de la musique de manière plus générale. Mais je n’étais pas assez musicien pour jouer du clavier par exemple. Je ne savais pas ce qui était correct ou non, ce qui sonnait faux ou pas. Les logiciels m’ont permis de décortiquer tout ça.

Tu faisais les deux en même temps pendant un moment, si je ne me trompe pas.

Ouais, enfin c’était pas du sérieux. Je pense que pour moi, Metronomy a vraiment pris forme à partir de 2003-2004, c’est-à-dire quand j’ai quitté l’université. Après, ouais, à un moment j’ai eu envie de refaire de la batterie, donc Gabriel, qui jouait avec moi et qui avait un groupe à lui, m’a proposé de le rejoindre un peu. On pensait pouvoir enregistrer, faire un disque, mais ça ne s’est jamais concrétisé. Côté Metronomy, j'ai dû attendre mon deuxième album, Nights Out, pour que les choses deviennent sérieuses.

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C'était toujours en mode "bedroom" ?

Ouais, c'était le dernier. J'ai commencé à bosser en studio avec The English Riviera. Jusque-là, c'était vraiment moi, mes instruments, mon lit et mon ordinateur. C'est pour ça, on entend que c'est pas parfait du tout en termes de production, mais c'est ça qui m'a vraiment lancé.

Vers 2007-2008, c'est ça ?

Exactement. C'est pour ça, Summer 08. Ce disque est étroitement lié à cette époque, au début du Metronomy tel qu’on le connaît. Mon dernier été en mode vacances remonte à 2007 du coup. L’été 2008, c’était l’époque de ma première vraie tournée, la première expérience sur le long terme en étant loin de chez moi, mon premier anniversaire dans un autre pays et sans ma famille. C’est pour ça que je pensais que ça aurait pu être sympa d’écrire un album sur ce qui s’était passé en Angleterre pendant que je n’y étais pas. C’était pas grand-chose en réalité, mais mon quotidien était vraiment différent.

Du coup, la signification et l’importance de cette année est particulière pour moi, c’était le début de ce que je continue à vivre aujourd’hui, tu vois ? Au final, rien n’a changé depuis. Enfin, si, beaucoup de choses ont changé, mais c’était le début. Et puis, c’était aussi la première fois qu’on passait autant de temps ensemble, on se tapait sur les nerfs et on avait des petites engueulades inutiles. Ce genre de choses. Je pensais personnellement qu’une des clés pour réussir dans la musique, c’était d’avoir la capacité de passer beaucoup de temps avec les mêmes personnes. Pour nous, c’était la belle vie.

Alors, pourquoi avoir fait ce disque maintenant, en 2016 et pas plus tôt ?

C’est marrant, parce que j’aurais pu justement, enfin je voulais, juste après Nights Out, en fait. Mais bon, j’avais d’autres priorités je pense. Je ne pouvais pas utiliser ces vagues souvenirs de ce que je ressentais quand j’avais 25 ans, qui sonnent maintenant si importants, si naïfs et si embarrassants, vu que maintenant j’ai une famille, des responsabilités.

Mais oui, huit ans, c’est un laps de temps conséquent, assez pour jeter un œil sur sa carrière et être heureux que tout ce soit aussi bien passé. Et de se rappeler ce que c’était d’être dans l’incertitude à ce niveau-là. D’avoir ce sentiment que quelque chose pourrait se produire, que Metronomy aurait dû être populaire mais que ce n’était pas encore le cas et que ça pouvait ne jamais l’être. C’est plutôt facile de se souvenir où je vivais, ce que je faisais et ce qui m’inquiétais. Toutes ces choses qui sont maintenant plutôt insignifiantes pour moi d’une certaine manière. Ça reste marrant et intéressant d’écrire un morceau avec cet état d’esprit de l’époque. Parce que bien sûr, tu ne peux jamais ressentir l’exact même sentiment, tu ne peux qu’avoir une version "mutante", ce que j’ai eu, je pense.

"Maintenant, j’ai des enfants et le temps que j’ai pour faire de la musique est encore plus limité. Bizarrement, j’en profite plus"

Du coup, tu as aussi fait cet album dans ta chambre, pour te mettre dans le même état d'esprit ?

L’album a été fait en studio, mais j’ai utilisé vraiment beaucoup d’idées qui me sont venues chez moi ou un peu sur la route, quand j’étais en tournée. Ce disque bien plus que ceux d'avant, je l’ai finalisé et fini proprement en studio ; Love Letters, par exemple, était plus un album créé de toutes pièces en studio. Tu prends beaucoup de samples, de boucles et d’idées, et tu construis tout en studio. Ce qui est bien plus relaxant en fait. Après, pour celui-là, je me suis amusé. Maintenant, j’ai des enfants et le temps que j’ai pour faire de la musique est encore plus limité. Bizarrement, j’en profite plus, en fait, même si tout cela n’aboutit pas. Vu que c’est un peu mon temps libre, j’y prends plus de plaisir, c’est plus instinctif. Ça a été très rapide et très fun.

Rapide ? 

Ouais. Bah, j’ai passé probablement passé six semaines en studio seulement, je pense. Mais, tu sais, le fait de pouvoir bosser partout, sur la route ou chez toi, t’as pas vraiment l’impression de bosser. Après, il y a des trucs qui prennent plus de temps...

Comme quoi ?

Les paroles. Côté instru, ça roule tout seul, mais les paroles... Surtout dans ce truc de regard en arrière en fait. Tu vois, si j’avais fait l’album plus tôt, j’aurais probablement pas été aussi confiant. Tu sais, Nights Out est le premier album où je chantais et, si tu es attentif, tu peux entendre à quel point j’étais timide. Donc c’est ce son, qui est le son de Metronomy, mais avec la confiance de quelqu’un de 33 ans.

C'est vrai que ton premier album, Pip Paine (Pay the £5000 You Owe), ne comportait pas de chant du tout.

Ouaaais. Ça me manque en fait. J’adorerais faire de nouveau un album instrumental. Je ne sais pas si ce sera le prochain, mais j’espère. Je pense que tu ne peux pas trop déterminer ce genre de choses, je ne sais pas si on peut vraiment prévoir. J'anticipe pas trop, en fait.

Est-ce que tu fais partie de ces artistes qui ne jettent jamais rien de ce qu'ils pondent en studio ?

Pas vraiment. Je ne suis pas le genre d’artiste qui fait tout en "one shot". J’ai beaucoup de morceaux qui vont à la poubelle. Mais je retourne fouiller cette poubelle à chaque fois que je vais faire un nouveau disque et je pioche par-ci par-là pour réutiliser des choses. Il y a d’ailleurs dans Summer 08 des morceaux qui n’étaient que de simples idées à l’époque, pas du tout près d’être finis, mais dont j’aimais le concept de base et que j’ai réutilisés.

"Je pense qu’il n’existe pas de réelles mauvaises idées en musique"

Ah ouais ? Lesquels ?

Bah, "Old Skool", tu vois, j’avais la batterie et la basse. J’aime bien revenir en arrière, regarder sur les trucs que j’ai faits. Parce que je pense qu’il n’existe pas de réelles mauvaises idées en musique. À chaque fois que tu essayes d’ajouter de la valeur à quelque chose comme ça, tu peux t’accrocher à des petites idées, et bosser dessus pendant une soirée et trouver quelque chose d’intéressant, genre c’est bon maintenant. Ça l’a toujours été mais tu ne le réalises qu’à ce moment-là. C’est un des trucs géniaux avec la musique.

"Hang Me Out to Dry" avec Robyn aussi, c’était une vieille idée. "Back Together" et "Night Owl" étaient aussi des bribes de morceaux que j’avais écrits bien avant Nights Out, encore une fois pas du tout finis mais la ligne de basse était telle quelle. Mais ce n’est pas nouveau, tu sais. Il y a des titres de Love Letters qui viennent d'idées que j’ai eues pendant, pour ou avant Nights Out. C’est toujours la même chose, avancer et se souvenir de ce qu’on a fait et le réexploiter.

Un point intéressant aussi, c'est qu'il y a des featurings dans ton album, pour la première fois, et qu'encore une fois, tu as ramené quelqu'un de ton passé.

Ouais, Mix Master Mike des Beastie Boys, carrément. Je lui ai demandé des scratchs. J’étais vraiment obsédé par ce groupe quand j’étais adolescent, mais vraiment, et je mourrais d’envie de l’avoir sur un de mes disques. C'est un groupe qui a eu un impact assez fort sur le son de Metronomy, autant que l'album Midnite Vultures de Beck, par exemple.

Ça s'est fait comment, du coup ?

Je suis rentré en contact avec lui par email pour lui demander, et il a accepté. Je ne l’ai pas rencontré, cela dit. C’est comme ça que ça fonctionne de nos jours de toute façon, mais j'ai réalisé un rêve d’adolescent. Surtout que je n’avais jamais eu d’invités sur un album auparavant, donc c’est génial pour moi.

Il y avait les remix aussi, même si l'approche n'est absolument pas la même.

C’est vrai. Il y en aura pour mon album, comme celui de Fatima Yamaha. Je suis toujours intéressé par cet exercice, d’ailleurs. Vraiment. C’est juste une question de temps. Quand j’en ai, je préfère en faire pour moi plutôt que de remixer, tu vois ce que je veux dire ?

Logique, ouais. Pour l'instant, on t'a surtout vu en DJ set, il y a des live de prévus pour bientôt ?

Cette année, on ne va pas tourner en tant que groupe, juste des DJ sets. On a fini la tournée de Love Letters en septembre de l’année dernière, on aurait besoin de se reposer. Maintenant qu’on a des enfants et tout, si on ne prend pas un peu de temps pour nous, on va le regretter. On refera des concerts, probablement l’année prochaine, voilà.

Du coup, tu vas te reposer maintenant ?

Ouais, ben je vais travailler sur un album, là, donc… [Rires.]

Tu ne te reposes jamais, en fait…

Si, bien sûr. Enfin, il faut. J’en ai besoin. J’ai besoin de ne pas faire de concert à un moment, mais faire de la musique ne m’ennuie jamais.

Aller dans un studio ?

Non, pas forcément, plutôt sur un ordinateur. C’est la seule chose que j’ai que je peux utiliser pour m’exprimer du point du vue artistique dans la vie de tous les jours, donc j’y vais le plus possible, sinon je deviens triste.

Tu parlais tout à l’heure d’albums instrumentaux, est-ce qu’il y a d’autres choses que tu aimerais essayer ?

J’aimerais beaucoup faire un beat pour un rappeur. J’ai essayé, en quelque sorte, mais je finis toujours par l’utiliser pour mes propres trucs... Genre, il y a un morceau dans le dernier album "Mick Slow", que je pensais donner à un rappeur au départ, mais il était trop bon. Un jour, peut-être.

Par Arthur Cios, publié le 14/09/2016

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