Médine : la polémique fait rage autour de ses concerts au Bataclan

L’extrême droite et Les Républicains fustigent la tenue en octobre de deux concerts au Bataclan du rappeur Médine, en évoquant notamment le spectre des attentats du 13 novembre 2015.

"Tout ce que je voulais faire c’était le Bataclan", rappe Médine dans son morceau évoquant la célèbre salle de concerts. Issu de son dernier album, Storyteller, ce titre exprime l’un de ses grands rêves de toujours.

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Dans le texte, il n’oublie pas non plus de rendre hommage aux salles de concerts qui n’avaient pas cédé à la peur après les attentats successifs survenus en Europe ces dernières années. Les 19 et 20 octobre 2018 avaient donc tout pour être un moment de grâce pour le rappeur havrais. C’était sans compter sur ses détracteurs.

Ce week-end, des associations d’extrême droite ont lancé une pétition pour faire annuler les deux dates. Leurs militants accusent Médine de promouvoir des idées islamistes, notamment au travers de son morceau "Dont laïk", issu de l’album Démineur sorti en 2015. Voici les passages dénoncés :

"Crucifions les laïcards comme à Golgotha. Le polygame vaut bien mieux que l’ami Strauss-Kahn."

"Si j’applique la Charia les voleurs pourront plus faire de main courante."

"Marianne est une Femen tatouée 'Fuck God' sur les mamelles."

"J’mets des fatwas sur la tête des cons…"

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Déjà vilipendé à la sortie du morceau en 2015, Médine s’était défendu d’avoir "livré un morceau dans un pur état d’esprit Charlie".

"'Don’t Laïk' est précisément une caricature tendue aux fondamentalismes. Une caricature qui singe à la fois ceux qui font de la laïcité un outil d’exclusion, et à la fois ceux qui la subissent et l’expriment à travers une réaction d’hyper-identification de circonstance. M’attribuer l’apologie des concepts derrière ces termes comme 'islamo-racaille' est malhonnête et dangereux. Reprocheriez-vous à Brassens dans sa 'Mauvaise Réputation' d’être apologiste de ce qu’il s’attribue lui-même à travers la bouche des autres ?"

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Mais rien à faire, trois ans plus tard, la controverse est repartie de plus belle. En quelques heures, la pétition a cumulé plusieurs centaines de signatures. De fil en aiguille, l’histoire est vite devenue une affaire nationale. De nombreux responsables politiques sont montés au créneau, du Rassemblement national (RN) aux Républicains (LR), en passant par des élus de La République en marche (LREM).

"Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du Bataclan. La complaisance ou, pire, l’incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit !", s’est exclamée Marine Le Pen sur Twitter. Laurent Wauquiez a quant à lui dénoncé "un sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France". De son côté, le député LR Bruno Retailleau a appelé le Ministre de l’Intérieur à utiliser "les mêmes armes que celles utilisées contre Dieudonné".

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La défense de Médine s’organise

En réaction, des soutiens de Médine ont exprimé leur mécontentement. Des fans d’abord, puis des journalistes et des personnalités, mais aussi, plus surprenant cette fois, une victime du Bataclan qui n’est autre qu’Emmanuel Domenach, l’ancien vice-président de l’association 13Onze15. Il a notamment répondu à Marine Le Pen et Laurent Wauquiez.

Contrairement à Philippe Duperron, l’actuel président de 13Onze15 (qui a déclaré au micro de RMC et BFM TV que les survivants de l’attentat étaient "deux fois victimes"), Emmanuel Domenach a déploré une instrumentalisation de la polémique à des fins politiciennes :

Alors qu’il s’expliquait encore l’an dernier sur le véritable sens de son morceau au micro de Mouloud Achour, Médine ne s’est à l’heure actuelle toujours pas exprimé sur ces nouvelles accusations. En attendant, le rappeur a déjà livré une version acoustique du morceau au Bataclan, et personne n’avait rien dit.

Pour les curieux, nous vous invitons à lire les paroles du morceau sur Genius.

Par Jérémie Léger, publié le 11/06/2018

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