©Maes – LDS

Maes au summum sur son nouvel album Les Derniers Salopards

Le rappeur sevranais dévoile un deuxième album studio de haute volée, et s'impose comme une référence actuelle du rap français.

C’est peu dire que le nouvel effort de Maes était attendu. En à peine trois ans, l’artiste originaire de Sevran s’est fait un nom en majuscule dans un rap game français toujours en pleine ébullition. Mieux encore, son premier album studio Pure dévoilé en 2018, qui succédait à ses deux mixtapes Réelle Vie et sa déclinaison 2.0, a réalisé de très bons scores, porté notamment par un feat marquant avec Booba et des titres aux belles mélodies diablement entêtantes comme "Mama", "Avenue Montaigne" et surtout "Billets Verts" (quel morceau).

L’enjeu est donc énorme autour de cette nouvelle sortie ce vendredi 17 janvier. Mais, comme le laissaient présager les très convaincants single "Street" et "Distant" avec Ninho, Maes a mis les petits plats dans les grands pour combler l’attente des fans. Sur ce nouveau projet, il excelle à nouveau avec ses toplines, un modèle du genre, et des mélodies teintées de mélancolie remarquables. S’il s’agit là probablement du domaine dans lequel il est le meilleur, loin de là l’idée d’uniquement s’en contenter pour le rappeur de 25 ans.

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Malgré sa tête angélique et sa timidité apparente, il démontre qu’il est toujours capable de lâcher les chevaux en rappant nerveusement avec des backs de tarés ("Elvira", "À côté de moi", "Marco Polo"), comme il avait récemment pu le faire sur sa collaboration avec Vald "ASB", extraite de Ce Monde est cruel. Le meilleur moyen pour lui de faire taire ses détracteurs, connus pour se justifier avec de solides arguments tels que "gneugneugneu c’est pas du rap".

Car Maes incarne aujourd’hui parfaitement cette nouvelle génération, tant d’artistes que d’auditeurs, qui ont compris depuis longtemps que les sonorités et les mélodies peuvent, parfois, être plus importantes et intéressantes qu’un texte, où tout ou presque a déjà été fait et dit. Cependant, après déjà quatre longs projets en trois ans et pas mal de punchlines bien senties distribuées en chemin, on peut éventuellement reprocher le côté un peu unidimensionnel des propos du Sevranais. Mais qu’importe, là n’est pas l’essentiel.

Maes brille dès lors qu’il expose sa vision grise du monde, entre colère et sombreur, presque désabusé, coincé dans la fatalité de la vie d’un mec qui "voulait juste voir autre chose". À tel point que des éclairs de lucidité viennent transpercer la brume ambiante. "Je suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre", lâche-t-il sur "Marco Polo". On peut dresser ce constat sur de nombreux autres morceaux comme "Dragovic", "Mémoire", "Les gens disent", "Police", "Étoile" ou encore l’outro en piano-voix autotunée de "Imparfait". Mention spéciale pour l’excellent "Chromé", où l’on ressent particulièrement ce spleen. "J’entends les balles qui ricochent dans les rues de ma ville mais on m’dit qu’la vie est longue", chante-t-il lors du refrain, avant de lâcher une dédicace à ses voisins de 13 Block.

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Après le carton du tube "Madrina" avec Booba, Maes réactive ses connexions privilégiées avec le Duc de Miami… de Boulogne sur la cinquième piste "Blanche". En résulte un morceau à l’influence latine indéniable, qui s’inscrit dans une suite logique de la première collaboration entre les deux hommes. Encore plus fort, Maes s’offre également deux autres pointures de premier plan avec les serial vendeurs de disques que sont JuL, sur le morceau en l’honneur du joueur de la Juventus Turin "Dybala", et Ninho donc sur le très rythmé "Distant". Des titres qui seront à coup sûr des tubes dans très peu de temps. Dommage d’ailleurs que cette surprise n’ait tenu que jusqu’à lundi dernier, à cause d’une affiche dévoilée par erreur à Châtelet (de toute façon c’était ça ou la Fnac).

Cet album devrait permettre à Maes de prétendre également à ce statut de pointure incontestable de la scène française, tant l’excitation autour de sa musique est énorme. Le rappeur du 93 est devenu ce mec "écouté du 59 au 13" et prend une tout autre dimension grâce à ce projet aux multiples producteurs, où l’on retrouve à plusieurs reprises Susano, Boumidjal Double X, Bersa, Denza ou Holo Mobb pour ne citer qu’eux. Ce disque se révèle d’ailleurs peut-être plus dense et conséquent que Pure, bien qu’étant plus court. Preuve s’il n’en fallait que Maes a épuré une formule déjà gagnante, pour obtenir un album qui alterne à merveille entre musicalité et rap furieux.

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Par Guillaume Narduzzi, publié le 17/01/2020