Le live le plus ardent de Rage Against the Machine va sortir en vinyle

Du rap fusion, des flics anti-émeute dans tous les sens, quelques hélicos et le Parti démocrate : le 16 août 2000, RATM organisait sa propre révolution.

Ce soir-là, c’était le Grand Soir. Avec ses majuscules fièrement dressées contre la domination bourgeoise, ce concept clé de l’imaginaire anarchiste décrit ce jour rêvé où, finalement poussés à bout par le degré d’aliénation et de paupérisation imposé à leur classe, les ouvriers prendraient soudainement les armes pour renverser l’ordre établi et imposer leur modèle libertaire et humaniste.

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Le 16 août 2000, à Los Angeles, sous un cagnard écrasant, Rage Against the Machine et ses quatre cavaliers du marxisme (Zack de la Rocha, Tom Morello, Brad Wilk et Tim Commerford) allaient offrir un tribute retentissant à Proudhon et ses disciples en foutant un bordel innommable sur le parking du Staples Center, offrant par la même occasion au rap-fusion son 14-Juillet à lui.

Ressortons la DeLorean et retournons deux minutes en l’an de grâce 2000 : le jour de la convention nationale du Parti démocrate américain, alors que le match présidentiel entre Al Gore et George W. Bush entame ses premiers rounds d’observation, près de 8 000 personnes déboulent sans prévenir à quelques centaines de mètres du centre de convention pour assister au concert trollesque (et gratuit) organisé par Rage Against The Machine, prenant de court les organisateurs de l’événement, la ville de Los Angeles et les forces de l’ordre.

Le set joué par le quatuor sera court (40 minutes à peine), mais suffisant pour transformer le public en une masse hurlante et incandescente, et faire du concert une manifestation enragée contre la proximité idéologique des deux grands partis américains et en faveur de la réforme du bipartisme.

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MC5 et police montée

Côté son, il y a toute l’essence de Rage dans ce concert : un "Bulls on Parade" monstrueux en guise de locomotive, suivi par un convoi incendiaire des meilleurs titres des trois albums du groupe : un "Freedom" déchirant dédié à Mumia Abu-Jamal, un "Kick Out the Jams" enfiévré piqué au MC5, et l’inévitable "Killing in the Name" pour clôturer la soirée alors que les hélicoptères de police tournoient au-dessus de la scène. Seul bémol artistique, finalement : le niveau sonore du concert, l’association à l’origine de l’événement ayant décidé de limiter la casse en bridant le volume.

Une heure après la fin du set, l’événement tournera à la pyrotechnie, les forces de l’ordre tentant de disperser la foule restante à l’aide de flashballs et de gaz lacrymogène, arrêtant dix personnes et en blessant quatre autres. Le happening aura fait office de baroud d’honneur : deux mois plus tard, le 18 octobre 2000, le quatuor se séparera, mettant fin à une décennie de combat – même si en 2008 le groupe rejoindra des cortèges de manifs aux conventions républicaine et démocrate, pour réclamer le retrait des troupes américaines d’Irak.

Alors certes, Prophets of Rage est passé par là, mais une copie ne remplaçant jamais l’original, Live at the Democratic Convention 2000, l’enregistrement de cet auguste jour de colère, sera enfin mis en vente le 21 avril prochain, à l’occasion du Record Store Day outre-Atlantique, dans une édition limitée à 5 000 vinyles.

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Eh oui, si vous avez eu la chance de vivre votre puberté dans les années 2000, que vous continuez à dire à qui veut bien l’entendre que "le rap-metal est le courant le plus sous-estimé de l’histoire de la musique moderne" et qu’il reste en vous quelques scories idéologiques altermondialistes datant d’avant l’ère de la start-up, essayez de vous le procurer. Sinon, réécoutez-le gratuitement, et sentez votre échine se redresser perceptiblement. Des envies de balancer des cocktails Molotov en open space ? C’est normal : "Brothers and sisters, our democracy has been hijacked."

Par Thibault Prévost, publié le 07/03/2018

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