Little Richard : les 5 faits marquants qui ont écrit sa légende

L'architecte du rock'n'Roll s'est éteint à 87 ans. Retour sur une personnalité hors norme et un artiste essentiel.

Richard Wayne Penniman alias Little Richard est mort le 9 mai 2020 à l’âge de 87 ans dans le Tennessee. Son décès fait suite à une longue bataille contre un cancer des os. Depuis, tous les plus grands artistes du monde entier lui ont rendu hommage, de Bob Dylan à Paul McCartney en passant par Mick Jagger, Iggy Pop ou Jimmy Page.

Little Richard est une icône totale. Il a créé de toutes pièces le rock’n’roll, épaulé par Chuck Berry, Jerry Lee Lewis ou Fats Domino. Surnommé plus tard "l’architecte du rock’n’roll", Little Richard a réussi une fusion hors norme entre plusieurs styles musicaux : le boogie, le blues et le gospel. En y ajoutant un jeu de piano électrisant et une excentricité de chaque instant, Little Richard est devenu l’artiste le plus influent du XXe siècle. Voici cinq faits qui ont forgé sa légende à travers le temps.

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Sa personnalité artistique flamboyante est une réponse au harcèlement qu’il a subi dans sa jeunesse

La force incroyable de Little Richard vient de son interprétation sans aucune limite. Son énergie extrême, il l’a tirée d’un mauvais traitement dans son enfance. Pendant la grande dépression, en 1932, le jeune Richard subit les railleries et les coups de ses camarades suite à ses manières efféminées et son handicap (il a une jambe plus courte que l’autre). Considéré comme un paria, Richard va s’en servir comme un atout découplé quand il chante et joue du piano.

La plupart de ses tubes sont des chansons à caractère sexuel

Son plus grand succès reste sûrement "Tutti Frutti", son premier tube sorti en 1955. Très minimal et enlevé, le morceau n’en reste pas moins explicite. Il évoque par petites touches le sexe anal de façon grivoise et provocatrice. La première version était beaucoup plus directe : "Tutti frutti, good booty / If it don’t fit, don’t force it/ You can grease it, make it easy" avant la censure. Même le fameux "a wop bop a loo bop a wop bam boom" est une référence codée à l’acte sexuel. 

Toute la musique de Little Richard dans les années 1950 est dans ce registre, libre et sulfureuse, secrète mais à la vue de tous, prête à détruire l’ordre établi. Cette liberté totale et cette interprétation sans limite vont marquer une génération d’après-guerre qui veut un autre monde, moins réglé et censuré.

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Le premier hit de James Brown, "Please please please", vient d’une serviette sur laquelle Little Richard a écrit ces trois mots

Au début des années 1950, James Brown déménage à Macon en Géorgie, ville d’origine de Little Richard, sa principale inspiration. Les deux artistes vont se rencontrer régulièrement et devenir très amis à cette période où Richard devient l’architecte du rock’n’roll.

D’après la chanteuse Etta James, Brown baladait alors toujours avec lui une petite serviette en papier parce que Richard y aurait écrit dessus les mots "Please please please". Il était convaincu que c’était un signe, qu’il devait en faire une chanson. En 1956, "Please please please" est le premier morceau enregistré par The Famous Flames, le groupe de James Brown, un hit instantané.

James Brown citera Little Richard comme l’artiste le plus important de toute sa carrière. Pour lui, le groupe de Little Richard, The Upsetters, a posé les bases de la soul-funk des années 1960 en mélangeant les rythmes du boogie et les instruments du jazz de la Nouvelle Orléans. Sans Little Richard, pas de James Brown, pas de Prince, pas de funk.

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Jimi Hendrix et Otis Redding ont commencé comme musiciens anonymes dans The Upsetters, le groupe de Little Richard

Nombreux sont les artistes influencés par Little Richard au fil de sa carrière. Les Beatles se sont formés autour de ses chansons, Bob Dylan a commencé la musique par des reprises, les Rolling Stones ont tourné avec lui, changeant grâce à lui leur rock vers un univers plus blues.

Mais d’autres étaient encore plus proches. Ainsi Otis Redding, Billy Preston et surtout Jimi Hendrix ont fait leurs armes dans le groupe de Little Richard, The Upsetters. Et chacun y a trouvé son compte, Jimmy empruntant les tenues et le style débridé ou Otis le rythme sudiste virtuose. Little Richard à ouvert la porte à toute une génération d’artistes noirs américains en recherche de modèles différents.

"Let’s Dance" de David Bowie a été composé à partir d’une des photos de Little Richard

Dans sa jeunesse, David Bowie avait un rêve, être le joueur de saxophone baryton dans l’orchestre de Little Richard. Bowie était un autre grand fan de l’exubérant Richard. À tel point que Nile Rodgers raconte dans son autobiographie que Little Richard était l’influence première du tube funk qu’il a composé pour Bowie, "Let’s Dance".

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Bowie lui avait alors dit qu’il voulait que la chanson sonne comme une photographie qu’il avait vue un jour de Little Richard sortant d’une Cadillac rouge portant un costume rouge. Par David Bowie, c’était exactement ce que devait être le rock’n’roll. Il le reprendra même dans ses paroles du morceau : "Put on your red shoes and dance the blues."

Pour finir ce portrait, on a demandé une fois à Little Richard : "Si tu étais blanc, tu penses que tu aurais pu être Elvis ?" et il a répondu : "Si j’étais blanc, il n’y aurait jamais eu d’Elvis."

Par Aurélien Chapuis, publié le 11/05/2020