Figures de style et grandes promesses : quand les attachés de presse musique se lâchent

Les journalistes musique reçoivent des tonnes de mails d'attachés de presse louant les talents de leurs poulains. Avec, parfois, une verve un peu excessive. Florilège.

Tout journaliste spécialisé en musique se remémore avec émotion les premiers messages d'attachés de presse qu'il a reçus dans sa boîte mail. Au début, on les lit avec solennité, pour être sûr de rester dans le coup : un jeune DJ londonien ? J'écoute. Un nouveau clip de ce groupe électro-pop polonais ? J'écoute. Un groupe de musique traditionnelle tibétaine déniché par un label avant-gardiste ? Mmmmm... bon allez, c'est gratuit, j'écoute aussi.

Petit à petit, les cinq ou six mails quotidiens se transforment en une centaine de missives. Et vous n'avez pas le temps de tous les lire avec attention. Les attachés de presse le savent et pour capter notre attention, ils sont prêts à tout.

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Quitte à employer les raccourcis les plus improbables pour vous convaincre de jeter une oreille au nouvel EP de leur poulain. Quitte à vous faire croire que cette chanteuse danoise inconnue hier sera la Beyoncé de demain. Quitte à vous faire croire que ce disque n'est pas un disque, malheureux !, mais "une pierre angulaire", un "monolithe noir" ou toute autre métaphore minérale.

Petit florilège des formules les plus audacieuses, voire franchement tarabiscotées, qui nous ont bien amusés à la lecture.

Ceux qui ont découvert les nouveaux Beatles

C'est bien connu, les journalistes musique espèrent secrètement être les premiers à découvrir un jour le nouveau Daft Punk/Beatles/David Bowie – même si, à la place, ils écriront une news sur le dernier Taylor Swift, comme tout le monde. Alors les attachés de presse ne rechignent pas à user de superlatifs prometteurs, parfois excessifs.

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Ceux qui ne seraient rien sans leur dictionnaire des synonymes

Hé, ne soyons pas trop durs. La musique fait appel aux sentiments. Une fois que vous avez dégainé les adjectifs "touchant", "céleste", "solaire" et "cathartique", que reste-t-il ? Beaucoup s'arrêtent là. D'autres, plus futés, ont découvert le dictionnaire des synonymes et tartinent leurs communiqués d'alternatives baroques à des mots déjà barrés.

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Ceux qui aiment le bruit blanc de l'eau

On imagine que les attachés de presse écrivent leurs communiqués à la lueur de la bougie, tard le soir, dans une chemise de flanelle négligemment boutonnée à moitié. Ils pensent peut-être que si tout le monde écoutait l'artiste qu'ils tentent de vous vendre, les guerres cesseraient dans le monde. Leur meilleur ami ? La métaphore.

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Ceux qui savent qu'on "ne vous la fait pas, à vous"

Quoi de plus énervant que de se faire traiter d'ignorant quand on est journaliste et qu'on pense tout connaître ? Les attachés de presse n'ignorent pas que les journalistes musique adôôôrent montrer qu'ils s'y connaissent, reproduisant la petite histoire de la culture, de la tartine et de la confiture. Ils rédigent donc leurs communiqués comme on prépare une grande salade composée : peu importe que les ingrédients aillent ensemble, tant que les couleurs sont jolies.

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Ceux qui n'y croient même plus eux-mêmes

J'aimerais vous y voir, moi, à trimer 45 heures par semaine pour tenter en vain d'intéresser une poignée de blogueurs au nouveau projet musical d'un parfait inconnu qui vous parle de haut uniquement parce que c'est lui qui tient la guitare et vous qui distribuez les flyers. Alors oui, on comprend aussi leur découragement, et on leur dit merci pour ces instants un peu farfelus, où la plume passe en mode autoplay et les phrases n'ont plus grand sens. Parce que, après tout, on partage tous l'amour de l'art, et ça, c'est le plus important.

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Par Théo Chapuis, publié le 18/03/2016

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