Le punk de Refused à l'assaut de la "Françafrique" et de son "génocide"

Le come-back 17 ans après ? Après Faith No More, c'est Refused qui se plie au challenge en 2015. Le groupe de punk hardcore suédois a sorti deux extraits, dont l'acide "Françafrique".

En 1998 sortait une totale pépite dont la planète punk hardcore ne se remettra jamais vraiment : The Shape of Punk to Come, dernier album des Suédois de Refused (à écouter dans son intégralité ici). Loin des errements skate-punk ou rock californien qui font le bonheur des FM de l'époque, Refused déploie son urgence punk sans complexe et la mâtine de mélodies imparables – qui se frottent en parallèle à quelques expérimentations bruitistes hyper magnétiques.

En 1998, leur style est à son paroxysme. Malheureusement, une tournée chaotique à l'issue de la sortie de ce chef-d'œuvre met fin à la carrière du groupe, qui annonce son trépas dans une lettre ouverte à ses fans, intitulée "Refused are fucking dead".

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Tout à notre nostalgie d'une époque où les guitares étaient encore menaçantes, on apprenait avec un plaisir indicible le retour du groupe à la fin avril 2015, lorsqu'une nouvelle chanson, "Elektra", sortait de nulle part. Et mince, c'est bon. Le groupe renoue avec sa vraie-fausse science du swing, ce son de guitare rugueux, ses rythmiques épileptiques et ce chant sur le fil.

"Elektra" n'arrive pas toute seule : pour l'accompagner, le groupe annonce la sortie d'un nouvel album le 30 juin chez Epitaph, 17 ans après The Shape of Punk to Come. Le nouveau disque est intitulé Freedom et a été produit par Nick Launay (Arcade Fire, Nick Cave, Kate Bush...).

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Fin avril, Pitchfork apprenait à ses lecteurs que Shellback, producteur suédois ayant collaboré avec de nombreuses stars de la pop très éloignées de l'univers punk (Britney Spears, Backstreet Boys, Pink, Adam Lambert, Kesha, Avril Lavigne, Taylor Swift...) avait co-écrit deux chansons de ce nouvel album. De quoi inquiéter quelques fans de l'intégrité du groupe qui avait retourné le Hellfest 2012 lors d'une tournée de reformation.

Radical

"Ce n'est plus une réunion", promettait alors le chanteur Dennis Lyxzén dans un commentaire. "C'est un des trucs les plus radicaux que nous ayons jamais faits, en terme de musique et de paroles". Et au vu du premier extrait, allez, pourquoi pas. Après tout, pour qui s'intéresse un peu à Refused, la perspective que le successeur de The Shape of Punk to Come soit un mauvais album serait tout de même une sacrée déception.

Et pourtant, aujourd'hui, le groupe s'est fendu d'un drôle de deuxième extrait. Ecoutez-le ci-dessous.

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"Françafrique" est une bonne illustration d'un autre commentaire de Dennis Lyxzén sur ce nouvel album : "On a parlé de la situation politique en Europe, du capitalisme et de la façon dont ça altérait la vie des individus". En cela, le groupe est honnête : les paroles sont une charge en règle contre la politique de la France à l'égard de ses ex-colonies – sur fond de riff groovy, section de cuivres et rythmique entêtante :

Une couverture cousue avec la fierté nationale / Regarde dessous le génocide [...] Françafrique, Françafrique / Le bassin du Congo saigne encore / Le génocide était la volonté de Paris [...] Ce n'est qu'un autre mot pour "génocide" / Ce n'est qu'un autre monde pour le génocide

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Qu'on pense ce qu'on veut de la musique (et nombre de fans ont confié leur déception sur Twitter, par exemple), la rage punk est bien là, tapie dans les paroles, avec une bonne punchline qui implique Bokassa et un congélateur. On vous laisse la découvrir.

Suivez Refused sur Facebook, ou bien sur Bandcamp, là où l'intégralité de Freedom finira bien par être disponible à l'écoute un de ces quatre. D'ici-là, il n'y a plus qu'à espérer qu'il reste une bonne dose de punk hardcore dans les veines de ces quadras suédois afin que Freedom dissipe nos craintes.

Par Théo Chapuis, publié le 26/05/2015

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