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Le premier album culte de MGMT, Oracular Spectacular, fête ses 10 ans

Publié le

par Arthur Cios

Retour sur ce disque souvent sous-estimé, camouflé par quelques singles mastodontes, et qui vient de souffler sa dixième bougie.

Fin 2007. Tandis que James Murphy revenait avec un album empli de mélancolie et de ce que sera la recette LCD, que Radiohead s’apprête à mettre une claque à l’industrie musicale avec le génial In Rainbows balancé sans label directement sur Internet, qu’un nouveau duo français connu pour un titre mi-pop mi-électronique a mis à ses pieds le monde des mélomanes du monde entier avec Cross, que l’on découvre une certaine M.I.A. et son single agrémenté de bruits de caisse enregistreuse et de 9 mm, que Kanye West découvre les Daft Punk et que le chagrin d’amour de Justin Vernon nous fait chialer, un petit groupe s’apprête à prendre d’assaut le monde avec un premier album sorti de nulle part.

Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, tous deux 24 ans à l’heure des faits, dévoilent le 2 octobre 2007 Oracular Spectacular, une première pierre à l’édifice de ce que sera une belle carrière, mais aussi une étape importante de l’histoire de la pop du XXIe siècle. Trusté par trois singles ("Time to Pretend", "Kids" et "Electric Feel") qui vont se catapulter dans les radios et autres écouteurs du monde entier, et pas franchement aidé en Hexagone par un génial remix de Justice, le disque fera l’honnête score du "plus-d’un-million-d’album-vendus-dans-le-monde" et a depuis accédé au statut d’œuvre culte.

Retour sur la création de ce bébé et sur quelques morceaux qui mériteraient de se glisser dans vos playlists dès maintenant.

Fac, drogues et Ghostbusters

Ben et Andrew se connaissent depuis pas mal d’années déjà, et décident de former un groupe ensemble tandis que tous deux rentrent à la Wesleyan University, dans le Connecticut. Chacun a déjà eu des expériences dans des groupes pendant ses années lycée, et Ben a même joué du piano pour l’un des groupes d’Andrew pendant l’été 2002, avant la naissance de The Management — nom né d’un running gag, d’une signature de mail ironique dans leurs échanges pour se foutre de la culture d’entreprise. On notera néanmoins que la première fois que les deux Américains ont joué tous les deux ensemble, ils ont joué pendant 45 minutes une reprise du thème de Ghostbusters.

Pas très studieux, les deux zigotos passaient visiblement plus de temps à prendre des champis et à faire de la musique qu’à étudier réellement. Ce qui pourrait surprendre sachant qu’ils sont inscrits en licence de musique. Assez rapidement, les musiciens composent "Kids", futur tube planétaire. Ils balancent d’abord un premier EP à la volée, sans y croire vraiment. Quand l’un écrit une partie d’un titre, l’autre complétait le reste (avec une certaine ironie parfois). Bref, on s’amuse quoi.

Sauf qu’au moment où Ben et Andrew sont diplômés en 2005, leur deuxième EP, Time to Pretend, est un bon petit succès. Ils commencent alors à avoir des dates un peu partout aux États-Unis et même au Canada. Ils quittent le Connecticut, direction New York. Et puis rien. Pas d’accord avec des labels pointant le bout de leur nez. Ben hésite à quitter la formation et se lancer dans d’autres projets loin de la musique. Le groupe subit un hiatus douloureux, qui prendra fin quand Columbia les appelle pour les signer. Pensant d’abord à une blague, le groupe, devenu depuis MGMT, hérite grâce à la major d’un certain Dave Fridmann, connu pour son travail avec les Flaming Lips, pour produire ce qui sera leur premier album.

C’est comme ça qu’ils atterrissent un mois plus tard dans une sorte d’espace industriel à Brooklyn, dans un dépôt d’huile, où en 21 jours, ils écrivent, enregistrent et mixent ce disque. Les délais étant courts, ils ne peuvent plus se permettre de prendre ça à la légère, et essayent d’être plus pro dans le processus d’écriture. Ils en profitent pour ré-enregistrer quelques morceaux, pour gagner du temps. De cette drôle de session sortit Oracular Spectacular, beau bébé qui mettra tout le monde d’accord ou presque. Le succès est au rendez-vous, les clips et tubes s’enchaînent, tout le monde danse sur "Electric Feel" et hallucine devant les paroles de "Time to Pretend" (“Let’s make some music, make some money, find some models for wives. I’ll move to Paris, shoot some heroin and fuck with the stars”). Suivront alors une rencontre avec Kid Cudi pour un autre tube, un deuxième puis un troisième album, ponctués par des concerts à Coachella ou Glastonbury. Le début d’une belle histoire donc.

Quatre morceaux parfaits, loin des tubes

Le fait est que l’héritage de ce disque, sorte d’hymne hippie aux saveurs pop psyché et indie rock, se retrouve bien trop souvent réduit à ces trois singles, rabâchés tout au long de ce papier. Normal, puisque ce sont ces derniers qui sont en grande partie les responsables du succès du duo et dudit disque. Mais il est grand temps de réhabiliter quatre autres titres qui méritent tout autant votre attention que ces tubes.

  • "Weekend Wars"

Démarrant par une belle partie de guitare folk accompagnée d’une voix, la mélodie prend une autre tournure et une tout autre saveur, en partie grâce à une ligne de basse marquée d’une rythmique et d’une force unique, et de nappes de synthés à l’harmonie parfaite. Le tout finissant dans une espèce de feu d’artifice de festivités et un refrain très prenant.

  • "4th Dimensional Transition"

Le contraste entre une voix teintée d’une certaine mélancolie et d’un rythme aussi rapide est rare, mais fait son effet dans ces couplets à la beauté mystique. Ajoutez à cela un refrain sans retenue où l’on imagine facilement Andrew gueuler des paroles presque tribales ("I am fire, where’s my form?"), malgré l’alternance entre aigu et grave, un gimmick au clavier entêtant et des couches de synthés envoûtantes, et vous obtiendrez un billet direction la quatrième dimension. Banco.

  • "Pieces of What"

Difficile de ne pas être touché par ce guitare folk/voix, dont la mélodie mais aussi les paroles chatouillent tant nos glandes lacrymales. Peut-être l’un des morceaux les plus courts du duo mais l’un des plus émouvants et bien écrits, et de loin.

  • "Of Moons, Birds & Monsters"

Déstructuré. Surprenant. Difficile de mieux définir ce morceau incroyable, qui alterne entre bon riff imbibé de rock indie, avec solo de guitare entre autres, et rupture imprévisible toute douce avec un autre solo fichtrement beau, touchant à la grâce de très près. Une création unique, qui sent la beauté à des kilomètres à la ronde. Un morceau comme on n’en fait plus.

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