(© Skinny)

Le légendaire Richie Hawtin nous explique son nouveau live, CLOSE

Histoire de mieux comprendre ce qui vous attend le 10 octobre prochain à L’Olympia.

(© Skinny)

On va faire simple : Richie Hawtin est une légende. Une légende vivante, qui continue d’écrire son mythe. Un fait assez rare pour être souligné. Plus de 30 ans après ses premiers sets à Detroit, alors qu’il n’avait que 17 ans, l’homme qui a été un des charpentiers de la deuxième vague techno de la Motor City aux côtés de Jeff Mills et Carl Craig continue d’innover. Encore et encore.

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Non content d’avoir forgé et marqué au fer rouge la musique électronique, en apportant une touche plus industrielle au son techno puis une touche minimaliste, notamment sous l’effigie de ce cher Plastikman, voilà que Hawtin préfère se concentrer sur la scène, et sur la manière dont on peut changer les choses.

Cela fait un paquet d’années que l’artiste essaye d’offrir à son public quelque chose de novateur en la matière — ses dernières tournées en sont la preuve. Le point d’orgue de sa nouvelle tournée, CLOSE, est l’aspect justement nouveau de ce concert construit autour de sa performance live, du VJing en direct et de la proximité avec le public.

Alors qu’il passera le 10 octobre prochain à L’Olympia (seule date française restante), nous avons tenu à en savoir plus sur ces concerts, sur ce qu’apporte le live et sur ce qu’il pense des concerts de musique électronique d’aujourd’hui.

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Konbini | Quel est le point de départ de CLOSE ? J’ai lu que vous aviez eu l’idée en 2009 ?

Richie Hawtin | Je pense qu’en tant qu’artiste, tu as des séries de concepts et d’idées qui te viennent comme ça et de temps à autre, tu dois les filtrer jusqu’à ce que ton agenda soit en adéquation avec ou, dans mon cas, que la technologie soit là pour que ton idée devienne réalité.

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Quand je regarde en arrière à la fin des années 1990 et au début des années 2000, à l’époque où je réalisais mes sorties sur DE9 ("Decks, Effects & 909", comprendre une table, des effets visuels et une Roland 909), j’essayais déjà de transposer tout ce dispositif sur scène. J’ai même fait un concert test avec trois caméras présentant le concept assez basique de moi sur scène et DE9, mais à l’époque, les caméras étaient trop grosses et la résolution ainsi que la technologie de diffusion étaient trop limitées.

En réalité, chacun de mes projets est habituellement construit pour le suivant, celui d’avant servant de nid de tests pour les idées (et technologies) futures. Pour faire simple, mon live CONTAKT de 2008 et mon live Plastikman de 2010/2011 contenaient beaucoup d’éléments qui allaient déjà en direction de CLOSE.

Une autre inspiration a été le développement des festivals de musique électronique et des scènes club, et surtout la manière dont je sentais qu’il y avait une plateforme plus large que celle des concerts pour transporter l’audience vers de nouvelles expériences audiovisuelles. Cependant, il m’a fallu encore quelques années de bricolage et même une année à juste faire des concerts "test" qui n’étaient pas présentés en tant que CLOSE ou en tant que quelque chose de nouveau, pour avoir le temps de vraiment jouer avec le concept et décider comment l’amener convenablement dans un spectacle réel et reproductible.

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Concrètement, c’est quoi l’idée principale de ce show ?

Je dirais que l’esprit principal de CLOSE est d’expérimenter de manière à ramener le public plus près de ce qu’il se passe sur scène, et créer une expérience audiovisuelle interactive de moi en train d’utiliser mes machines qui sont excitantes et divertissantes.

L’art du DJing est toujours mal compris et je voudrais apporter plus de clarté sur la spontanéité et sur l’improvisation qui te permet de créer une tapisserie de son qui sort des enceintes. Il y a plein d’artistes et de DJ qui montent là-haut, sur scène, et qui ont une bonne partie de leur set et disque préenregistré, mais pour moi, cela enlève la part de magie que peut avoir une grande performance de DJ.

Une grande performance est autant une surprise pour moi qu’elle l’est pour l’audience. C’est comme voyager le long d’une route poussiéreuse, en espérant que le prochain virage ne finira pas dans le ravin. C’est extrêmement excitant et parfois épuisant.

Comment décririez-vous ces concerts à proprement parler ?

En termes assez simples, le concert est une performance constituée de couches de morceaux et de boucles (provenant d’un ordinateur, pas d’une platine), et de diverses autres couches de boîte à rythme, synthétiseurs et effets tous combinés pour créer un son qui est né pour ce moment précis.

Visuellement, on a un certain nombre de caméras bloquées sur des positions autour des différentes pièces de l’équipement que j’utilise et qui capturent mes interactions avec ces machines. Cela les transforme en un visuel qu’on peut voir derrière moi.

Vous avez testé cette nouvelle formule à Coachella l’an passé, était-ce important pour vous de l’essayer sur une grande scène ?

En réalité, Coachella est une incroyable plateforme dans le sens où c’est un festival complètement crossover qui investit dans tout un tas de types d’artistes et de genres différents qui jouent sur scène en même temps. Cela apporte un public incroyablement divers qui est très ouvert d’esprit, curieux et prêt à essayer de nouvelles expériences.

L’autre facteur pour moi était que Coachella s’étale sur deux week-ends donc cela permettait à mon équipe et moi d’essayer des idées sur la première date, et de passer la semaine qui suit à résoudre ce qui n’allait pas et développer des nouvelles idées pour la semaine suivante.

Les concerts ont beaucoup évolué au fil des années, des Daft Punk à Nicolas Jaar. Que pensez-vous de ce que sont devenus les concerts de musique électronique ?

Il y a tellement de types de concerts dans lesquels la musique électronique peut se reconnaître de nos jours, et néanmoins, cela reste important de comprendre quelles sont les attentes et opportunités pour chacune d’entre elles.

Dans un club très sombre et immersif, peut-être qu’un stroboscope et une grande performance seront parfaits. Mais sur plein d’autres formats de concerts, de festivals, quand la foule est à 100 mètres de l’artiste et loin des enceintes, cela vaut le coup de créer un show qui est plus concentré sur la musique, la lumière et les visuels.

Chaque type de show est unique, et je trouve excitant le fait que la musique électronique ait évolué en quelque chose où tout peut exister et cela s’étend à tout type de concerts.

Par Arthur Cios, publié le 05/10/2018

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