Mac DeMarco, deux heures avant son concert aux Eurockéennes (© Luca Thiebault)

L’album aigre-doux This Old Dog de Mac DeMarco est enfin sorti

Si pour beaucoup, Mac DeMarco est connu pour être drôle, ce LP est là pour rappeler qu’il est en réalité capable d’écrire les poèmes les plus tourmentés. Pas de grimaces, ni d’éclats de rire sur cet album empli de tristesse. Il semblerait que la noirceur ait rongé l’insouciance que l’on a pu lui connaître.

Mac DeMarco, deux heures avant son concert aux Eurockéennes en 2016. (© Luca Thiebault)

Certes, depuis ses débuts, Mac DeMarco a beaucoup à dire. Notamment à propos de son père, absent, drogué et alcoolique, qu’il avoue dans plusieurs de ses chansons ne pas réussir à pardonner ou encore à propos de Kiera McNally, à qui il dédie toutes ses chansons d’amour. Mais il y a eu sur Rock’n’Roll Night Club, 2 et Salad Days montagne d’innocence, de singeries et de nonchalance pour adoucir le propos.

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Depuis son dernier album en date, Another One, en 2015, une instrumentale levée ne suffit plus à cacher l’amertume grandissante dans ses chansons. Lors d’une interview accordée au Pitchfork, il expliquait à propos de This Old Dog paru aujourd’hui : "C’est vraiment le genre d’album qui se comprend comme un tout." Dans un autre entretien relaté par NME, il ajoutait : "Je pense que je suis plus dans le personnel, j’évoque ma famille, ce qu’est ma vie en ce moment. Il y a beaucoup de matière dans cet album. Je vois les choses d’un œil plus mature à présent. Être vivant est complètement fou et le monde est un endroit très étrange." Des paroles confirmant ce qu’il ressort de l’écoute d’un album régi par la vulnérabilité.

Un ensemble de prises de conscience

La première d’entre elles, dans "My Old Man" ("Look in the miroir who do you see/ Someone familiar, surely not me/ Oh no, looks like I’m seeing more of my old man in me"), où c’est avec une certaine résignation qu’il réalise reconnaître un peu de son père en lui. Les minutes se suivent tandis qu’il revient sur ce qui est attendu de lui et sur ce qu’il est vraiment. Les notes défilent dans nos oreilles et l’on comprend son incapacité à saisir ses émotions, à reconnaître les sensations qui le traversent. Un petit "everybody dies" fredonné laisse entendre la prise de conscience des enjeux de la vie, l’acceptation de la condition humaine et le constat de la mascarade que peut être le quotidien. Oui, This Old Dog peut s’entendre comme une rupture, un deuil, un amoncellement de regrets mais aussi comme un souffle d’espoir.

Recueil de ballades aigres-douces

L’ensemble de l’album à mi-chemin entre tonalités douces, brassage de souvenirs et pensées abyssales dissimule donc un véritable reality check. Quelques chansons d’amour alourdies de complaintes, quelques lettres d’excuses, des ballades noires emplies d’abandon donnent à cet ensemble des allures grisonnantes et ternes. Si cet album file le cafard, il est pourtant simple de s’y accoutumer, de se surprendre à appuyer sur replay encore et encore. Peut-être est-ce parce que Mac DeMarco sait décliner le gris en plus de cinquante nuances ?

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C’est certain, avec ce dernier album, il se fait le maître de l’aigre-doux. Des nappes électroniques grésillantes, fantomatiques et nuageuses au folklorique de l’harmonica, McBriare Samuel Lanyon DeMarco a réussi le pari de se renouveler, de continuer d’expérimenter sans pour autant perdre sa patte et son identité. Resté fidèle, sa signature a simplement gagné une nuance de sombre en plus.

Par Chayma Mehenna, publié le 05/05/2017

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