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La polémique autour d’un sample de Daft Punk relance le débat des droits d’auteur

Publié le

par Aurélien Chapuis

Eddie Johns, l’artiste samplé sur "One More Time", vit à la rue et ne touche rien. Questlove s’exprime sur le sujet.

Il y a quelques jours, un article du Los Angeles Times racontait l’histoire d’Eddie Johns, chanteur et musicien de l’âge d’or disco, dont le morceau "More Spell on You" a été un sample du duo Daft Punk pour son énorme tube il y a vingt ans, "One More Time".

Mais c’est là que le bât blesse. Eddie Johns dit n’avoir jamais touché aucun droit d’auteur pour la réutilisation de sa musique. Et en 2021, il vit à la rue depuis une dizaine d’années dans le centre de Los Angeles.

Après une attaque cérébrale qui l’a laissé sans travail et sans le sou, Eddie Johns explique comment sa vie a pris un tournant semé d’embûches, bien loin de ses années disco. Et personne n’est venu lui rétribuer les droits sur ce sample, pourtant déclaré par Daft Punk alors qu’il était extrêmement découpé et difficilement reconnaissable.

Mais l’article soulève un autre problème, à savoir comment un grand groupe français a pu racheter un énorme catalogue de musique en 1995 dans lequel se trouvait le disque d’Eddie Johns. Les représentants de Daft Punk disent verser des droits d’auteur deux fois par an pour l’utilisation de "More Spell on You" directement à ce groupe.

Qui lui dit ne jamais avoir eu de nouvelles d’Eddie Johns depuis vingt ans. Cette polémique a relancé le débat autour de plusieurs points clés de l’industrie musicale : l’édition, les licences et le "sample clearance". Questlove, le batteur de The Roots, a offert une analyse très intéressante sur Twitter à ce sujet.

Le musicien et auteur explique ainsi que le véritable problème se trouve dans les intermédiaires, très souvent des opportunistes qui rachètent des catalogues entiers de petits labels oubliés pour en faire des compilations ou demander des droits d’utilisation souvent déloyaux. "Le vrai coupable dans cette controverse sur le sampling réside toujours dans les intermédiaires invisibles qui acquièrent (parfois légalement) des catalogues dormants et prêts à usage", écrit ainsi le batteur de The Roots.

Questlove donne aussi plus de détails sur ces intermédiaires de mauvaise foi, qui sont normalement une exception face à une norme plus égalitaire : "Un artiste comme Michael Jackson avait fait le bon choix par exemple dans ces histoires de catalogue, en achetant des chansons dans des petites maisons d’édition et en les retournant à leur propriétaire légitime (Little Richard, Sly Stone…). Et arrêtez de pleurer sur le sort des Beatles, quand ils ont eu leur chance d’acheter leur catalogue, ils s’en sont moqués et ont décidé l’inverse. C’est leur choix."

Questlove explique aussi comment le système de licence est construit pour transformer les éditions d’un artiste en argent comptant rapide dans des circonstances contraignantes, en obligeant l’artiste à réenregistrer ses chansons auprès d’un administrateur d’édition avant un certain laps de temps afin de conserver les droits de sa propre musique. Un vrai casse-tête. La vente du catalogue paraît alors être la démarche la plus sensée. Mais les intermédiaires peu scrupuleux se servent justement de ce processus.

Le batteur de The Roots apporte aussi plusieurs propositions sur l’utilisation des samples et la récupération des droits, avec notamment une sorte de taxe mise en place par les deux labels des artistes, le sampleur et le samplé. Et aussi comment rétribuer tous les musiciens qui ont été sur l’enregistrement samplé, comme le célèbre batteur Clyde Stubblefield et son "Funky Drummer" pour James Brown, encore samplé en 2021. Le sample de Daft Punk n’était qu’une partie émergée de l’iceberg.

Questlove évoque ainsi le futur du sample à travers un cercle vertueux pour tous les artistes et même les labels. Mais est-ce possible de le mettre en place ? Cette discussion très intéressante, un cours sur le sample et les droits d’auteur, est à retrouver ci-dessous.

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