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La mythique Love Parade de Berlin de retour cet été ?

Publié le

par Vincent Glad

La Love Parade, la marche techno créée à Berlin en 1989, n'existe plus depuis 2010 et le drame de Duisbourg. Un collectif berlinois rêve de retrouver l'esprit des débuts dans un "train de l'amour" prévu pour juillet prochain. Garanti sans publicité ni vente d'alcool.

Love Parade, Berlin, 1998 (Crédits image : Srittau/Wikimedia Commons)

Le Furiani de la techno a mis fin à 21 ans de Love Parade. À Duisbourg en Allemagne, lors de l'édition 2010, 21 jeunes meurent piétinés dans un inimaginable mouvement de foule. La Love Parade n'y survivra pas, les organisateurs jettent l'éponge. La manifestation n'était de toute façon plus que l'ombre d'elle-même : rachetée par un entrepreneur de fitness et exilée depuis 2006 dans l'Ouest industrieux de l'Allemagne, loin de son Berlin natal.

Mais la capitale reste nostalgique de sa mythique Love Parade née en 1989 avec 150 personnes dansant dans les rues du Kurfürstendamm, l'avenue commerçante de Berlin-Ouest. L'immense festival qu'était devenu l'événement n'avait plus rien à avoir avec l'esprit des débuts, quand la techno se mêlait à des revendications politiques aussi floues que naïves. "Friede, Freude, Eierkuchen"» (paix, joie, crêpes), proclamait la première marche, revendiquant la paix dans la monde, le plaisir de la musique et la fin de la famine.

La Love Parade grandit très vite et atteint les 500 000 participants en 1995, avant de devoir déménager dans une rue encore plus immense, la Straße des 17 Juni, ou "Rue du 17 juin", qui traverse le parc Tiergarten jusqu'à la porte de Brandebourg. C'est le début de la fin pour la parade, dont la scène berlinoise underground commence à se détourner. Le million de personnes qui foule tous les ans le Tiergarten a la réputation de ruiner totalement le parc et la consommation massive de drogues commence à indisposer les riverains. La manifestation culmine à 1,5 million de raveurs en 1999 et finit par devenir l'inverse d'une fête berlinoise : mercantile et institutionnelle. Jack Lang revient perché de son expérience berlinoise en 1997 et lance l'année suivante la Techno Parade parisienne.

"Inonder les rues au nom de l'amour"

Sauf qu'en 2015, un mystérieux event Facebook fait renaître l'espoir d'un retour de la marche techno. Le "Zug der Liebe" (train de l'amour) promet "d'inonder les rues [de Berlin] au nom de l'amour" le 18 juillet prochain. Le lieu n'est pas encore connu. L'événement se présente comme "une manifestation politique pour la communauté, l'amour et l'empathie", le tout mis en musique par une dizaine de chars de la scène techno berlinoise. Cette rhétorique néo-hippie évoque les slogans des premières Love Parade ("My house is your house and your house is mine", "Peace on Earth", "Let the sunshine in your heart"...).

Elle est aussi bien utile pour permettre l'organisation d'une telle marche. Revendiquant l'amour entre les peuples, la Love Parade avait acquis le statut de manifestation politique. Une petite astuce légale qui permettait aux organisateurs de ne pas avoir à assumer eux-même les coûts de nettoyage, extrêmement élevés quand un million de personnes décident de ruiner le plus grand parc de la ville.

En 2001, la Cour constitutionnelle allemande a jugé que la Love Parade n'était pas une manifestation politique, mais un événement culturel. Un casse-tête financier pour les organisateurs qui engendrera le Disneyland commercial des années suivantes.

Le créateur de la Love Parade adoube le projet

Ce cryptique "Zug der Liebe" s'inscrit dans l'héritage des premières Love Parade et revendique (opportunément ?) son caractère politique. Les organisateurs insistent sur le fait qu'ils ne sont pas un festival : les sponsors et la vente d'alcool y seront interdits. Dr. Motte, le fondateur de la Love Parade, vétéran respecté de la scène techno berlinoise, soutient la manifestation, en venant clasher sur sa page Facebook le journal Tagesppiegel qui avait laissé entendre qu'il la boudait : "C'est génial que l'idée originale de la Love Parade vive encore dans l'esprit des jeunes générations. Je souhaite un total succès aux organisateurs". Un commentaire Facebook qui vaut de l'or.

Si les organisateurs reprennent l'idée de la Love Parade, ils se gardent bien de s'en revendiquer. Le mot est "tabou", comme l'écrit le Tagesspiegel. L'ombre du drame de Duisbourg plane encore de tout son poids sur quiconque tente de ressusciter la marche techno. Depuis 2006, tous les ans, une "B-Parade" avec des centaines de milliers de personnes est annoncée à Berlin, dans le Tiergarten. À chaque fois annulée. Les sponsors se font rares pour soutenir cette manifestation devenue maudite.

Love, love, love parade

Le "Zug der Liebe", beaucoup plus modeste, ne prévoit que d'accueillir 15 000 personnes. L'event Facebook a néanmoins déjà dépassé les 10 000 inscrits. Dans une interview donnée l'année dernière pour les 25 ans de la Love Parade, Dr. Motte assurait que seul Berlin peut accueillir une telle manifestation :

La Love Parade de Duisbourg n'avait plus rien à voir avec l'esprit de la techno. La Ruhr [la région qui a accueilli la LP de 2006 à 2010, ndlr] n'avait pas l'expérience pour accueillir de tels événements. Il n'y a qu'une seule ville qui sache faire ça, c'est Berlin. Regardez le succès de la Fanmeile [les écrans géants dressés pendant la Coupe du Monde au Tiergarten qui ont accueilli 500 000 personnes, ndlr], nous en avons posé les bases avec la Love Parade.

Manière de rappeler que depuis 2006, les plus grands rassemblements berlinois ont lieu pour les grands matchs de l'équipe d'Allemagne, et non plus pour la techno. Les fans de musique peuvent quand même se rabattre sur le Karnaval der Kulturen, qui devrait avoir lieu du 22 au 25 mai cette année, grande manifestation bigarrée dans les rues de Kreuzberg, où se mélangent danseurs du monde entier et chars des meilleurs clubs techno berlinois.

La Fuckparade n'est pas morte

Et il reste bien sûr la Fuckparade, créée en 1997 pour dénoncer les dérives mercantiles de sa grande sœur et dont le mot d'ordre rejoint finalement celui du "Zug der Liebe". Cette Fuckparade est d'ailleurs rentrée dans la légende de l'Internet, pour cette vidéo du "Viking techno", filmée lors de son édition 2000 :

On rêve que le "Zug der Liebe" fasse revenir le Viking techno dans les rues berlinoises. Et des personnages aussi pittoresques que Gotthilf Fischer, célèbre chef de chœur allemand et sorte de Pascal Sevran local, qui était monté sur les chars techno lors de l'édition 2000. Le vieux chanteur de 72 ans avait d'ailleurs admis quelques jours plus tard que quelqu'un avait sans doute versé de la MDMA dans sa bière : "Ma démarche était légère comme si je flottais. Je ne pouvais et ne voulais plus m'arrêter de danser".

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