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Ce que les journaux britanniques pensent des nommés du Mercury Prize 2015

Publié le

par Théo Chapuis

Absence de Sleaford Mods ou de Foals, nominations imprévisibles, majors sur la touche... Voilà ce que les journaux britanniques pensent de la liste des nominés du Mercury Prize 2015.

Florence Welch de Florence + The Machine, favorite des bookmakers britanniques pour remporter le Mercury Prize (<a href="http://www.stereogum.com/tag/florence-and-the-machine/" target="_blank">Source</a>)

Cette année, la photo de classe des nominés au Mercury Prize fait la part belle aux chanteurs-compositeurs, aux labels indépendants et passe sous silence de nombreux succès commerciaux de l'année au profit de petites pépites quasi-confidentielles. Le prix qui récompense le meilleur album britannique ou irlandais de l'année rassemble une douzaine d'artistes aux talents relativement divers mais supposés avoir marqué la musique anglaise de son empreinte cette année.

Cette année, les deux favoris sont Florence + The Machine et Jamie xx – qui serait alors le premier artiste à remporter le prix en groupe (avec The xx en 2010) et en solo. Mais les jurés du Mercury n'ont pas le monopole du goût outre-Manche et les journalistes musicaux n'aiment rien de mieux que de contredire les juges d'un prix musical. Voilà pourquoi les journaux ont retenti de l'écho de voix dissidentes dès la publication de la liste des nominés diffusée sur BBC6 vendredi.

"Il n'y a pas de pop mainstream"

Dans le Guardian, Alexis Petridis estime qu'aucun de ces douze noms ne représente une tendance significative dans la musique des insulaires. Selon lui, la liste de cette année "excelle dans les performers idiosyncratiques", c'est-à-dire uniquement définis par leur tendance à reproduire les comportements de leur environnement. Ouch. Il en veut pour preuve la nomination de Hairless Toys, l'album de Róisín Murphy, défini comme "la dernière étape d'un voyage à travers le disco et la house music".

Outre les excellents Sleaford Mods et quelques autres, l'éditorialiste britannique regrette plusieurs disparitions remarquées : l'absence de grime, celle de jazz ou de folk, celle de metal ou de hard rock (comme chaque année...) – mais surtout celle de pop mainstream, "sauf si vous rangez Florence + The Machine dans cette catégorie". En effet, Florence Welch est la seule de la liste à avoir atteint la première place des charts britanniques cette année.

Pour lui, cette année, la surprise vient du fait que la liste ne soit pas constituée de noms aussi célèbres que les années précédentes. Eh oui, le Mercury Prize est encore dans l'esprit de beaucoup une cérémonie où sont primés les célébrités à la force de frappe conséquente : signées chez les majors, elles réalisent en général de nombreuses ventes, même dans un contexte de crise de l'industrie. Cette année, ce n'est pas le cas.

"Florence est un poids lourd dans une compétition de poids plumes"

Signe des temps, pour Neil McCormick du Telegraph, si cette liste représente un instantané de son époque, c'est parce qu'elle est "capricieuse". D'après lui, les artistes représentés cette année "opèrent principalement dans leur propre petit univers privé introverti et ésotérique, satisfaits d'échapper au radar". Et de détailler par le menu les caractéristiques d'un artiste comme de l'autre, comme ces chanteurs-compositeurs "maniérés, intenses et inhabituels" que sont Eska, Benjamin Clementine ou encore Soak ; les "rats de studio" Jamie xx et Aphex Twin, capables de produire une techno faite pour "danser tout en restant dans son fauteuil"...

Il remarque également que Ghostpoet est en fait l'unique artiste de l'univers étendu du hip-hop, compare l'album de Gaz Coombes à du Radiohead et révèle sans mystère son favori – ou plutôt sa favorite : Róisín Murphy. Il parle de son disque comme "d'une electronica étincelante, fragile, maîtrisée et chuchotante" et assure qu'il est en droit de gagner parce que Murphy, ex-chanteuse du duo Moloko, a "la reconnaissance du nom, du flair dans le visuel" et qu'elle a réalisé "le plus inventif et le plus courageux album de sa carrière".

Pour finir, il admet la position de grande favorite de Florence, or ne lui souhaite pas la victoire pour des raisons de prestance et non pas en avançant des arguments esthétiques. En tant que seule de la liste à pouvoir être le headliner crédible d'un grand festival, il est difficile de savoir si elle est "heureuse ou embarrassée de se trouver là : c'est un poids lourd dans une compétition de poids plumes. Si elle gagne, elle aura juste l'air d'un caïd de cour de récréation".

Moins de place pour les majors

La quasi-absence de poids lourds de l'industrie de la musique, c'est un point crucial sur lequel il est loin d'être le seul à s'enthousiasmer. D'après Music Business Worldwide, 75% de cette liste est constituée d'artistes signés sur des labels indépendants "alors que seuls 23,4% du total des ventes au Royaume-Uni de ces douze derniers mois" provient de musiciens de ce secteur.

PJ Harvey est l'unique musicienne à avoir remporté le Mercury Prize plus d'une fois, en 2001 et en 2011 (<a href="http://www.thelineofbestfit.com/news/latest-news/mercury-prize-2012-moves-to-roundhouse-announces-more-changes-98114" target="_blank">Source</a>)

Eh oui, seul Universal Music a placé des artistes dans la liste, contrairement à Warner ou Sony. Selon Alison Wenham, PDG de l'association des musiciens indépendants (AIM), voilà qui marque une étape importante dans l'histoire des alternatives aux majors. Elle rappelle que les indépendants représentent 50% des vainqueurs du Mercury Prize ces dix dernières années :

Voilà qui confirme que la musique indépendante est un moteur clé de la créativité musicale dans ce pays et une réflection de la riche variété de talents qui sortent de l'ombre chaque année.

L'absence remarquée de Sleaford Mods

La meilleure nouvelle pour le News Musical Express ? "Pour le meilleur ou pour le pire", le Mercury est "toujours aussi imprévisible". Mais cette année, plutôt que ceux qui sont dans la liste, la surprise vient de ceux qui n'y sont pas. Exit les chouchous des festivals français Foals ; adieu les vétérans Blur ; ciao Everything Everything ; or la plus grande surprise reste (d'un avis unanime) la défection de Sleaford Mods, alors que "quel album aurait pu être plus représentatif du Royaume-Uni d'aujourd'hui que le viscéral Key Markets ?" Aucun. Et ça c'est notre avis à Konbini.

Or, même si le Mercury jette un coup de projecteur sur de nombreux artistes indépendants, dont certains ont à peine dépassé le stade de la confidentialité (la chanteuse née au Zimbabwe Eksa et le compositeur C Duncan, qui a enregistré son premier disque dans sa chambre), la liste de nominés oublie de nombreux genres musicaux au passage. Ainsi, le journaliste de NME regrette lui aussi l'absence de metal, "qui depuis le temps, s'est fait à l'idée", mais surtout... de grime.

Rendez-vous le 20 novembre afin de connaître le grand gagnant du Mercury Prize. En attendant, la liste complète des musiciens nominés se consulte juste ci-dessous.

Florence + The Machine – How Big, How Blue, How Beautiful

Jamie xx – In Colour

Ghostpoet – Shedding Skin

Wolf Alice – My Love Is Cool

Slaves – Are You Satisfied ? 

Soak – Before We Forgot How to Dream

Roisin Murphy – Hairless Toys

Gaz Coombes – Matador

Aphex Twin – Syro

Benjamin Clementine – At Least For Now

C Duncan – Architect

Eska – Eska

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