Joey Bada$$, Flatbush Zombies et leur bande ressuscitent les freestyles de Rap City

On en profite pour ressortir nos cinq sessions live préférées de la célèbre émission sur BET.

Depuis quelques mois, Flatbush Zombies, The Underachievers et Pro Era (dont est issu Joey Bada$$) forment un super groupe nommé Beast Coast. Les trois entités se connaissent bien et sont depuis longtemps attirées par la même esthétique musicale : le rap new-yorkais de la fin des années 1990/début 2000. Alors que plusieurs morceaux sont sortis ces dernières semaines en guise d’apéritif, le collectif annonce un album le 26 mai prochain.

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Très attendu, ce nouvel opus pourrait relancer cette scène très suivie de la grosse pomme, entre renouveau boom bap et rap atmosphérique moderne. Comme pour enfoncer encore le clou de cette nostalgie mise à jour, l’équipe propose un événement promotionnel inédit : la renaissance du format freestyle "In The Booth" de l’émission "Rap City".

Ainsi, les dix rappeurs de Beast Coast défilent devant le microphone exactement comme à l’époque bénie de "Rap City". Tous les codes sont respectés, la scène est copiée jusque dans les moindres détails. Le présentateur Big Tigger revient à son rôle d’origine pour introduire la session en rimes improvisées, toujours bien senties. Recréant un univers de sous-sol, le décor est toujours fluo avec les posters psychédéliques disposés de la même façon, juste un peu modifiés. Et le logo RC pour "Rap City" en bas à droite se transforme en BC pour Beast Coast, juste parfaitement ajusté.

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Même la réalisation reprend les effets grossissants et presque épileptiques des années 1990, début 2000. Le choix des instrumentales est lui aussi contemporain à la grande époque de l’émission, passant de Mobb Deep à Sean Paul avec des excursions chez Mos Def & Talib Kweli, Cam’ron ou Clipse. Big Tigger conclut alors avec des phrases dont lui seul a le secret et tout l’univers des "In The Booth" est de nouveau dans les têtes.

"Rap City", l’émission de référence de toute une génération

Diffusé sur BET de 1989 à 2008, ce programme mythique était le concurrent numéro un de "Yo! MTV Raps", l’autre émission totalement incontournable sur l’âge d’or du hip-hop. "Rap City" diffusait surtout les nouveaux clips du moment avec un invité pour papoter entre les vidéos. Agencé quasiment comme une émission de radio en direct d’un sous-sol, elle comportait aussi une séquence qui est devenue iconique : la session freestyle, "In The Booth".

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Ce moment était présenté comme un live en direct d’une cave aux lumières fluorescentes, avec seulement un micro trônant au milieu de la pièce. Avec ce concept très simple et un peu surréaliste, l’émission a vu défiler tous les plus grands rappeurs de l’époque. Plus les années passaient et plus le nombre de morceaux inédits grandissait, parfois dispensables, souvent épiques et même quelques fois totalement légendaires.

Ce format est devenu iconique au fil des années car il présage finalement tout le côté inédit, spontané et sans artifice du combo rap et Internet. On assiste ainsi à des tranches de vie, des recherches stylistiques ou de performance, souvent teintées d’humour, qui vont devenir le mètre étalon de tout un pan du rap actuel. Ainsi les freestyles "In The Booth" de Rap City sont devenus presque aussi importants que les mixtapes et les albums qui sortaient à la même époque.

© BET - Rap City

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Revenons sur cinq épisodes très forts qui ont marqué l’histoire du rap et donc le collectif Beast Coast qui a eu envie de reprendre tout l’univers des "In The Booth" de Rap City.

The Diplomats (2003)

Sûrement le plus grand freestyle vidéo jamais enregistré. En reprenant le piano entêtant de "On My Block" par Scarface, Jim Jones, Juelz Santana et Cam’ron placent la barre extrêmement haut sur tous les niveaux : rimes, style, aisance, attitude, tout est réussi.

Mention spéciale à Killa Cam qui envoie des missiles hyper techniques de la façon la plus nonchalante possible en comptant ses billets sans y penser. Une grande partie du rap moderne actuel prend sa naissance dans ces images. Le trio reviendra pour une seconde session un peu moins folle mais tout aussi importante : une véritable science du freestyle.

Lil Wayne (2005)

Bien sûr, il est impossible de parler de freestyle sans citer le boss final. Lil Wayne a rendu toutes ses apparitions dans "Rap City" légendaires. Mais celle-ci en 2005, pour la promotion de l’album Like Father, Like Son avec son parrain Birdman, est un cran au-dessus. Tout est dans la mise en scène. Birdman se présente doucement et jette négligemment un bandana rouge sang sur le micro avant que Wayne n’y crache le feu sacré. Ensuite, c’est juste de la magie.

Le riddim reggae, les lunettes, le gobelet de lean, le rire enfantin du début. Et Birdman qui lève les bras derrière lui, face au mur. Le plus fou reste ce moment où Wayne lève un peu ses lunettes pour dévoiler ses yeux… fermés. Tout paraît décousu et pourtant tout présage du statut incroyable que va obtenir Lil Wayne peu de temps après.

Raekwon & Ghostface Killah, Wu-Tang Clan (2000)

Absolument tout est inédit dans cette séquence. Au début, on aperçoit RZA et Mathematics dans un passe-passe endiablé sans fin aux platines. Puis changement de décor, le duo le plus fou du Wu, Raekwon et Ghostface occupe le fameux "Basement". La lumière noire est là ainsi que les posters psychédéliques de Bob Marley. Mais surprise, Raekwon est campé sur un WC et sort assis là, l’air de rien un de ses plus grands couplets, quatre ans après son classique Only Built 4 Cuban Linx.

Et Ghostface en rajoute, en animateur de luxe, reprenant chaque fin de phrase comme une grenade pour la relancer au loin. RZA débarque ensuite et tout paraît enfantin. "The Basement" de "Rap City" était la véritable récréation du rap et avec cette liberté, de nombreux moments uniques sont apparus.

State Property (2002)

La session freestyle de "Rap City" était aussi l’occasion de relancer des beefs, attiser des clashs et brouiller les pistes. À ce petit jeu, les membres du State Property étaient clairement les rois. Sur cette partie en 2002, on retrouve Beanie Sigel, Young Chris, Freeway et Neef qui tirent à balles réelles sur leurs ennemis de l’époque, les D Block de Jadakiss, Styles P et Sheek Louch.

Même Big Tigger préfère rester en retrait tellement tout sent le souffre et le feu dans le rap des mecs de Philadelphie, proches de Jay-Z et Roc-A-Fella. Toute une vision résumée en une vidéo.

Ludacris (2002)

Parmi toutes les sessions, il y avait aussi ceux qui jouaient le jeu à fond et partaient totalement en improvisation aux côtés du boss en la matière, le présentateur Big Tigger. Parmi ceux-là, Killer Mike fut un des plus hargneux et provocateurs. Mais le plus fun reste Ludacris encore plus de quinze ans après.

À chaque apparition, le rappeur d’Atlanta démontre qu’il est fait pour cet exercice avec son bagout contagieux et ses piques caustiques. Sûrement une des plus grandes stars de ce jeu.

Eminem (1999-2009)

En sixième homme un peu obligatoire, on est obligé de placer Eminem qui a toujours été très présent dans les freestyles de l’émission, seul ou avec D12. Après l’arrêt de l’émission en 2008, il a même demandé à BET de faire des "Rap City" spéciaux pour les sorties de ses albums Relapse et The Marshall Mathers LP 2.

Eminem est la quintessence même du succès de "Rap City", l’étendard d’une époque où les freestyles, les mixtapes et les morceaux inédits faisaient tout, où 8 Mile était la référence principale de toute une génération. Parmi nos freestyles préférés reste celui avec D12 uniquement pour voir Em dans sa meilleure forme en 2001 et surtout le regretté Proof qui termine la session avant que Bizarre ne propose juste… son ventre. Les moments uniques de "Rap City".

Merci aux Beast Coast de nous remémorer ses pièces d’histoire du rap !

Par Aurélien Chapuis, publié le 13/05/2019

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