Jeunesse sonique : Trentemøller réveille l'ado obscur qui sommeille en lui

Le prolifique et mystérieux DJ danois nous raconte la musique de sa jeunesse, qui continue de l'influencer aujourd'hui.

Robert Smith, sort donc du corps de Anders Trentemøller. (© Sofie Nørregaard)

Anders Trentemøller et ses faux airs de Robert Smith (celui des années 1980, pas l'actuel). (© Sofie Nørregaard)

Trentemøller l'avoue sans détour. Son nouvel album, intitulé Fixion et prévu pour le 16 septembre, est un retour à ses premiers émois musicaux, remontant à son adolescence. À l'image de Lost, son opus précédent sorti en 2014, le DJ danois prénommé Anders s'éloigne (mais pas trop) de l'expérimentation pour une musique plus proche de la chanson. Aujourd'hui dans la quarantaine, période charnière de toute vie humaine, il lui a semblé naturel de revenir sur l'époque où il a découvert la musique, aux temps d'une adolescence solitaire et un peu sombre, qui a façonné son univers actuel.

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1. Quel est le premier disque que tu as acheté, en toute honnêteté ?

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C'est vraiment gênant… Ce n'était pas un disque, mais une K7. De Rod Stewart. Je ne me rappelle même plus du nom, je me souviens que, sur la pochette, on le voyait en démultiplié et vêtu d'un manteau en latex rouge. Je devais avoir neuf ou dix ans peut-être. Je suis devenu fou de sa musique en l'entendant à la radio, je ne sais pas pourquoi...

Cet album était rock, certes, mais il surfait sur une vague électro. Je me souviens d'une chanson en particulier, dans laquelle il y avait une sorte de "snap" répétitif tout le long. C'est amusant parce qu'à 10 ans, on n'a pas vraiment de références, surtout que mes parents n'écoutaient pas beaucoup de musique.

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2. La chanson qui t'a vraiment plongé dans la musique ?

Le premier truc différent de ce que je pouvais entendre à la radio, et qui m'a vraiment marqué, c'est l'album du Velvet Underground et Nico, celui avec la pochette très connue avec la banane. Le titre que j'affectionnais particulièrement s'appelait "Venus in Furs". Il sonnait d'une manière si étrange par rapport à ce que j'avais entendu auparavant, il y avait un bruit assez inquiétant en fond qui me faisait presque peur, en fait !

J'étais très intrigué par les sons distordus, les guitares, le rythme très lent, et par la voix de Lou Reed, aussi. C'était vraiment quelque chose qui m'attirait vers la musique, alors que je n'avais pas plus de 12 ans.

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3. Et la première que tu as appris à jouer en entier ?

"Ticket to Ride" des Beatles. Je l'ai apprise dans une école de musique où on m'enseignait la batterie, même si j'ai commencé, enfant, à jouer du piano. Dans le cours que je suivais, on était un petit groupe d'instruments ; "Ticket to Ride" était le premier morceau qu'on a appris, et je faisais la partie à la batterie. J'ai même fait des arrangements au clavier, bien qu'il n'y en ait pas dans la version originale. J'aime beaucoup ce titre, encore aujourd'hui. Quand je l'écoute, ça me renvoie à cette période de mon enfance.

4. Le plaisir coupable musical que tu n'assumes plus aujourd'hui ?

À part Rod Stewart ? Je dirais "Dancing Queen" d'Abba. J'adore le groove et les vocalises de ce morceau. Pour autant, je ne le vois pas vraiment comme un plaisir coupable, je pense encore que c'est une très bonne chanson pop.

5. Quand tu étais enfant, y avait-il un titre que tu détestais mais que tout le monde adorait ?

Oh oui, il y en plein. Mais je me rappelle surtout d'un voyage de classe, en bus, pendant lequel on a écouté en boucle "Never Ending Story" de Limahl. C'était le gars un peu "cool" de la classe qui était venu avec une K7, et l'avait donnée au conducteur pour qu'il la passe pendant le trajet. Tout le monde adorait cette chanson, j'étais le seul à la détester, je me disais durant tout le voyage : "Je ne veux pas être ici, je ne veux plus aller à l'école." 

Adolescent, j'ai commencé à écouter The Cure et d'autres groupes du genre. Je me considérais comme un outsider en fait, je ne voulais pas aimer la musique pop.

6. La chanson que tu n'aimais pas beaucoup avant, mais que tu écoutes avec plaisir aujourd'hui ?

Ce pourrait bien être "Jailhouse Rock" d'Elvis Presley. Mes parents l'écoutaient souvent à la radio, je trouvais le style étrange. Je ne voyais pas ce qu'il avait pu apporter à la musique, à l'époque, je le résumais surtout à son image à la télévision et à ses danses très sexy. Il a fallu que je grandisse pour comprendre qu'il avait fait des choses très cool. Je trouve que "Jailhouse Rock" est un morceau qui sonne très neuf et très jeune, encore maintenant.

7. Tu te souviens de ton premier concert ?

Oui, très bien, c'était un groupe danois baptisé D-A-D, l'acronyme pour Disneyland After Dark, qui existe encore aujourd'hui. Il disait jouer du cow punk, alors l'un des musiciens avaient un chapeau avec des cornes énormes sur la tête, un autre portait un casque qui crachait des flammes, c'était fou. C'était vraiment une ambiance dark et dingue. C'était une des premières fois où j'avais le droit de sortir sans adultes, et évidemment, avec mes amis, on était allés cacher des bières dans les buissons. C'était marrant.

8. Quelle chanson de boum t'a le plus marqué ?

C'était la chanson "99 Luftballons" de Nena, un tube énorme à l'époque. Je m'en rappelle parce que c'était ma première fête, j'avais douze ou treize ans. J'étais tellement bourré, on avait bu plein d'alcool immondes très colorés, le genre de choses qu'on boit quand on est ado. Ça aurait pu très mal finir, en plus, parce que la fille qui organisé la soirée avait une piscine, mais heureusement, personne ne s'est noyé.

9. Pour quel groupe aurais-tu été prêt à donner ta vie ?

Oh ! The Cure. Non, en fait, il y a deux groupes : d'abord The Cure et ensuite The Smiths. Et d'ailleurs, The Cure est toujours le groupe pour lequel je donnerais ma vie. J'ai deux albums préférés : Disintegration (1989) et Faith (1981). Je les ai découverts quand j'avais 14 ans, grâce à un camarade de classe. La première chose qui m'a frappé, ce n'était pas tant les paroles mais vraiment la musique et l'atmosphère, j'ai eu la sensation que c'était le groupe qui était fait pour mieux, j'ai réalisé à quel point la musique pouvait avoir un impact sur ma vie.

Sur mon dernier album, il m'arrivait d'ailleurs de réécouter ce que j'avais composé et produit en me disant : tiens, ça sonne vraiment… "cur-ish". Je craignais que ce soit trop évident, où "too much" mais, après réflexion, ça n'avait pas d'importance, parce qu'ils sont une part immense de ma vie musicale. Je les écoute encore au moins une fois par semaine.

10. La bande-son de ton premier road-trip avec des potes ?

"Love Will Tear Us Apart" de Joy Division. C'était un long voyage à vélo, on a pédalé plus d'une centaine de kilomètres, du sud du Danemark à Copenhague. Nous avions embarqué un ghetto blaster. C'est vraiment un moment de ma vie que j'associe à cette chanson.

11. Cette fameuse chanson qui te rappelle ton premier amour ?

Il y en a deux. "All Cats Are Grey" de Cure, encore. Mais aussi "Wish You Were Here" de Pink Floyd. Je les écoutais quand je sortais avec ma première vraie petite amie, nous sommes restés ensemble pendant deux ans, j'avais 16 ans et, à cet âge, ça semble très long.

12. Le disque qui résume le mieux ta jeunesse ?

J'ai envie de citer un album de The Cure, mais je vais dire The Queen Is Dead des Smiths. J'aimais aussi beaucoup Joy Division, New Order et ce genre de choses, mais vraiment, ce disque, je l'ai tellement écouté quand j'étais ado, il a été très important pour moi, à ce moment de ma jeunesse.

Par Juliette Geenens, publié le 12/09/2016

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