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RIP Jacques Higelin, légende de la chanson française

Publié le

par Rachid Majdoub

Jacques Higelin est monté au ciel ce vendredi 6 avril à l’âge de 77 ans. Retour sur la grande carrière d’un artiste majeur de la chanson française, et la fantaisie survoltée du poète engagé qu’il était.

© Jacques Higelin

Cheveux hirsutes, silhouette dégingandée, verbe bouillonnant et poétique, Jacques Higelin, disparu ce vendredi matin à Paris à l’âge de 77 ans, est l’un des pionniers de la chanson rock française, infatigable homme de scène et auteur de morceaux de bravoure. Artiste attachant aux airs d’éternel adolescent, cet "enchanteur", auteur, compositeur et interprète a rassemblé un public de fidèles autour de ses chansons et de ses concerts incarnés, durant desquels il improvisait sans relâche, passait du piano à l’accordéon ou à la guitare, et apostrophait les spectateurs.

Homme de coups de gueule et de coups de cœur, toujours révolté, Higelin évoque dans certaines de ses chansons la société, les sans-papiers ou les difficultés économiques, et s’est engagé à plusieurs reprises aux côtés des personnes sans-abri. Alternant ballades aériennes, rock énergique et envolées lyriques, jonglant en véritable amoureux des mots avec les textes, Jacques Higelin a signé au fil du temps quelques-uns des plus grands tubes de la chanson française, comme "Champagne", "Tombé du ciel", mais aussi "Pars" ou "Tête en l’air".

Né le 18 octobre 1940 à Brou-sur-Chantereine, en Seine-et-Marne, d’une mère belge et d’un père alsacien, Jacques Higelin quitte l’école à 14 ans. Il grandit en écoutant du jazz et de la chanson française, Léo Ferré ou Jacques Brel, et rencontre à la fin des années 1950 Henri Crolla, le guitariste d’Yves Montand, figure familière de son adolescence.

Du comédien au chanteur

Mais c’est en tant que comédien qu’il commence sa carrière. Au début des années 1960, il s’inscrit au Cours Simon. Il débute au théâtre en 1959 avec Bon week-end, Monsieur Bennett, mis en scène par Michel Vitold, et se lance au cinéma, avec Le bonheur est pour demain d’Henri Fabiani (1961), Bébert et l’Omnibus d’Yves Robert (1963) ou encore Elle court, elle court, la banlieue de Gérard Pirès (1972). Il jouera au total dans une trentaine de films.

Son destin bascule grâce à une rencontre décisive au milieu des années 1960, celle de Brigitte Fontaine et d’Areski Belkacem, avec lesquels il se produit en trio sous la houlette de Pierre Barouh. C’est l’époque de ses débuts dans la chanson, des expériences en tous genres et de sa vie dans des communautés, entre les Alpes et le Lubéron.

En 1965, il sort l’album Douze chansons d’avant le déluge, enregistré en duo avec Brigitte Fontaine. En 1974, il amorce un virage rock, avec l’album BBH 75. Bercé par Charles Trenet et les Rolling Stones, il est l’un des premiers chanteurs à tenter la synthèse entre le rock et la chanson, deux genres a priori antagonistes.

Il sort ensuite Irradié en 1975, Alertez les bébés en 1976, et No man’s land en 1978. Devenu chanteur rock populaire, il connaît en 1979 un grand succès avec Champagne pour tout le monde et son album jumeau Caviar pour les autres.

Retour au ciel

En 1988, il remporte à nouveau l’adhésion du public avec Tombé du ciel, pour lequel il s’entoure de musiciens comme Didier Lockwood et William Sheller. L’album, qui se vend à plus de 300 000 exemplaires, est son plus grand succès. Suivent Aux héros de la voltige en 1994 et Paradis païen en 1998, lequel marque ses retrouvailles avec Areski. En 2005, il reprend des chansons de Charles Trenet au cours d’une tournée, en digne héritier déjanté et lunaire du "fou chantant".

En 2006, après huit ans sans album de chansons originales, il sort Amor Doloroso, suivi de Coup de foudre en 2010. Ces albums, pour lesquels il travaille avec l’ex-leader de Kat Onoma, Rodolphe Burger, sont tous deux salués par la critique. Après Beau Repaire paru en 2013, ce poète à la voix brisée, père de trois enfants également artistes – Ken, réalisateur et comédien, Arthur H, chanteur et musicien, et la comédienne et chanteuse Izïa –, sort son 20e et dernier album, Higelin 75, à l’automne 2016.

Plus libre que jamais sur cet opus, le chanteur installé à Pantin, aux portes de Paris, se permet un morceau-fleuve final de plus de… 21 minutes. Et dans "J’fume", clame continuer à "fumer" en attendant "que le fossoyeur me creuse une tombe au Père-Lachaise" et que "le temps s’arrête et que le ciel me tombe sur la tête".

Avec AFP

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