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Qui est Raye, nouveau prodige de la scène britannique adoubée par Drake ?

Du haut de ses 20 ans, cette artiste naviguant entre R’n’B, électronique et dancehall s’affirme comme l’un des talents les plus novateurs de Londres. Rencontre.

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Elle s’assoit face à nous, un large sourire aux lèvres, affirmant à quel point elle est ravie d’être enfin arrivée à Paris. "Vos croissants sont délicieux, mais il va vraiment falloir que j’arrête d’en manger : je dois tourner un clip très bientôt !", nous lance-t-elle en riant. Le jour de notre rencontre, Raye, 20 ans au compteur, s’apprête à assurer la première partie de la grande Rita Ora. Une opportunité en or pour cette artiste émergente, décrochée suite aux succès de titres comme "Decline" ou "Cigarette", dont les ADN naviguent avec aisance entre musique électronique, R’n’B et dancehall.

Originaire du sud de Londres, Rachel Keen, son matricule à la ville, grandit dans une famille religieuse, bercée par les grands noms du gospel que sont Kirk Franklin, Mary Mary ou Donnie McClurkin. Les chanteuses Nina Simone, Amy Winehouse et Jill Scott – "l’une de mes plus grandes inspirations", commente-t-elle –, font aussi partie de ses favoris, au même titre que Vybz Kartel et Mavado, figures de la scène dancehall, qu’elle se met à écouter durant son adolescence. "Du coup, ma musique est un gros mix de tout ça", affirme-t-elle. Elle détaille :

"Mon dernier single 'Friends', par exemple, est un mélange de pop, d’afrobeats, de dance, un peu de R’n’B… mais en vérité tu sais, je ne réfléchis pas trop à tout ça. Je veux créer des morceaux avec lesquels je peux m’amuser ! Mais j’adore cette idée d’expérimentation musicale. Du coup, il n’est pas impossible que je débarque un jour avec un truc complètement différent, genre… du reggae [rires] !"

Un don pour l’écriture repéré par John Legend et Charli XCX

Avec sa musique éclectique, qu’elle commence à exposer fin 2014 via son premier EP Welcome to the Winter, Raye est aujourd’hui considérée comme l’une des jeunes représentantes de l’afro-swing, un nouveau genre 100 % made in UK, fusionnant grime, dancehall et afrobeats, et dont Kojo Funds, J-Hus et Not3s sont les principaux chefs de file.

Raye serait aussi, selon Drake – avec lequel elle a organisé une session studio en début d’année –, l’une des autrices-compositrices les plus douées de sa génération. Un talent qu’elle a déjà mis au service de plusieurs grands noms de l’industrie musicale, parmi lesquels Snakehips et MØ (elle a participé à l’écriture du titre "Don’t Leave"), John Legend ("A Good Night") ou encore Charli XCX ("After the Afterparty"). L’intéressée précise :

"La musique est le moyen le plus confortable d’exprimer ce que j’ai sur le cœur. Les chansons que j’écris me permettent souvent de dire des choses que je n’arrive pas à dire à voix haute, de délivrer un message que je n’arrive pas à exprimer autrement. Un peu comme un journal intime super cool, finalement."

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Ce rapport intime à l’écriture, Rachel Keen le développe dès l’âge de huit ans, quand elle commence à façonner ses premières chansons. "Je me souviens très bien du tout premier morceau que j’ai écrit, c’était au sujet des sans-abri, se remémore-t-elle, un brin nostalgique. Je marchais dans la rue, et je ne comprenais juste pas pourquoi ces gens n’avaient pas de maison, alors que pourtant, moi, j’en avais une. Et donc oui, j’ai écrit une chanson là-dessus et… c’était vraiment supernul [rires] ! Mais hé, il faut bien commencer quelque part !"

Huit ans, c’est aussi l’âge auquel Raye découvre l’existence de la Brit School, une école d’arts réputée de la banlieue de Londres, qu’elle finira par intégrer six ans plus tard. "J’y ai énormément appris, et je m’y suis fait des amis pour la vie, mais après deux ans passés là-bas, j’étais prête à prendre mon envol", explique-t-elle avant de confier :

"Et puis, je crois aussi que j’avais besoin de m’éloigner du jugement de certaines personnes là-bas. Après avoir sorti mon premier EP Welcome to the Winter, j’ai eu des retours vraiment bitchy des gens qui m’entouraient dans cette école. Je me suis rendu compte que ce n’était peut-être pas un endroit si sain que ça pour évoluer artistiquement. Alors je suis partie pour me concentrer sur mes projets."

Le R’n’B, pierre angulaire de son dernier projet

Depuis ce jour, les projets de Raye ne cessent de fleurir. Après avoir offert deux premiers EPs, participé à la bande originale du film The Birth of a Nation aux côtés de Nas, atteint la troisième place du UK Singles Chart avec sa collaboration au titre "You Don’t Know Me" de Jax Jones et récemment assuré la première partie de la tournée d’Halsey, elle dévoilait le 4 mai dernier un nouvel EP : Side Tape.

Avec lui, la Londonienne poursuit son travail d’expérimentation sonore en convoquant à la fois le caractère percutant du dancehall, l’électricité de la dance, mais aussi, de façon plus insistante cette fois, la nature très langoureuse de R’n’B. Sur l’entraînant "Decline", elle s’inspire de l’iconique "Always on Time" (2001) de Ja Rule et Ashanti. Et dans le clip de "Confidence", également extrait de Side Tape, elle rend hommage au superbe "Me & U" de Cassie, autre grand classique de l’époque.

Interrogée sur l’importance du R’n’B dans ses futurs projets, Raye décrypte : "Les années 2000 constituent sans aucun doute l’époque la plus iconique en matière de R’n’B ! C’était tellement pur… les gens créaient des choses tellement nouvelles… J’ai l’impression que les artistes de cette génération se sentaient juste réellement libres. Et donc, forcément, les artistes de ma génération, les jeunes femmes qui ont grandi en écoutant ces gens-là, on a envie de recycler cette vibe et de refaire naître ce sentiment de liberté, de créativité."

Dans ce sourire angélique qui la caractérise tant, l’artiste, aussi ambitieuse que prometteuse, conclut :

"La scène R’n’B s’est énormément développée ces derniers temps en Angleterre, portée par des artistes comme Mabel, Jorja Smith, Ray BLK… Et le fait de voir que ces jeunes femmes, noires et métisses, passent désormais à la radio en créant cet art super authentique et sincère… je trouve ça vraiment excitant. Parce que, il y a encore à peine deux ans, j’avais vraiment le sentiment que mes morceaux les plus sincères ne seraient jamais joués sur les radios mainstream. Aujourd’hui, c’est enfin le cas. Et c’est vraiment grisant."

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Par Naomi Clément, publié le 21/09/2018