De gauche à droite: Jonathan Lamarque (batterie, chœurs), Mathieu Vincent (basse, guitare, chœurs), Cindy Callède (chant), Benoit Lambin (chant, guitare)… Lire la suite

Interview : Pendentif, la fausse légèreté de la pop française

Leur premier album à peine sorti, les voilà sur la route du live.  Entre deux concerts et une interview radio, Pendentif s’est accordé une petite pause avec nous autour d’un café dans un troquet parisien.

De gauche à droite : Jonathan Lamarque (batterie, chœurs), Mathieu Vincent (basse, guitare, chœurs), Cindy Callède (chant), Benoit Lambin (chant, guitare) et Ariel Tintar (guitare, claviers, chœurs).

Après trois ans de processus créatif, de souvenirs et de scènes parcourues, Pendentif a sorti le 24 septembre son premier album. Une finalité en soi, mais aussi le début d’une nouvelle aventure pour ce groupe aux sonorités anglo-saxonnes où la langue française est à l’honneur.

Publicité

Depuis la sortie de leur EP en 2011, le groupe a écumé les petites et les grandes scènes en France mais aussi à l’étranger : des expériences qui leur ont permis de s’affirmer et de perdre en innocence. Résultat, le Pendentif s'est ouvert et dévoile son premier bijou : Mafia Douce. Entre souvenirs dévoilés et instants volés, l’album vous propose une recette de bonheur quotidien.

Konbini |  Comment se sent-on après la sortie de ce premier album Mafia Douce ?

Cindy Callède : Epuisés ! Mais on est content d’avoir pu finaliser l'album, donc soulagés aussi. Maintenant on attend les résultats.

Publicité

Mathieu Vincent : Mais c’est aussi le résultat de trois ans de travail ! C’est  une finalité mais pas la fin. Au contraire, c’est le début ! Enfin j’espère ! (rires)

Ariel Tintar : On est content parce qu’on l’a enregistré  l’an dernier. Sortir un disque un an après l’avoir produit, c’est pas facile. Parce qu’on a déjà évolué depuis sa création et même retravaillé les chansons depuis.

Benoit Lambin : Aujourd'hui, on veut le défendre en live, ce arrive cet automne avec une quinzaine de dates. On a essayé justement de le transcender pour les concerts.

Publicité

K | Pourquoi ce mélange musical pop britannique avec l'identité française ?

Benoit : La source de la pop française, c’est Polnareff et Gainsbourg. Après il y en a eu beaucoup aussi dans les années 80 mais pour nous c’est avant tout une empreinte naturelle. En parallèle, on se retrouve aussi dans tous ces groupes de pop moderne qu’on peut écouter : Jagwar Ma, London Grammar, Vampire Weekend etc.

Et il y a un bon challenge à confronter le français avec ces musiques-là. On y va en progressant. Sur les premiers morceaux on était plutôt sur une pop ligne claire et ça nous paraissait évident. Mais on va essayer d’aller encore plus loin dans ce mélange en testant des choses qui n’ont pas encore été faites.

Publicité

Dans l'Hexagone, il y a cette énorme culture de la chanson française. Ce qui n’était pas évident, c’était de composer une musique indé avec la langue de Molière qui réussisse à sonner.

K | J'ai lu que vous écriviez souvent en anglais yaourt puis que vous reformuliez en français. C'est pour éviter l'héritage stylistique du français?

Benoit : Dans la façon de composer, je me retrouve plus dans celle des britanniques. Parce qu’en France, il arrive souvent qu’il y ait une séparation entre le parolier, l’interprète et la musique. Alors que pour nous, les chansons se créent d’un bloc pour rechercher avant tout la musicalité plutôt que de mettre un texte en avant. Il y a une façon de concevoir la musique qui est plus instinctive et spontanée qu’en France

Mathieu : Ce mélange pop anglo-saxonne sur des paroles en français n'est pas calculé : c’est venu naturellement.

K | Ce côté sans pudeur sentimentale, c'est une volonté de casser le tabou, de pousser les gens à s'ouvrir ou c'est surtout cathartique?

Benoit : Beaucoup d’artistes se lancent en solo et vont finalement raconter leurs petits malheurs personnels. Nous on est un groupe et ce qu’on avait à donner, c’était justement cet enthousiasme collectif qu’on avait à être ensemble. Ça passait par des émotions assez fortes et plutôt positives.

Mathieu : C’est aussi dû au fait que Ben écrit certains textes en collaboration avec Cindy, en parlant pour elle. C’est une part de fémininité qu’on a en chacun de nous qu’il faut assumer.

Benoit : Dans nos textes, y a pas de pudeur, ça intrigue. Certaines personnes n’hésitent pas à dire à leurs copines « je t’aime » assez régulièrement et il y a des personnes qui ont du mal avec ça. On a créé Pendentif aussi pour ça : on propose des visions de bonheur et c’est vrai qu’on s’aperçoit que les gens ont du mal à les recevoir.

Alors que si tu parles de choses ou d’émotions noires, de mecs qui ont des problèmes, on va te dire que c’est plus profond. Pourtant, tout le monde dans sa vie a des moments de béatitude. Ça t’as pas trop le droit d’en parler, comme si c’était ça finalement qui était plus intime. On est un groupe qui vomit des cœurs ! (rires)

Cindy : On est un peu des bisounours finalement !

Mathieu : C’est une thérapie pour nous : j’ai appris à dire « je t’aime » grâce à ce groupe (rires). Après les choses changent et notre deuxième album sera peut-être plus noir. On le voit déjà avec les dernières chansons qu’on a composées.

K | Souvent, on passe de l'album à la scène, vous vous avez vécu le contraire après seulement un EP (première partie d'Indochine, un concert à l'Olympia). Pourquoi et qu’est-ce que vous en tirez?

Mathieu : C’est vrai que grâce à notre premier EP, on a eu la chance d’avoir beaucoup de presse et donc des propositions de concert. On a été sélectionné pour représenter notre région au printemps de Bourges, on a gagné un concours des Inrocks. Ca nous a propulsés, peut-être même un peu trop vite au début parce que pour les premières dates, on n’était vraiment pas prêt. On a dû bosser dur pour rétablir le truc. C’est peut être pour ça qu’on a mis du temps à sortir l’album. Mais maintenant qu’il est sorti, on se sent vraiment à l’aise sur scène.

Benoit : On a fait une centaine de dates et puis on a fait des changements de line-up. Et puis, il fallait trouver un label !

Mathieu : Au début, on était déçu de ne pas sortir l’album plus tôt. Mais avec le recul c’est quand même pour le mieux. Et puis, on a eu de la chance. On aurait pu aussi sortir l’album trop vite et se casser les dents sur scène, c’est déjà arrivé à beaucoup de groupes. Et côtoyer tous ces groupes sur des petites scènes comme des grandes scènes, ça nous a permis d’en tirer de l’expérience.

Cindy : Ces grandes scènes, c’était un peu flippant au début. Mais ça a été vraiment enrichissant pour nous, on a grandi avec tout ça.

K | Avez-vous peur de perdre quelque chose avec ce succès, ce premier album? 

Mathieu : Le succès il est relatif, mais oui il y a un succès d’estime qui est hyper gratifiant. Mais je n’ai pas l’impression que ça ait changé quelque chose.

Jonathan Lamarque : Ça ne change en rien notre façon de penser. On se dit juste qu’il faut qu’on soit à la hauteur pour que quand les gens viennent nous voir en live, ils en sortent encore plus fan. Et que ceux qui n’aiment pas l’album, et qui se retrouvent à notre concert pour je ne sais quelles raisons, en sortent fan aussi !

Ariel : Le fait d’avoir vraiment un album à défendre, c’est quelque chose de concret et on a gagné en professionnalisme. Et c’est vrai, en quelque sorte, qu'on a peut-être perdu cette innocence. C’est un entre-deux à trouver. On a lutté pour retrouver la fraicheur du tout début mais ça c’est aussi la magie du moment.

K | Est-ce qu'on pourrait parler de Pendentif comme la fausse légèreté de la pop française?

Benoit : Oui, il y a clairement quelque chose d’intéressant à nous définir de cette manère. Je préfère toujours les artistes qui vont exprimer des choses profondes avec légèreté plutôt que le contraire en fait. Nous on est plus du côté d’un Chamfort par exemple, que d’un Brel qui est à fond dans le pathos et va mourir sur scène à tout moment. Cindy, elle a une voix qui laisse le choix aussi à l’auditeur de se prendre une claque ou pas alors que d’autres vont te la mettre sans te laisser le choix.

Ariel : Cette légèreté elle va de soi pour nous, elle reflète la façon qu’on a d’exprimer les choses au quotidien.

K | Et la suite ?

Cindy : Du live, du live et du live. On a hâte ! On sera en concert à Paris le 14 novembre à La Maroquinerie !

Benoit : On commence déjà à penser au prochain album. Avec la sortie du premier, on a des retours sur notre musique alors ça donne envie d’y retourner.

K | Et pour finir, le dernier moment artistique qui vous a le plus touché ?

Mathieu : Le concert de Connan Mockasin, je me suis pris une bonne montée.

Cindy : Au Coconut Music Festival  à Saintes où on a joué aussi, j’ai découvert Le Vasco que je ne connaissais pas du tout. J’ai pris une énorme claque. Bon j’étais sourde pendant 1h30 après mais en live, c’était fabuleux.

Jonathan : Pareil, c’est ce que j’allais dire, c’est vraiment un truc à voir en live !

Ariel : Canine, un film grec que j’ai vu dans un festival de ciné récemment que je te conseille de regarder.

Benoit : La dernière fois que je suis venu à Paris, je me suis fait le Musée Gustave Moreau avec son atelier et tous ses dessins. J’ai adoré l’univers.

En attendant le 14 novembre, on peut découvrir leur dernier clip, "God Save La France" :

Une chanson qui n'est pas engagée mais dégagée. Une ode à la vacuité, à la contemplation, aux journées passées à la plage et à l'élégance de la musique anglaise.

Par , publié le 16/10/2013

Copié

Pour vous :