(© Badr Kidiss/Konbini)

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On s’est posé en studio avec Niro, la valeur sûre du rap français

Le prolifique rappeur et producteur Niro, qui s'apprête à annoncer son dixième album, semble être au summum de sa carrière.

Au début des années 2010, Nourredine Bahri, ou Niro comme tout le monde l’appelle, est arrivé comme un boulet de canon dans le rap game. Révélé par plusieurs compilations (notamment Les Yeux dans la banlieue 2, Street Lourd 2, Talents Fâchés 4), découvert par le grand public sur Autopsie 4 de Booba avec le morceau Fenwick en 2011, le rappeur enchaîne les projets à un rythme très soutenu.

Résultat, sept ans après la sortie de son premier opus et neuf albums plus tard, Niro est passé de rappeur méconnu à l’un des MC les plus courtisés de la scène française. Pourtant, personne ne s’attendait à ce qu’il arrive à ce niveau.

Affalé sur le canapé de son studio d’enregistrement, Niro a l’air songeur. Peut-être parce qu’il n’a toujours pas fixé la date de sortie de son très attendu dixième album. Ou peut-être parce que notre entretien s’est déroulé au cœur de la nuit.

Difficile de s’avancer, mais le bonhomme de 31 ans a tout de même su choisir soigneusement chacun de ses mots et nuancer ses propos, tout en s’adressant au smartphone posé sur sa table basse.

"Je me concentre pour faire l’album le plus homogène possible. C’est le dixième, donc je m’attarde dessus. L’album est fini à 75 %, mais je vais revenir dessus avant de le sortir. J’ai fait mes premiers projets à l’instinct. Aujourd’hui, j’ai voulu mettre la barre plus haut pour remercier les gens qui me soutiennent", explique Niro.

Apprécié par les amateurs pour l’aspect direct et écorché vif de son rap, respecté par ses pairs, l’artiste est à la fois affable et complexe. Fougueux et créatif. Posé et impulsif. Sa musique, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais on ne peut pas y rester insensible. Son écriture, gorgée d’oxymores, de chiasmes et de métaphores, reflète parfaitement la complexité du personnage.

Un parcours atypique

Vu de loin, tout paraît facile pour cet artiste qui s’est imposé comme une valeur sûre du game. Mais en réalité, rien ne laissait présager une telle carrière. Né à Orléans en 1987, il a grandi au Maroc jusqu’à l’âge de huit ans, avant de s’installer à Blois, dans le Loir-et-Cher, là où tout le monde fait du rap.

Pas de quoi démotiver pour autant celui qui a été "bousillé par des séries comme OZ, Sons of Anarchy et Breaking Bad". Bien au contraire, Nourredine a très vite compris que persévérance et témérité devaient être couplées avec talent et productivité.

Le Blésois, qui a échoué en Île-de-France en 2008, s’est très vite distingué grâce à la polyvalence de son rap. Si sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille, l’auteur de Naïf rappe volontiers ses meurtrissures, et transmet naturellement beaucoup d’émotions dans ses sons. Mais pas seulement.

La palette musicale de celui qui loue les qualités de kickage d’Eminem n’a fait que s’élargir au fil des années. À tel point qu’aujourd’hui son rap décomplexé se balade comme bon lui semble : un jour au royaume de la trap, un autre dans celui des musiques du monde.

Hors game

(© Badr Kidiss/Konbini)

Niro se sait et se veut hors game. À chacun de ses projets, il essaie d’apporter quelque chose de nouveau, en prenant à contre-pied le rap français mais sans pour autant renier son ADN musical. Un exemple ? Il y en a plusieurs dans la discographie de celui qui peut balancer tout un album sans prévenir personne. Comme ce fut le cas en 2016 avec son projet surprise Or Game.

Loin des circuits habituels, même lorsqu’il s’agit d’assurer sa promo, Niro ne fait rien comme les autres. "Je défends mes albums d’une manière spéciale, dans le sens où je me dis que je vais le faire sur la durée." Avant d’ajouter : "Je n’aime pas trop faire de clips, je déteste refaire les mêmes choses. Alors, passer deux jours à tourner, ça me fait vite mal à la tête. Mais bon, je n’ai pas trop le choix.”

Et puis le jeune businessman ne s’est jamais entouré d’un véritable manager : "J’ai du mal à déléguer. Pour moi, ça revient à mettre quelqu’un entre toi et les gens, alors que personnellement, je parle moi-même aux maisons de disques, je négocie mes contrats…"

L’artiste, plus ou moins boudé par les médias généralistes, a aussi raréfié ses collaborations musicales entre 2014 et 2018. "J’ai trop fait de featurings et ça ne m’a pas forcément toujours servi. Dans les coulisses, il y avait beaucoup trop de fausse solidarité et je l’ai très mal pris. Ce n’est pas pour blâmer les artistes avec qui j’ai pu collaborer mais l’industrie n’était pas la même".

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et Niro est fin prêt pour de nouvelles collaborations. C’est en tout cas ce qu’on peut conclure suite à ses dernières apparitions aux côtés de YL, Rohff ou encore Chabodo. Et il se murmure que l’on retrouvera notamment SCH et Maes sur son dixième album studio. Mais l’intéressé n’a pas voulu réagir à ces rumeurs.

Avare en interview, Niro a toujours cultivé une part de mystère. Ce qui ne l’empêche pas d’être très proche de son public et de s’engager auprès des autres. Homme de cœur, ce père de famille a déjà lancé plusieurs collectes de fonds pour venir en aide aux enfants palestiniens. Et il essaie actuellement d’assurer le financement d’autres opérations caritatives au Congo, au Maroc et dans d’autres pays africains. Rien que ça.

Un succès à retardement

Depuis 2016, année où le streaming a commencé à être comptabilisé dans les ventes d’albums, Niro connaît un succès digne de son talent. Certes, tous ses albums enregistrent des ventes qui sont supérieures à ses précédentes performances commerciales.

Mais l’artiste a aussi donné l’impression d’être bloqué dans une sorte de sas où le succès d’estime surclassait l’aspect commercial. Et alors que d’aucuns disaient qu’il n’allait pas s’en extirper, le rappeur a réussi à le faire. Seul contre tous.

Aujourd’hui, il enchaîne les certifications or et platine. "Disque d’or tous les six mois, salope il est l’temps qu’on trinque", lâche-t-il fièrement sur le morceau Loup Alpha. Et son évolution est aussi constante que la hausse du prix des matières premières. Car désormais, Niro guide, compose ses beats, réalise pour d’autres et produit via Ambition Music, le label qu’il a fondé.

Label sur lequel il a d’ailleurs signé plusieurs artistes dont il était proche à l’image des blésois Koro et Nino B ou encore Zesau, l’ancien membre du groupe Dicidens. Mais aussi des diamants à l’état brut tels que Senyss et Lil Star, dont les premiers projets s’apprêtent à envahir la toile. "Pour chacun de ces artistes, j’ai déjà 3 ou 4 clips prêts. Cette année, Ambition Music ne va faire qu’envoyer des morceaux", promet Niro. Le meilleur est donc à venir.

Par Badr Kidiss, publié le 25/03/2019