De gauche à droite : Dominic « Dot » Major, Hannah Reid et Dan Rotham. Source : Lisa Miquet © Konbini

London Grammar : "Les gens sont surpris de voir qu’on est très joyeux et souriants !"

Près de quatre ans après la sortie de leur premier opus If You Wait, le trio britannique nous charme de nouveau avec Truth Is A Beautiful Thing. De passage chez Konbini, ils nous ont parlé de leurs inspirations, de leurs angoisses et du dernier album de Kendrick Lamar.

De gauche à droite : Dominic « Dot » Major, Hannah Reid et Dan Rotham. Source : Lisa Miquet © Konbini

De gauche à droite : Dominic "Dot" Major, Hannah Reid et Dan Rothman. © Lisa Miquet/Konbini

Ils sont très contents d’être dans nos locaux, bien qu’un peu fatigués. Et pour cause : la promo de leur deuxième album, Truth Is A Beautiful Thing, (dont la sortie est prévue le 9 juin prochain) ne fait que commencer. Jusque tard la veille de notre rencontre, London Grammar donnait par exemple un concert exceptionnel dans la magnifique cathédrale américaine de Paris. Un endroit idéal pour entendre résonner la divine voix de la chanteuse du trio, Hannah Reid. Une grosse pression aussi pour le groupe, qui n’avait pas donné de concert depuis la tournée qui avait suivi le succès de leur premier album…

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Souvenez-vous. En février 2013, ces trois jeunes Britanniques, alors inconnus du grand public, sortaient un EP, Metal & Dust, dont beaucoup d’entre nous ont eu du mal à se remettre, beauté oblige… Le clavier et les percussions de Dominic "Dot" Major, et la guitare de Dan Rothman mettaient à l’honneur la voix puissante et néophyte d’Hannah Reid, à l’époque âgée de 23 ans. Une musique envoûtante, entre pop, rock, électro et trip hop, à classer quelque part entre Florence & The Machine et The XX. En septembre 2013, leur premier album If You Wait (qui contenait notamment le fabuleux single "Strong") finissait de convaincre le public et la critique.

Quatre ans plus tard, le trio, qui s’est rencontré à l’université de Northampton il y a près de huit ans, revient donc d’une longue période de repos, puis de travail, qui a permis la réalisation de son nouvel opus.

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Konbini | Comment ça va ? Ça faisait longtemps que l’on n’avait pas entendu parler de vous.

Hannah Reid | Nous nous sommes retirés de l’espace médiatique ces deux dernières années, parce qu’on voulait se consacrer pleinement à notre deuxième album. Mais on a mis du temps à le faire… Il a fallu que l’on se remette de notre tournée mondiale qui a duré près de deux ans et demi. On avait donc besoin de faire un break, de se reposer avant de retourner en studio. Pendant la tournée, on a commencé à écrire une ou deux chansons, mais la plus grosse partie de l’écriture de cet album a été réalisée après la tournée.

Est-ce que le processus de création a été le même que pour votre premier album ?

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Dan Rothman | Au départ, on a cru, à tort, que ce serait plus simple. Mais on a vite déchanté. C’est peut-être ça qui a été le plus dur d’ailleurs, de comprendre que faire ce second album serait un processus tout aussi compliqué que pour le premier.

H.R. | On n’a pas très bien géré la pression du deuxième album. On pensait que ça ne nous stresserait pas, que le succès d'If You Wait ne serait pas présent dans nos esprits. Mais on a fini par vraiment être inquiets… Maintenant que l’album est fini et s’apprête à sortir, on se rend compte qu’on n’avait aucune raison de se prendre autant la tête. On ne refera jamais If You Wait, c’est derrière nous. Il faut juste qu’on lâche prise.

Comment travaillez-vous quand vous êtes en studio ?

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H.R. | Je commence pour ma part, en général, par jouer au piano, le reste de la musique et les paroles arrivent ensuite. Ou sinon Dot et Dan composent une musique au clavier ou à la guitare, et j’écris les paroles par-dessus. On s’influence beaucoup les uns les autres.

Quelle tonalité avez-vous voulu donner à votre nouvel album ?

H.R. | Il est un peu plus exaltant que le premier, il a plus de couleur. Notre premier album était très mélancolique du début à la fin, alors que celui-là a une atmosphère légèrement différente. Pour l’écriture d’une grosse partie des chansons, je me suis inspirée de ma propre vie, de celle de mes amis… À chaque fois, on essaie d’absorber ce qu’il y a autour de nous, nos relations avec les gens, ce qui nous affecte. Cet album est le reflet de tout cela.

H.R. | Les gens associent souvent notre musique à la mélancolie et la gravité. Ils sont surpris, quand ils nous rencontrent, de voir qu’on est très joyeux et souriants. On est des gens globalement très heureux, pas du tout dépressifs, en fait ! Je pense justement que c’est parce que la part de tristesse et de nostalgie que l’on a en nous s’exprime à travers notre musique. C’est une sorte de thérapie.

Dot Major | Ce qui était génial avec le premier album, c’était de voir qu’il avait été perçu de façon très différente en fonction des gens. Certaines personnes qui vivaient des moments difficiles ont pu traverser ces moments durs avec notre album.

C’est un peu devenu la bande originale de beaucoup de ruptures amoureuses ?

H.R. | C’est ça ! [Rires.] Notre musique est imprégnée d’un fort sentiment de perte, de déception. Alors c’est compréhensible.

Est-ce que le fait de remonter sur scène après autant de temps vous angoisse ?

H.R. | En ce qui me concerne, je suis quelqu’un de très anxieux, surtout avant de monter sur scène. Je gère beaucoup mieux ce trac aujourd’hui, je me suis habituée à ressentir ses effets, mais cela reste un vrai challenge. Surtout physiquement. Je suis extrêmement fatiguée quand je sors de scène, toute l’adrénaline retombe… Mais bon, ça fait partie du job. On a de petits rituels qu’on fait toujours avant, ils m’aident beaucoup. Après avoir chauffé ma voix par exemple, je fais en sorte de m’isoler cinq minutes pour me concentrer. Ensuite, on se fait un câlin tous les trois. Ce group hug est devenu un vrai rituel ; si on ne le fait pas, ça m’angoisse.

D.R. | C’est clair, c’est la seule superstition que j’ai dans ma vie, ce câlin de groupe avant de monter sur scène [rires] !

Hannah, tu vis bien le fait d’être la seule fille du groupe ?

H.R. | Je ne suis pas vraiment la seule en fait, parce qu’on est toujours accompagnés de notre manager qui, elle aussi, est une fille. Mais dans notre travail, je pense que le seul moment où je le remarque, c’est quand on est en studio… J’aimerais vraiment qu’il y ait plus de femmes productrices. C’est la seule chose qui me manque, parce que je pense qu’une femme peut parfois apporter une énergie artistique différente.

D.R. | Oui, c’est vrai. On travaille avec une ingénieure du son à Londres, une Française qui s’appelle Manon Grandjean. Elle a remporté un prix dernièrement pour son travail, notamment celui sur l’album du rappeur britannique Stormzy. Elle est incroyable. Elle a travaillé sur notre premier opus et sur une partie du second. Elle a une touche bien à elle, à laquelle nous sommes très sensibles.

Hannah, ta voix constitue une part très importante de la musique de London Grammar. Tu as toujours chanté ?

H.R. | Je n’ai pas pris beaucoup de cours de chant quand j’étais plus jeune. Les gens pensent souvent que j’ai une formation vocale avec un répertoire classique, ce qui n’est pas le cas. J’avais un prof de chant gallois qui nous donnait des cours pendant la pause déjeuner quand j’étais à l’école. Mais c’est avec London Grammar que j’ai vraiment appris à chanter. Je suis en grande partie autodidacte.

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

D.R. | J’adore le nouvel album de Kendrick Lamar.

D.M. | Moi, je ne comprends pas trop cet album… Pourtant, j’adore Kendrick ! Je trouve que son dernier album est moins bon que ses trois précédents. Mais ce n’est que mon avis…

H.R. | J’aime beaucoup les nouveaux titres de Lorde, surtout sa chanson "Liability" qui m’obsède. Mais l’album que j’ai le plus écouté dernièrement, c’est Lemonade de Beyoncé. Il est sorti l’an dernier, mais je l’écoute encore tout le temps. Oh ! et il y a aussi l’album de Sampha !

D.M. | Oui, on adore Sampha !

Vous avez une relation particulière avec la France, Dot a une partie de sa famille qui vit ici et il parle couramment notre langue.

D.M. | Mon grand-père vient en effet du Tarn, dans le sud de la France, et ma mère est à moitié française.

H.R. | Dot a des liens très forts et de la famille proche ici, donc on vient en France plus souvent et on fait plus de concerts ici qu’ailleurs. On est aussi tombé amoureux de la culture française, vous accordez de l’importance à la musique d’une façon différente. C’est ce que l’on ressent en tout cas. Vous êtes très loyaux, vous aimez l’art… Tandis que parfois, dans d’autres pays, les gens s’ennuient assez vite. Et puis, le fait que Dot soit lié à la France fait que l’on sent tous les trois une vraie connexion avec ce pays.

Comment est-ce que vous avez vécu cette soudaine célébrité après votre premier album ?

H.R. | Plutôt bien, on ne nous reconnaît pas trop dans la rue en fait, et ça nous va très bien ! On peut faire nos courses en pyjama sans problème (rires) !

L'album "Truth is a beautiful thing", de London Grammar. Sortie le 9 juin (Because Music)

À voir -> Vidéo : le Fast & Curious à trois têtes de London Grammar

Par Cyrielle Bedu, publié le 19/05/2017

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