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Longue discussion avec le seul, l'unique, la légende : Julian Casablancas des Strokes

Publié le

par Rachid Majdoub

De ses anciens problèmes d'alcool à sa musique en passant par une collab' avec Alex Turner des Arctic Monkeys... 1 h avec Julian.

Julian Casablancas n’est plus à présenter. Donc entrons directement dans le vif du sujet avec cet entretien quasi brut d’une heure, où l’on a parlé de sa passion pour la politique (il ferait un très bon futur président), ses anciens problèmes d’alcool et comment il s’est reconstruit, The New Abnormal – l’album des Strokes sorti cette année. Mais aussi : la création de titres cultes comme "Last Nite" ou "Reptilia", sa collaboration avec les Daft Punk, son processus créatif et sa technique vocale, sa manière d’organiser ses journées entre son travail et ses enfants, ce qui le rend le plus triste dans ce monde, ses œuvres culturelles préférées, son dernier rêve, la suite pour son autre groupe, The Voidz, et les Strokes, toujours les Strokes… ou encore : son amitié avec Alex Turner des Arctic Monkeys et son envie de collaborer avec lui un jour.

Konbini [Rachid Majdoub] | Salut Julian ! C’est un honneur de te rencontrer… même à distance et à minuit passé ici.

Julian Casablancas | Tout l’honneur est pour moi !

Il a l’air de faire beau chez toi, tu es où actuellement ?

Je suis à Venice Beach, je ne peux pas me plaindre, tout va bien ici. Même si ce monde est assez fou, je suis OK. Comment ça va en France ?

Ça va, encore confinés mais on attend que la vie reprenne son cours… Sympa le poster derrière toi !

J’adore ce film, et j’aime bien le tag écrit dessus : "La machine à tuer la plus dévastatrice jamais construite. Son job ? La voler." Un vieux mec en cuir noir, je peux facilement m’identifier à lui [rires].

"J’ai une centaine de chansons que j’essaye de terminer"

On a galéré à s’appeler car tu as un planning super chargé… En quoi consistent tes journées ces temps-ci ?

Eh bien… Il y a la partie musicale, mon travail de tous les jours, celui avec lequel je gagne de l’argent. Enregistrer, aller en studio, faire des démos et d’autres trucs dans le genre… C’est un boulot pas évident, mine de rien, quand il faut le concilier avec le reste de ma vie : aider mes enfants à faire leurs devoirs… tu sais. Et comprendre des trucs politiques, car je suis accro à la politique.

Quels genres de trucs politiques ?

Hum… faire des rassemblements, et essayer de trouver, par des lectures, des moyens de rendre sexy des messages non sexy [rires]. Je lis beaucoup, pour comprendre comment fonctionnent des choses comme l’histoire de la séparation de l’Église et de l’État il y a longtemps. D’ailleurs, c’est quelque chose qui a été officiellement promulgué en France ? Je t’avoue que je n’en sais rien. Je m’intéresse à d’autres théories économiques comme la répartition des richesses. Je pense que ce sont des choses importantes. La plupart des gens s’accordent sur ces choses, mais dans une époque dirigée par les entreprises, tout le monde est bombardé, abreuvé par des conneries donc c’est difficile et délicat de s’en détacher.

Tu as dit que tu allais en studio, c’est déjà pour un prochain album ou c’est trop tôt pour en parler ?

Je dirais que c’est aléatoire. Je ne sais pas si une telle chose va se produire. Si ça arrive, je te le dirai, mais pour l’instant, c’est juste pour d’éventuelles collaborations, ou pour m’amuser. J’ai une centaine de chansons que j’essaye d’organiser, de terminer. Je ne sais pas exactement ce que ça va donner, mais j’ai commencé il y a quelques semaines.

Avec The Voidz, The Strokes encore, ou en solo ?

J’essaye d’organiser des trucs, mais c’est interminable. Probablement avec The Voidz d’abord, même si je suis toujours sur les Strokes car ça n’en finira jamais [rires].

OK cool !

"J’avais besoin d’alcool […]. J’étais dans l’excès, j’ai abusé et je regrette"

Donc, je t’appelle pendant une période assez difficile. Toi, personnellement et lorsque ça n’allait pas, comment as-tu relevé la tête et affronté l’anxiété ?

Je vais revenir à quand j’étais plus jeune, vers 14 ans je dirais. Et je pense que la musique a été le premier truc pour me sortir de tout ça. Dès que je suis passé à la vingtaine, je dirais que c’était l’alcool, mais après, ça n’a fait qu’empirer. Aujourd’hui, je dirais… l’expérience, la sagesse, la méditation… et Zola, je déconne [rires]. Je pense… simplement le fait de prendre de l’âge, de gagner en confiance. Le fait d’apprendre à avoir confiance en soi sans l’aide de l’alcool. Quand tu arrives autour de 18-20 ans, c’est assez difficile. Tu n’as pas d’expérience. Tu en as beaucoup besoin, mais tu commences à peine dans la vie, donc…

C’est stupide et ça n’a rien à voir avec ce que tu disais, mais j’ai presque envie que la période scolaire commence à la trentaine ou à la quarantaine, tu vois ? Plus jeune, toutes les informations qui s’imposent à nous, on n’en a juste rien à foutre. Me concernant, il n’y a que maintenant que je suis intéressé à comment fonctionne le monde, l’histoire de certains pays, etc. Je dirais que l’expérience est le meilleur moyen de prendre confiance en soi. Et je pense que la confiance est la meilleure arme contre l’anxiété.

Ça fait combien d’années que tu es sobre maintenant ?

Probablement… 15 ans je suppose. Ça commence à faire longtemps. Je jouais les alcooliques à la télé [rires], mais c’est de l’histoire ancienne désormais.

Et quel a été le déclic ? Le jour où tu t’es dit : ça y est, j’arrête et ce pour le reste de ma vie.

Je me suis fait une promesse à moi-même car j’avais l’habitude de boire beaucoup plus que je ne pensais. J’ai arrêté la musique et je pense que ça a commencé à se faire sentir. Mais j’étais vraiment dans une mauvaise passe et j’avais besoin d’alcool. J’avais pris l’habitude de me lever avec une bouteille de vodka. C’était une période très sombre de ma vie durant laquelle je devais faire un choix : soit foutre ma vie en l’air, soit me reprendre.

Je pense que la musique m’a aidé à prendre une décision, mais je ne fonctionnais plus vraiment. Le fait d’avoir la gueule de bois n’aide pas. J’étais dans l’excès, j’ai abusé et je regrette parce que je n’ai plus vraiment de souvenirs clairs de tous les bons moments que j’ai pu passer. Aujourd’hui, quand je passe des bons moments, j’en profite à fond, je les garde en mémoire et c’est beaucoup mieux comme ça. C’est comme une béquille, car comme je l’ai dit, ça m’a donné confiance en moi.

Bien. On va parler musique maintenant, regarde [c’est le vinyle de The New Abnormal, le dernier album en date des Strokes].

Oh, c’est cool !

J’ai beaucoup aimé cet album, particulièrement les morceaux "Selfless", "Ode to the Mets", et aussi "The Adults Are Talking", "Bad Decisions", "Brooklyn Bridge to Chorus"… beaucoup de très bons sons. Quel est ton morceau préféré de l’album ? Ou celui que t’as hâte de jouer sur scène ?

Je dirais… "The Adults Are Talking" peut-être. Parce que c’est une musique que j’ai toujours recherchée, mais je l'ai déjà jouée. Sinon je dirais "Not The Same Anymore"... que j'aimerais bien jouer en live un jour, juste pour la dernière partie du morceau [il chante], ça serait marrant !

"J’essaye de toujours être meilleur et je ne prête pas attention aux gens négatifs"

Petite parenthèse : qu’est-ce que tu répondrais à ceux qui disent que les Strokes ont changé, que ce n’est plus aussi bon qu’avant, etc. ? Ces mêmes personnes qui… ont tort.

[Rires.] Je ne sais pas vraiment ce que je dirais en particulier, mais je vais te donner l’exemple de quelqu’un qui avait un avis que je partageais et qui disait que… dans l’Histoire, il y a tant de choses géniales que les gens n’aiment pas. Je ne suis pas en train de dire que c’est l’une d’entre elles, mais qui sait ? Je te donne un exemple peut-être stupide, mais je suis sûr qu’il y a des gens à Paris qui n’aimaient pas la Tour Eiffel quand elle a été construite [rires].

Mais je m’en fiche je suppose, et j’essaye de toujours être meilleur. Peu importe si je le deviens ou non, mais j’essaye toujours en tout cas. C’est toujours mon objectif et je ne prête pas attention aux gens négatifs.

Il y a beaucoup de gens qui ont aimé l’album, et c’est surtout ceux, j’ai l’impression, qui ont suivi et connaissent le groupe depuis un moment.

Oui c’est cool, il y a aussi un facteur nostalgie qui rentre en compte. C’est comme Bob Dylan et son morceau "Like a Rolling Stone"… dans le documentaire de Martin Scorsese, tu l’as vu ?

Yep, bien sûr.

Le début est vraiment cool. Dans la première scène, quand on entend "Like a Rolling Stone", c’est tellement puissant. Je pense que c’est la meilleure performance musicale que j’ai jamais vue. C’est tellement puissant, ça sonne si bien, c’est si fort en émotion. Et là… la chanson se termine et le public se met à le huer. Le public est fou de le huer car il était électrique.

Disons que j’essaye de ne pas trop réagir. Nous sommes tous des êtres humains qui aiment être aimés et n’aiment pas être détestés. Et je suis sûr que Bob Dylan se sentait super mal à ce moment-là. Cela dit, si tu crois en ce que tu fais, tu ne peux pas trop t’arrêter à ça. Comme j’ai dit, il faut se fier aux gens en qui tu as confiance. Si la foule se retourne contre toi ça ne veut pas forcément dire que tu as fait quelque chose de mauvais. Le plus souvent même, c’est l’inverse [rires].

C’était comment de retourner en studio pour enregistrer ce sixième album ? Est-ce que tu appréhendais ce retour, quatre ans après l’EP Future Present Past et sept ans après Comedown Machine ?

J’étais curieux de savoir si les gens allaient l’aimer ou pas. C’était cool de travailler avec Rick Rubin. Je lui ai fait confiance et j’ai vu en lui quelque chose de magique. C’était très impressionnant de bosser avec lui, avec quelqu’un en qui tu as totalement confiance. Je n’ai pas exactement la même façon de travailler que lui, mais c’était amusant de voir autre chose. J’étais curieux de savoir si les gens allaient accrocher, mais je n’étais pas inquiet pour être honnête, à part peut-être financièrement, même si je savais qu’on ferait des tournées pour amortir.

Bien. Maintenant, on va passer en revue quelques-uns de tes morceaux les plus cultes, avec quelques petites questions qui vont avec. Pour commencer, si je te dis "Last Nite", votre premier gros single avec The Strokes ?

"Last Nite" : on l’a sorti en premier parce que quand on a joué l’intégralité de l’album en live sur scène, on s’est aperçu que le public réagissait mieux à ce titre. C’est ma préférée en tout cas, je ne sais pas pour toi.

C’est une de mes préférées oui, mais celle que je mettrais au-dessus c’est "Reptilia" [lancement de la musique à partir de 1:14] :

Lorsque tu as entendu ce riff puis cette batterie pour la première fois, comment as-tu trouvé l’inspiration pour sortir ce refrain ?

[Rires.] La toute première fois que j’ai entendu le riff, eh bien… c’est parce que c’est moi qui l’avais fait, je crois. Puis on l’a rejoué. C’était l’une des rares chansons qu’on a construite en studio pendant trois mois. Et on l’a construite à l’envers. Je me souviens l’avoir décomposée et retournée dans tous les sens, et on a essayé différents arrangements. Et au final, mis à l’envers, on a trouvé que le riff était super cool. Donc la guitare est venue en premier, ensuite on a posé la basse et les drums. Quant au refrain, j’étais dans un bon mood d’écriture à ce moment-là. Tu écris le premier truc qui te vient, ensuite la ligne de basse, puis tu rejoues la partie guitare, et ça prend.

"Je vole carrément des morceaux à mes rêves"

Comment crées-tu un morceau ? Vient la guitare d’abord, ou la voix, ou les textes… ou tout en même temps ?

J’ai différentes manières d’écrire une chanson. Si je joue beaucoup de la guitare, j’essaye de ne pas trop l’utiliser pour ne pas faire de morceaux similaires, mais ça peut m’inspirer pour d’autres mélodies. Sinon, j’aime bien prendre la chose comme un jeu parfois, genre on me donne un nom d’artiste et je fais la chanson comme si elle était pour lui [rires]. Mais globalement, quand je joue de la guitare, ça m’inspire ensuite de bonnes chansons. Au fait, dernièrement j’ai fait un rêve complètement dingue ! Dans mon rêve, j’entendais des morceaux que je n’avais jamais faits. Et c’est une fois que je me réveillais que je réalisais que ces chansons n’existaient pas. Je vole carrément des morceaux à mes rêves [rires]. Et là, j’essaye de transformer ça en réalité.

Mais ouais, parfois aussi plein de mots me viennent de façon aléatoire. Je les écris, je les assemble et parfois, quand un mot sonne dans ma tête, je l’inclus dans une chanson. Il arrive aussi que le premier truc que je chante sonne bien, mais que les mots que j’utilise soient trop stupides, donc je les change pour que ça corresponde mieux à ce que je cherche. D’autres fois, j’écris directement et je chante ça de manière brute. Généralement, la mélodie vient en premier. Parfois, la piste est cool et j’écris des trucs par-dessus. Je la rejoue et j’affine les choses progressivement. Je fais mes chansons de plein de manières différentes pour être honnête.

Morceau suivant, "You Only Live Once"… et une question : si tu pouvais changer quelque chose dans ta vie, ça serait quoi ?

Je changerais probablement la clé de "You Only Live Once"... c’est le premier truc qui m’est venu à l’esprit désolé [rires]. On l’a pensée comme une chanson de Prince. On l’a faite de manière à rendre plus facile pour moi de chanter plus bas, mais j’ai le sentiment que le morceau était plus cool quand je le chantais plus haut. Et plus sérieusement… s’il y avait une chose que j’aimerais changer dans ma vie ? Probablement ma période alcoolisée. Prendre conscience plus tôt qu’il fallait boire moins pour profiter des bons moments et ne pas me retrouver hors de contrôle. Avoir des histoires plus cool à raconter à mes gamins.

"New York City Cops" : vous avez rejoué ce morceau lors d’un meeting de Bernie Sanders en début d’année et… c’était comment de voir la police débarquer sur scène, comme N.W.A. ? [Rires.]

Je pensais bien que j’allais me faire arrêter [rires] ! J’avais anticipé la chose, mais j’ai réalisé qu’après coup. Honnêtement, je ne pense pas que les flics savaient ce que j’allais chanter. Mais c’était très drôle.

"Faire ses besoins et apprécier une fellation en même temps, c’est ce que font les politiciens avec les gens"

"I Like the Night", à ce morceau une question : qu’est-ce que tu préfères dans la nuit ?

[Rires.] Je pense sincèrement que j’ai toujours été un gars de la nuit. Même si je ne peux plus faire les choses comme avant parce que j’ai des enfants. Quand tu te réveilles plus tôt, tu t’aperçois que tu peux faire beaucoup plus de choses, l’après-midi notamment, ce qui est bien. Je respecte les deux points de vue, mais c’est plus naturel chez moi de faire mes trucs la nuit, sortir et faire des trucs jusque très tard. Je préfère.

C’est drôle car j’ai des moments réservés à des "réunions d’affaire" pour X raisons. Et même si ce n’est pas toujours facile de s’organiser, il y en a une que j’ai toujours réussi à garder à la même heure pour travailler le mieux possible : c’est à 21 heures. J’aime faire ce que j’ai à faire après 15 heures, donc généralement, j’organise mon agenda à partir de cette heure-là si c’est possible. Mais comme je disais, il y a du bon à prendre dans toutes les situations. De mon côté, pour toutes ces raisons, je préfère bosser le soir.

"Human Sadness" : quelle est selon toi la chose la plus triste dans le monde aujourd’hui ?

Je pense que tu pourrais identifier individuellement tellement de choses crève-cœur, comme les enfants qui sont séparés de leurs parents à la frontière, le trafic sexuel… ça laisse des cicatrices durant toute une vie. Les gens qui meurent pour X raisons aussi… Il y a un genre de niveau ultime à cela, à savoir là où les choses se passent. On peut retracer la source de toutes ces souffrances et créer des solutions pour les régler. La chose la plus triste dans tout ça, c’est probablement cette espèce de déni d’ignorance… Je n’ai pas le mot exact, mais je veux dire… Quand les gens cherchent absolument leur intérêt en se moquant du fait que ça puisse blesser quelqu’un d’autre. C’est comme ça que le monde et les entreprises fonctionnent et je pense que tout ça crée beaucoup de souffrances.

Quand on parle de liberté, c’est un concept vague… On n’a pas le droit et ce n’est pas être libre que de tirer dans la tête de quelqu’un. Le concept de faire ce que l’on veut qui ne nuit pas à autrui, c’est quelque chose d’implicite et d’arbitraire. Ça rend les choses compliquées parce que les politiques et les médias sont capables de manipuler le langage pour distraire les gens. Du coup, il peut être difficile de pointer du doigt qui sont les gentils ou qui sont les méchants. C’est comme si les entreprises étaient les nouvelles monarchies. Comme je le disais tout à l’heure, c’est pour ça que je suis pour la répartition des richesses. Le meilleur terme que j’ai trouvé pour expliquer ça, c’est "blumpkin". Tu sais, ce terme qui signifie aller aux toilettes faire ses besoins et apprécier une fellation en même temps, c’est ce que font les politiciens avec les gens. Ils blessent les autres pour leur propre intérêt. Ceux-là sont pour moi la source de tous les problèmes des êtres humains et je pense que c’est un problème qui remonte à plus de 500 ans.

Clairement, c’est profond et une excellente réponse. On va enchaîner avec un autre morceau, c’est une collaboration et pas des moindres : "Instant Crush". Ça s’est passé comment ce featuring avec les Daft Punk ?

Ah, c’était cool. L’ironie dans cette histoire, c’est qu’ils voulaient utiliser ma voix de manière brute comme je le fais d’habitude. Je leur ai dit "non, je travaille avec vous les gars, laissez-moi sonner comme un robot". À la fin, ce n’était pas juste une voix, en fait, ce n’était techniquement même pas du vocodeur. C’était peut-être l’idée à la base, mais c’est plus une voix modifiée par l’ingé son, Alana. C’est elle qui a tout construit et rendu le tout harmonieux. C’est moi qui ai voulu ça, c’était très cool. Travailler avec Rick Rubin, Daft Punk et d’autres personnes qui savent exactement ce qu’elles font, c’est vraiment un honneur et c’est amusant.

"J’adorerais travailler sur un morceau avec Alex Turner"

Est-ce que tu peux m’en dire plus sur ton amitié avec Alex Turner des Arctic Monkeys ?

Je l’ai rencontré il y a un moment, je pense que c’était au tout début des Arctic Monkeys. On s’est revus il n’y a pas si longtemps à Paris, après notre concert à l’Olympia. Et on se disait encore, "faisons quelque chose ensemble mec" ! Genre monter une super-team, on blaguait beaucoup sur ce sujet. Je ne lui ai pas parlé depuis mais, cela dit, on est de bons amis, je suis fan et on fera des choses ensemble, c’est sûr.

Donc on peut espérer une collaboration entre vous deux ou vos deux groupes un jour ?

J’aimerais beaucoup, ça serait cool. J’adorerais. Travailler sur un morceau ensemble, ça serait enrichissant, le processus d’écriture… Mais oui, je serais partant. J’adore travailler avec des gens que je respecte et il en fait partie.

Super, merci Julian. Maintenant, quelques questions rapides pour des réponses rapides. Prêt ?

Let’s go !

Un film qui t’a marqué ?

Je dirais… Malcolm X.

Ta série préférée ?

La première saison de True Detective, c’était génial.

Un album qui t’a marqué plus que d’autres ?

Probablement Loaded du Velvet Underground.

Un clip ?

"Hurt" de Nine Inch Nails.

Un livre ? J’ai lu que L’Odyssée, dans une traduction spécifique, est ton livre préféré. C’est vrai ?

Yeah ! Avec Crime et Châtiment aussi.

Ton morceau préféré de Lou Reed ou du Velvet ?

Hum… Même si ce n’est pas Lou Reed qui chante, je dirais "Candy Says".

Ton joueur de foot préféré ?

Le plus grand de tous les temps… probablement Pelé. Et mon préféré actuellement, ça serait Messi.

Tu supportes une équipe ?

Je ne supporte aucune équipe, j’ai arrêté le sport il y a deux ans. Je trouvais que je gaspillais mon énergie. C’est un substitut de tribalisme. Je comprends l’engouement autour de ça, c’est comme ressentir une appartenance à un petit village ou à une tribu. Le fait de défendre son territoire contre quelqu’un d’autre. Je trouve ça obsolète aujourd’hui. Quand leur équipe perd, les gens ont l’impression que leur village a été brûlé. Je trouve ça idiot [rires]. Mais pour jouer le jeu, je dirais une équipe de bas de tableau parce que je trouve qu’elles sont les plus unies. Je dirais donc la Team USA, aussi mauvaise soit-elle [rires].

"Quand je réfléchis à une mélodie, je ne pense pas seulement à une seule ligne mélodique, mais à une harmonie globale"

Est-ce que tu peux me raconter ton dernier rêve ?

J’ai fait un rêve l’autre nuit… J’ai rêvé d’une fille, son mec était là, mais elle flirtait avec moi. Son mec était là et ça l’énervait. On a commencé à se battre et je me suis réveillé. C’est le dernier rêve dont je me souviens [rires].

Qu’est-ce que tu aimerais accomplir dans ta vie que tu n’as pas encore accompli ?

Probablement… mettre fin à la souffrance humaine.

On revient encore à la musique, dans un aspect un peu plus technique… Est-ce que tu peux me dire si et comment tu as travaillé ta voix pour réussir à naviguer de cette manière entre les graves et les aigus ?

Honnêtement, je n’ai jamais vraiment aimé quand le falsetto [également appelé voix de tête, technique de chant consistant à exploiter le registre le plus aigu de la voix, ndlr] est trop chanté, peut-être jusqu’à écouter Thom Yorke. Comme le falsetto de Justin Timberlake, que je n’ai jamais vraiment compris. Mais je le conçois, car Prince l’a fait, et il a une voix sublime, donc bon… Je ne dis pas que Justin Timberlake n’a pas une bonne voix, attention. Je sens que j’y ai résisté et je pense que c’est parce que j’écris souvent des chansons sans trop calculer le falsetto. Quand je réfléchis à une mélodie, je ne pense pas seulement à une seule ligne mélodique, mais à une harmonie globale. C’est ce qui m’intéresse le plus. Je vois le tout comme un ensemble de notes qui va bien ensemble. Selon moi, la force de la mélodie dépend de l’effet qu’aura l’harmonie musicale sur moi.

Parfois, quand j’écrivais, je le projetais de manière aigüe comme ça [il module sa voix sur quelques notes]. Pour certaines parties, j’écrivais si je devais les chanter basses ou aigües, mais je n’aime pas ça et j’ai arrêté de le faire. Peut-être parce que je ne sais pas chanter aussi juste que Freddie Mercury [rires].

"The Strokes, un groupe de rock classique encore en vie aujourd’hui"

Remontons rapidement le temps : au début de votre carrière avec The Strokes, vous étiez qualifiés de "sauveurs du rock’n’roll". Que penses-tu, aujourd’hui, de ce statut ?

Je dirais juste que… The Strokes, vous pouvez plutôt nous voir comme un groupe de rock classique encore en vie aujourd’hui [rires].

Et toi, quelle est ta place au milieu de tout ça ?

Je pense que je continue de me la forger. J’essaye d’être quelqu’un de positif, d’avoir une bonne influence sur les gens. J’élève mes enfants et j’essaye d’aller dans la bonne direction. La musique, c’est ce que je fais, c’est mon travail de tous les jours et si c’est un moyen d’apporter du positif aux gens, c’est une bonne chose. J’essaye aussi de rester ouvert et de m’intéresser à de plus en plus de choses.

C’est quoi la suite pour les Strokes, The Voidz ou Julian solo ?

Je viens de trier ma musique et je pense que j’ai environ une centaine de chansons. Il y en a peut-être que trois de bien dans le lot. Une de The Voidz et deux des Strokes, ou l’inverse je ne suis pas sûr. Il faut que je revérifie au studio.

"Quand tu réussis, les gens vont tout faire pour te mettre à terre donc tu dois toujours garder le cap"

Cool ! Enfin, dis-moi… quel est le secret pour être Julian Casablancas [rires] ?

Je ne suis pas le mieux placé pour ça  [rires]. Je pense qu’il faut être exigeant avec soi-même, ouvert à l’apprentissage. Il faut étudier et travailler dur. Écouter de la bonne musique, lire des bons bouquins, regarder des bons films. Il faut éviter les trucs de mauvaise ou de moyenne qualité et rester sur des bons trucs. Toujours essayer de comprendre ce qui nous entoure, et pourquoi. Il faut être exigeant avec soi-même et rester critique sur ce que tu fais. Je pense que la chose la plus dure que tu pourrais me dire, c’est critiquer ma façon de m’habiller. Rien ne pourra plus me blesser dans mes émotions que ça [rires].

Toujours essayer de faire de son mieux et tous les autres clichés que tu veux. Cela dit, ça prend du temps. J’ai cherché ça pendant longtemps. Les gens ne m’ont pas considéré pendant longtemps et certaines personnes ne pensaient pas que je pourrais faire de la musique pendant aussi longtemps. Tu sais, même quand tu réussis, les gens vont tout faire pour te mettre à terre donc tu dois toujours garder le cap. Ce qui compte, c’est d’être une bonne personne, essayer d’aider les autres et le monde. Heureusement, il y a plein de choses positives. Il faut utiliser le positif pour essayer d’aller le plus loin possible, relever les défis que l’on se lance et toujours aller en direction de ce qui est moralement juste.

Une question pour ton futur toi ?

Une question pour mon futur moi… Qu’est-ce que tu es devenu ?  [Rires.]

Merci Julian.

C’était un plaisir. Prends soin de toi et on se captera sur Paris j’espère !