Gojira : "Finalement ça se marie bien, le metal et l'écologie"

Rencontre avec les frères Duplantier pour discuter du nouvel album de Gojira, Magma. On a discuté metal, écologie, racisme, Taylor Swift et même politique.

Mario et Joseph Duplantier, respectivement batteur et guitariste-chanteur de l'un des meilleurs groupes de metal (si ce n'est le meilleur) de l'Hexagone. (© Paul Bled/Konbini)

Mario et Joseph Duplantier, respectivement batteur et guitariste-chanteur de l'un des meilleurs groupes de metal (si ce n'est le meilleur) de l'Hexagone. (© Paul Bled/Konbini)

On mésestime souvent le nom que les artistes choisissent pour leurs albums. Or avec Magma, le patronyme de son sixième disque, Gojira a sans doute fait l'un de ses meilleurs choix. Avec ce titre, les héros du metal français montrent qu'ils sont plus dangereux que jamais. Mais ils annoncent également que leur metal sera toujours en mouvement, que cela vous plaise ou non ; et invoquant le courroux de la planète, ils rappellent leur image d'artistes doués d'une philosophie qui promeut l'interconnexion de tout ce qui est sur Terre – de quoi vêtir le quartette de son aura si particulière dans un milieu metal qui se complaît parfois dans l'uniformité.

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Alors que cette nouvelle réussite de Gojira n'a pas encore vraiment quitté nos playlists depuis sa sortie le 17 juin, nous avons rencontré Joseph et Mario Duplantier (respectivement guitariste-chanteur et batteur du groupe) pour en savoir plus sur l'univers du groupe de metal aquitain vingt ans après sa formation.

Au menu de l'entretien : l'impressionnante stabilité du groupe, les vicissitudes de la vie de tournée, l'équilibre avec la vie de famille, mais aussi le racisme dans le milieu musical, la politique, l'engagement du groupe envers l'écologie et le headbanging des tout petits. Ah oui, au fait : on a aussi parlé de Magma et du metal dans sa globalité. Entretien.

Konbini | Ça y est, Gojira a atteint vingt ans de carrière. Qu'est-ce que ça fait ?

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Joseph Duplantier | Ça fait plaisir ! C'est une super carrière et je n'ai aucun regret, c'est magnifique tout ce que j'ai accompli et tous les voyages que j'ai pu faire. Si c'était à refaire je ne changerais rien et je pense que c'est loin d'être fini. On a commencé très jeunes – j'avais 14 ans – et on a encore de la marge. Le sixième album est sorti et il nous inspire déjà beaucoup, on en est très fiers. Même s'il marque un nouvel horizon pour nous.

Aucun changement de line-up en 20 ans de carrière, ça force le respect...

Joseph | Notre bassiste a changé lors de la sortie de notre deuxième démo, avant qu'on s'appelle Gojira, donc on tâtait encore un peu le terrain. On peut dire qu'on n'a jamais vraiment changé sur la durée.

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C'est quoi le secret de la stabilité ?

Joseph | Pas trop de bitures, beaucoup de nature ! [rires.] Beaucoup de discussions, être à l'écoute les uns des autres. La communication est primordiale. En amitié, en amour ou en groupe, le succès passe par la communication. On fait des points ensemble et aussi on s'écoute individuellement : si l'un de nous ne se sent pas bien, on va tout de suite le capter.

Mario Duplantier | On a la chance aussi d'avoir fait de belles rencontres : certes, nous sommes frères, avec Joseph, mais il y a également une compatibilité avec les autres qui est assez unique – et c'est même assez mystérieux. Mais je pense que chacun sait se positionner par rapport à l'autre. On est une sorte de... [il se tourne vers Joseph] C'est quoi après le trio ? Ah ouais, on est une sorte de quatuor harmonieux.

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Ça veut dire que vous ne nous ferez jamais une "Gallagher" ?

Mario | Non, on va éviter... [rires.]

À vos débuts, vous jouiez ce qu'on appelle du death metal. Aujourd'hui, vous diriez que c'est toujours le cas ?

Ensemble | Non !

Gojira est parvenu avec succès à s'extirper peu à peu du death metal de ses débuts discographiques pour développer un son des plus particuliers. (© Paul Bled/Konbini)

Gojira est parvenu avec succès à s'extirper peu à peu du death metal de ses débuts pour développer un son des plus particuliers. Et le mieux, c'est que ça marche. (© Paul Bled/Konbini)

Vu qu'on est metalleux et qu'on aime bien être tatillons avec les sous-genres, comment vous appelleriez votre son aujourd'hui ?

Joseph | C'est de la musique, voilà... Sincèrement, on a envie de dire ça : "C'est de la musique". On n'a même pas envie de dire "c'est du metal". C'est la seule façon de décrire ce qu'on fait ! Dire "on fait de la musique", ça peut nous faire passer pour des têtes à claques, des impertinents, mais ça prouve notre désir de ne pas nous mettre de barrières, ça se ressent dans la composition. Évidemment, c'est plus metal que reggae, quand même. Alors on va dire que c'est de la musique à tendance saturée...

Pourquoi s'être extirpé du metal "traditionnel" ?

Joseph | On n'a pas cherché à s'en échapper, on a plutôt évolué.

C'était une démarche volontaire ?

Joseph | On ne s'est jamais dit : "Maintenant j'arrête le death metal." Il y a eu une évolution complexe et, progressivement, avec le vent de la vie, nous nous sommes retrouvés à ne plus jouer le death metal de nos débuts. Après tout, on joue la musique qu'on a envie d'entendre : à un moment on était fascinés par le death metal, Morbid Angel, Death ; on était passionnés et on voulait s'en nourrir, le digérer et le recracher. Mais une fois que c'est craché, c'est fait, c'est exprimé ! On s'est alors connectés à d'autres sources musicales.

À quoi par exemple ?

Joseph | Tout d'abord, c'est devenu un processus naturel pour nous de recycler en musique ce qui se passe dans notre vie. Même quand on est en tournée et qu'on rejoue nos morceaux tous les soirs, on y met des choses différentes, subtilement. Si je suis triste ou énervé, mon chant va devenir plus monstrueux. Si je suis plus calme, mon chant sera plus éthéré... Mario accentuera les breaks, tabassera plus les cymbales... La musique vit. Et au moment de la composition, c'est pareil : quel âge on a ? Qu'est-ce qu'on est en train de vivre dans la vie ? Qu'est-ce qu'on a dans la tronche ? C'est tout ça à la fois qui vient nous influencer de façon subtile.

Et avec Magma alors ?

Joseph | Là, ce qu'on a recraché avec Magma c'est quelque chose de plus sobre.

Mario | De plus martial aussi.

Joseph | Il y a de la constance dans ce côté… solennel, qu'il y a toujours dans notre musique. Ça va pas être du *PATAPATAPATAPA*, c'est plutôt *TAAAAAANTANTANTAAAAAAAN*, tu vois ? Ce côté solennel et martial a toujours été présent chez nous.

En 2012 vous avez sorti L'Enfant Sauvage, en 2016 c'est au tour de Magma. Mais au fait, qu'est-ce qui s'est passé entre les deux pour Gojira ?

Mario | Déjà, beaucoup de tournées. On est devenu un groupe international : on n'a plus les mêmes plannings que si on était un simple groupe national. Cinq tournées aux États-Unis, cinq tournées en Europe, des tournées en Amérique du Sud, en Asie, on est allés plusieurs fois en Israël, en Australie...

Alors que les grands médias vous laissent très peu de place – à vous comme au metal en général –, pensez-vous être le groupe français qui tourne le plus à l'étranger ?

Mario | [Ils se regardent, pensifs] Je pense que oui. Bon, si on prend par exemple Daft Punk, ils ont beaucoup de succès, mais, niveau tournée pure, ils font beaucoup moins de dates que nous... Phœnix tourne beaucoup, aussi.

Gojira est peut-être le groupe français qui tourne le plus, au fond – malgré une profonde indifférence des médias traditionnels pour le metal et ses fleurons (© Paul Bled/Konbini)

Gojira est sans conteste l'un des groupes français qui tournent le plus, notamment à l'étranger – malgré une profonde indifférence des médias traditionnels pour le metal et ses fleurons. (© Paul Bled/Konbini)

Joseph | Ça ne fait pas la une des journaux, mais on joue un genre qui est démocratisé dans le monde entier, il y a des metalleux partout : en Amérique du Sud, au Japon... Forcément, pour nous c'est super.

Mario | Après deux ans intensifs de tournée, en 2014, on s'est dit "bon allez : on part sur le nouvel album", tout en continuant à tourner. On a passé une bonne année et demie à bosser sur cet album.

Est-ce que c'est comme se retrouver au boulot après une période de chômage ?

Joseph | Pas vraiment... mais un peu quand même. On s'est lancés dans une carrière, c'est devenu notre boulot. Au bout de trois ans, faut sortir un disque. Mais heureusement, on a toujours de l'inspiration – au point que c'est un besoin, même. Mais je vais te dire une chose, j'aurais bien pris un an à rien foutre, quand même. [Rires.]

On a une vie qui est ultra-intense, on est six mois de l'année sur la route et on a des enfants... Si je pouvais rentrer tous les soirs voir mes gosses, j'aurais peut-être pas autant besoin d'un gros break. Et là, on n'a pas pu trop se le permettre parce qu'il faut enchaîner. Mais ça nous passionne toujours autant : on a toujours ce désir d'absolu, de créer des choses qui vont rester dans le temps, même après notre départ. C'est passionnant et ça nous nourrit.

Dans Magma, qu'est-ce qu'on trouve ?

Joseph | Le magma c'est l'énergie primordiale, le sang, la fusion. D'ailleurs il n'y a pas vraiment de message pour ce disque-ci. C'est l'expression d'un sentiment de vie, de mort, de feu, de tristesse, de joie... De l'expression artistique pure.

Mario | C'est une image abstraite et globale qui parle de la période émotionnelle qu'on a vécue récemment... Entre 2012 et 2016, on a composé mais on est aussi devenus parents et on a perdu notre mère entre-temps. On a dû faire face à de nouvelles émotions, de nouvelles sensations, ça a été aussi une période de digestion où on a dû faire le point sur nous-mêmes, sur notre propre mort, la peur de perdre notre mère que finalement on a perdue... Et tout ça bouillonnait en nous, comme du feu. On était un peu en feu, notamment en 2015. On est passés par tous les états émotionnels.

Joseph | Et puis ce groupe c'est notre vie, quelque part. Tout à l'heure tu disais que c'est notre boulot, moi je te dirais que c'est notre mission.

Mario | Et puis Gojira est de toute façon un groupe volcanique, j'ai l'impression qu'on est des personnalités sensibles et intenses, il faut qu'on explose d'une certaine manière, qu'on se calme ensuite... Le magma nous correspond bien, à Joe et moi en tout cas, et ça correspond encore plus parfaitement à cette période de nos vies.

Comment faire pour manifester des opinions en faveur de l'écologie quand on est un groupe de metal ?

Joseph | Tout d'abord, il faut dire que ça a été un peu amplifié par les médias. Parce que si tu écoutes The Way of all Flesh (2008), les paroles c'est surtout de la poésie. On a bien le morceau "Global Warming" sur From Mars to Sirius (2006) avec lequel ça a commencé. Dans ce titre, je dis qu'on est connectés à toute chose, planète Terre comprise.

Alors c'est pas uniquement écologique, mais également existentiel – voire spirituel. La tonalité des paroles, le message, c'est plutôt l'importance de notre impact sur les autres, sur le monde, et même sur l'univers tout entier. L'écologie n'en est qu'une composante.

Vous parlez souvent d'interconnexion.

Joseph | Oui, c'est important : l'interconnexion, c'est le fait qu'on soit la nature. Les gens ont tendance à dire "il faut respecter la nature" mais, en disant cela, ils ne font que s'en détacher. Nous sommes la nature. On fait partie de cet univers et le cerveau humain fait que parfois on se détache de la réalité.

Certes, l'intelligence humaine, la création, l'art nous rapprochent de Dieu et nous détachent de l'animal et de la plante, mais nous faisons tout de même partie de ce tout. L'humanité a tendance à l'oublier. Pour le lien avec le metal, c'est très simple : ça peut provoquer de la colère, de la frustration et je trouve que dire "il ne faut pas polluer, il faut respecter l'environnement", dans un monde extrêmement pollué où les gens ont de moins en moins de respect, ça se dit en gueulant ! Finalement ça se marie bien, le metal et l'écologie.

Un EP pour l'ONG de défense des animaux marins Sea Shepherd est au chaud depuis longtemps... Est-ce qu'il va finir par sortir un jour ?

Mario | Ahem, ça prend du temps pour plusieurs raisons. Tout d'abord, on a perdu un disque dur. Et puis, tous les mecs qui ont travaillé sur ce projet l'ont fait gracieusement. Et quand tu ne payes pas les gens, c'est laborieux.

Joseph | C'est à nous de le faire parce qu'il n'y a pas d'argent là-dessus. Or le but est de faire parler de Sea Sheperd. Gojira est là pour divertir les gens et les inspirer, mais ça ne coûte rien de nous servir de notre position pour braquer le projecteur sur Sea Shepherd, une cause plus importante que nous. Ce sont nos convictions, même si on n'est pas plus engagés que ça. On a sorti un morceau avec Devin Townsend [Strapping Young Lad, Devin Townsend Project...] et Frederik Thordendal [Meshuggah] déjà. On est très perfectionnistes, mais on le sortira un jour.

En 2009, le député Patrick Roy a fait retentir le nom de Gojira dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, aux côtés d'autres groupes de metal...

Mario | Ah, Patrick... On l'a rencontré plusieurs fois !

Joseph | Il m'avait aidé à obtenir une subvention. Et puis il m'a ouvert les portes de l'Assemblée nationale, une fois. J'étais allé là-bas et j'ai rencontré Alain Juppé avec lui [rires]. Un super mec, Patrick Roy. C'était vraiment un coup quand il est mort, ça nous a fait tellement bizarre.

Grâce à Patrick Roy, le nom de Gojira a retenti entre les murs du Palais Bourbon ((© Paul Bled/Konbini)

Grâce au député Patrick Roy, le nom de Gojira a retenti entre les murs du palais Bourbon (© Paul Bled/Konbini)

Pensez-vous que ce soit du rôle du politique de se mêler de metal ?

Joseph | Non, parce que si le metal est marginal en France, c'est culturel. C'est lié à notre histoire et à pourquoi les radios diffusent davantage de chanson... C'est assez complexe à expliquer mais, l'Angleterre, c'est rock, la France, ce n'est pas rock du tout. Alors pourquoi se battre pour que le metal se démocratise ?

Mario | Je suis tout à fait d'accord. Et je trouve que le rock a sa place quand il reste rebelle. C'est une musique de rébellion. Trop de subventions, parfois ça limite la liberté, le feu ou la rage.

On continue à parler politique, un peu, avec Phil Anselmo (Down, ex-Pantera...) qui  a enflammé Internet cette année avec un salut nazi effectué sur scène. Au point que Down a dû annuler sa prestation au Hellfest... Est-ce qu'il y en a pas un peu marre de devoir toujours évoquer le racisme à un moment ou un autre quand on est metalleux ?

Joseph |Tous ces malentendus et ces clichés, je me demande si ce n'est pas juste en France. À l'étranger le metal est un peu plus connu. En Scandinavie, par exemple, le metal c'est énorme : ça passe à la télé et tout, et si un metalleux est nazi, ils vont se dire "il est con ce nazi !", et pas "il est con ce métalleux !". Aux États-Unis, c'est la même chose ! En France, ça s'enflamme vachement facilement avec le Hellfest, Christine Boutin, tout ça... Phil Anselmo, c'est une espèce animale à part, complètement incontrôlable, hyper-talentueux par ailleurs, mais bon... [Il souffle, manifestement embarrassé.]

Mario | Après, qu'est-ce que tu veux dire de plus ? Il a fait un salut nazi, c'est débile ! Peut-être que dans sa tête c'est pas clair mais, au fond... il se fait pas un peu de pub ? [Son frère lui explique qu'à cause de ça, Down a dû annuler tous ses festivals.] Eh bah, bien fait pour sa gueule à ce con !

En 2007, dans une interview pour feu le mensuel Hard'N'Heavy, vous étiez interrogés parmi d'autres groupes de metal de votre pointure. Dans mes souvenirs, pas un seul groupe se targuait de gagner sa vie grâce à sa musique.

Joseph | On était fraîchement intermittents à ce moment-là et notre premier dossier devait encore être validé. On ne vivait pas encore tout à fait de notre art.

Mario | Moi je vivais chez ma copine avec son RMI. C'était la galère, quoi.

Aujourd'hui, vous vivez de Gojira ?

Joseph | Oui. On gagne notre vie, mais on n'a pas de gros revenus. On ne peut pas acheter une maison, par exemple.

Le metal, c'est le parent pauvre de la musique en France ?

Joseph | Oui, parce qu'il n'y a pas de diffusion. Les droits générés par la diffusion de supports radio et télé n'existent pas en metal. Et c'est surtout ça qui génère du fric. On a aussi fait le choix de s'entourer de partenaires très performants : un gros management américain et un gros label international.

Qu'est-ce que vous pensez de la musique pop aujourd'hui en France ?

Joseph | Moi je trouve qu'en règle générale, c'est assez dégueulasse. Pas qu'en France : partout. Je considère qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de merdes. Il y a des talents, des choses bien, mais la plupart du temps... non. Mais au fond faudrait limiter, ça veut dire quoi au juste, "la musique pop" ?

Oh, j'imagine que ça va de Booba à Taylor Swift en passant par Christine and the Queens, ce que tu pourrais trouver dans le mp3 de n'importe quel lycéen ou dans un supermarché aujourd'hui...

Mario | Alors on est loin des années 1970 ou 80, quand des trucs mortels comme Michael Jackson sortaient. Après, on n'est pas très au courant, je pense. Mais la soupe qui passe à la radio...

Joseph | Oui, il y a de nombreux jeunes talents qu'on ne connaît pas. Le côté vintage cyclique a du bon finalement : les mecs parlent de mieux en mieux anglais en France, aussi. Je trouve aussi que le bon goût se véhicule de mieux en mieux à travers la jeune génération, c'est moins ringard... Après bon, Booba par exemple, j'aime pas trop. Moi ce que j'aime c'est Rone. Je suis méga-fan. Dès qu'il sort un truc, je l'achète. J'écoute même pas avant.

Mario | Aux États-Unis il y a une tonalité pop en ce moment qui m'effraye un peu, d'une froideur et d'un systématisme... Ça passe pas du tout pour moi. En revanche, Rihanna je trouve qu'elle a une vraie voix, y a du bon.

Mario et Joseph ne mâchent pas leurs mots pour exprimer leur déception face au formatage contemporain de la musique pop. (© Paul Bled/Konbini)

Mario et Joseph ne mâchent pas leurs mots pour exprimer leur déception face au formatage contemporain de la musique pop. (© Paul Bled/Konbini)

Qu'est-ce que vous écoutez, à part du metal ?

Joseph | Tame Impala, on adore ! C'est super bien fait.

Mario | Moi j'ai acheté un morceau de Rihanna qui s'appelle "Woo". J'ai pris ma grosse claque.

À part ça, vous écoutez majoritairement du metal ?

Joseph | Pour être franc, assez peu. Mais j'en écoute quand même : l'autre jour, j'étais seul avec mes gamins, j'ai blasté du metal à fond, Meshuggah, Lamb of God... J'écoute pas tous les jours, mais ça fait du bien ! Mais on n'écoute pas religieusement tout ce qui sort.

Mario | Pour écouter du metal, il faut de la disponibilité, de l'espace et avec notre configuration de vie... Quand je suis avec ma famille, je ne peux pas mettre du Meshuggah à fond. Déjà nos femmes ne sont pas metalleuses du tout. En plus, quand on part en tournée, on en bouffe toute la journée...

Joseph | ... Et quand on n'est pas en tournée, on est en studio en train de composer... Alors, forcément, on entend du saturé. Quand je rentre à la maison, j'aime bien écouter du rock, de l'électro, d'autres choses...

Vous vous sentiriez de jouer un jour autre chose que du metal ?

Joseph | Oui, carrément ! On est dans pas mal d'autres styles musicaux, au fond. Si j'avais plus de temps, j'adorerais enregistrer de la musique aux synthétiseurs. Mario l'a fait d'ailleurs : il a composé tout un album de synthé avec boîte à rythmes... De l'électro minimaliste...

Pour faire découvrir le metal à quelqu'un, vous lui feriez écouter quel disque ?

Mario | Le Black Album de Metallica.

Joseph | Ça marcherait bien, oui.

Mario | Là, si le mec comprend pas, c'est que c'est pas pour lui...

Vos enfants, ils aiment ça le metal ?

Joseph | Moi je leur mets Meshuggah. J'écoute plein de groupes du genre sur une radio en ligne et ils ont beau être tout petits – ils ont quatre et deux ans –, ils secouent leur tête dans tous les sens !

Mario | C'est marrant parce qu'on ne leur a jamais appris à headbanguer, mais ils le font d'eux-mêmes. Ma fille, qui a deux ans et demi, fait vraiment comme ça [il se met à headbanguer dans tous les sens]. Et pourtant je ne l'ai jamais emmenée à aucun concert.

Joseph | Quand on a les trois qui sont là, ils adorent écouter du metal ! Mais sinon on vit paisiblement dans nos appartements, on se met plutôt des trucs tranquilles : genre du reggae...

Magma est sorti chez Roadrunner Records le 17 juin 2016.

Par Théo Chapuis, publié le 06/10/2016

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