(© Record Makers)

Interview : Cola Boyy, le roi du disco made in California

Retenez bien ce nom : dans quelques années, Cola Boyy sera incontournable.

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Son nom ne vous dit peut-être rien, mais il est fort probable qu’il se retrouve sous le feu des projecteurs dans les prochains mois. Et ce n’est pas ceux qui l’ont vu sur scène au Pitchfork Music Festival Paris, il y a quelques jours, qui vont vous dire le contraire.

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Cola Boyy est un nouvel arrivant dans la scène, déjà bien bouchée, du disco version XXIe siècle. En revanche, il s’est fait une place en or en peu de temps. D’abord grâce au clip de l’entêtant "Penny Girl". Puis grâce à sa collaboration sur le génial dernier single de Myd pour Ed Banger, "Muchas".

Derrière les titres "funkodiscopopesques" (il fallait bien qu’on trouve un terme) de son premier EP, Black Boogie Neon, se cache un Californien de 28 ans, Matthew Urango, assez réservé et bourré de talents. Un homme dont le handicap de naissance, une malformation de la colonne vertébrale, a forcé ses parents à faire un choix particulièrement difficile : lui faire amputer une jambe pour qu’il en reçoive une artificielle.

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Mais il s’agit surtout d’un musicien qui est tombé dans la célèbre marmite du punk d’Oxnard, avant d’explorer des horizons musicaux différents, en allant regarder du côté de Minnie Ripperton, Marvin Gaye et Sade et plus encore, pour essayer de trouver sa propre signature (il semblerait que ce soit chose faite).

Quand il n’est pas engagé pour la défense des droits des immigrés dans diverses associations, le nouveau roi du disco made in California fait le tour du monde pour faire danser des foules à tout va, parfois seul, parfois pour ouvrir les concerts de MGMT.

Nous lui avons posé quelques questions à l’occasion de son passage au Pitchfork Music Festival Paris, histoire de mieux cerner ce personnage dont la belle carrière ne fait que commencer.

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Konbini | Quand as-tu commencé la musique ?

Cola Boyy | Quand j’avais 17 ans, j’ai commencé à écrire des chansons de punk hardcore pour certains groupes dans lesquels j’étais.

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Est-ce que tes parents t’encourageaient ?

Oui et non. Ils étaient encourageants quand j’ai commencé la guitare à 13 ans… Mais en ce qui concerne la musique que j’ai jouée, ils auraient préféré que je ne fasse pas de punk [rires].

Comment es-tu tombé dans le punk ?

C’est juste ce qu’il y avait autour de moi. Les punks que j’ai rencontrés quand j’étais au collège étaient super sympas, et j’ai gravité autour d’eux et de la musique qu’ils écoutaient. Il y avait une colère dans cette musique, et une frustration dans laquelle je pouvais me reconnaître.

Combien de temps as-tu joué dans un groupe de punk ?

Jusqu’à l’âge de 23 ans.

Quand et comment as-tu découvert le disco ?

Je ne suis pas sûr, probablement quand j’étais enfant. Aux États-Unis, en fait, ce n’était pas un genre aussi populaire qu’en Europe, mais je pense que son empreinte dans la pop culture existe encore à un point où la plupart des gens ont une connaissance globale de cette musique. Des artistes comme les Bee Gees, Marvin Gaye ou Diana Ross sont des icônes : ils sont joués de manière régulière (ou tout du moins, quand j’étais petit).

Pourquoi ça t’a séduit ?

J’ai toujours aimé l’imagerie du disco : son style, les lumières néon, les clubs, ses shorts larges. Et puis la musique a un groove contagieux qui ne te demande pas trop d’effort pour te déchaîner.

Quand je me suis plus intéressé à l’écriture, à l’enregistrement, et que j’ai commencé à prêter attention à la production musicale, j’ai commencé à comprendre la technicité, la nuance, l’intelligence et l’innovation que la disco a apportées. Tous ces éléments combinés, avec le côté cool dont je parlais au début, rendent le disco irrésistible.

Quel est le tout premier morceau de disco que tu as écrit ? C’était quand ?

C’était peut-être le morceau intitulé "Kid Born in Space", il y a quatre ou cinq ans. Je ne savais vraiment pas ce que je faisais, j’ai foncé tête baissée. C’était un de ces moments où j’étais super surpris du résultat final. J’étais plutôt fier de moi.

Peut-être que je le réenregistrerai plus tard. Je pense qu’il a encore des imperfections ! À l’époque, je l’avais envoyé à un média pour qu’il le critique – et ils l’avaient défoncé… Ce qui est marrant, c’est qu’ils ont fait un papier positif sur moi récemment. Marrant comment les choses peuvent évoluer, non ? Je suis un mec sympa, je ne prends plus les choses trop personnellement désormais [rires].

Qu’est-ce que ça change pour toi, sur scène ?

Dans mes années punk, je jouais de la guitare pendant une bonne moitié du concert, puis j’étais chanteur pendant la deuxième. Donc être sur le devant de la scène n’est pas nouveau pour moi. J’adore ça. Je déteste par contre devoir jouer un instrument et chanter en même temps. Je préfère me concentrer sur l’un ou sur l’autre.

Les foules sont différentes, bien sûr. À un concert de punk, il y a beaucoup de bousculades, de plongées dans la fosse, etc. Maintenant, à mes concerts, ça peut chahuter, mais ce n’est pas du tout pareil. Viens à un de mes concerts et vois pour toi-même, je ne veux pas te gâcher la surprise.

Quelles sont tes influences principales ?

Mes influences vont de Sade à Wings, en passant par Minnie Ripperton, Marvin Gaye, Carole King, Scott Walker, Harry Nilsson et Diana Ross. J’ai beaucoup appris de ces artistes, en termes d’écriture. Il y a aussi des trucs récents sur lesquels je m’éclate.

Tu viens juste de sortir un EP : quand as-tu commencé à bosser dessus ?

Oui ! Nous avons commencé à travailler sur Black Boogie Neon il y a un an et demi. Il est composé de cinq morceaux que j’ai écrits à des périodes différentes ces quatre dernières années.

Quels sont tes prochains projets ?

Je travaille actuellement sur mon premier album. J’espère pouvoir le sortir d’ici 2019. J’ai aussi des collaborations très cool à venir. C’est quelque chose que j’adore faire. Donc souhaitez-moi de bonnes chansons, une bonne santé et bonne chance.

Par Arthur Cios, publié le 07/11/2018

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