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Entretien : Alessia Cara, le diamant brut du clan Def Jam

Publié le

par Naomi Clément

À seulement 18 ans, Alessia Cara a déjà tout d'une grande dame. À la fois douce et puissante chanteuse, joueuse de guitare et petite dernière du clan Def Jam, la jeune Canadienne nous a conté ses premiers pas dans cette gigantesque (et souvent impitoyable) industrie qu'est la musique. Rencontre.

Alessia Cara © <a href="http://gaia-anastasio.com/" target="_blank">Gaïa Anastasio</a>

Nous avons rendez-vous dans un hôtel parisien du Marais, à 13h15. Alessia Cara y fait irruption à 13h13, souriante et spontanée, sobrement vêtue du combo T-shirt-jean-baskets, bonus sac à dos formant la tête d'un gros panda.

Si elle se décrit comme un être timide, la jeune femme nous apparaît pourtant pleine d'énergie et d'enthousiasme, prête à se livrer sur ce qui l'anime. Peut-être le succès de son premier single, "Here", lui a-t-il donné la force de combattre sa timidité et de parcourir des kilomètres pour venir à la rencontre de ses admirateurs français, pour lesquels elle a donné son premier concert parisien. "Vous savez, avant la sortie de ce single, je n'avais jamais voyagé", nous confiera-t-elle.

"Here" est une chanson puissante et enivrante, basée sur un sample du titre "Ikes's Rap 2" d'Isaac Hayes (lui-même samplé par Portishead et son "Glory Box"). Un morceau qui conte l'histoire d'une jeune femme aux yeux de laquelle les soirées sont une source d'ennui sans fin. L'histoire d'Alessia Cara. Cumulant près de deux millions de vues sur YouTube et sacré par Spotify comme l'un des titres de l'été, cette chanson vient à elle seule de propulser Alessia Cara sur le devant de la scène internationale.

Konbini | Revenons quelques années en arrière. Qu'est-ce que tu écoutais, enfant ?

Alessia Cara | J'écoutais vraiment beaucoup de choses différentes. Mes parents mettaient tout le temps les Beatles et Queen. Et ma mère étant italienne, elle écoutait toujours de la musique italienne. Plus tard j'ai adoré Amy Winehouse, et des gens comme Selah Sue, Allen Stone, Lianne La Havas, Michael Bublé (que j'aime énormément), Lauryn Hill aussi... Toutes ces personnes-là.

Tu as d'abord été connue pour tes reprises acoustiques sur YouTube. Comment t'es venue cette idée ?

En fait c'est ma mère qui a eu l'idée. J'ai toujours voulu chanter, mais j'étais trop timide pour le faire devant les gens. Alors un jour elle m'a dit : "Pourquoi tu ne t'enregistres pas en vidéo ? Les gens pourront toujours entendre ta voix mais tu n'auras pas à te montrer devant un public."

J'ai suivi ses conseils, j'ai essayé et je me suis prise au jeu, ça m'a plu. Quelques personnes se sont mises à me suivre, c'était cool, c'était marrant... C'est devenu quelque chose que j'aimais vraiment faire. 

Quand as-tu décidé à créer tes propres morceaux, et pourquoi ?

Je n'avais jamais écrit avant il y a deux ans, lorsque j'ai commencé à faire mon album. Ce qui est assez bizarre d'ailleurs : j'ai toujours chanté les morceaux des autres, mais je n'avais jamais pensé que je pouvais être assez bonne pour écrire mes propres trucs.

Et puis quand j'ai commencé à travailler avec EP Entertainment, ma maison de production, ils m'ont dit : "Tu veux qu'on t'apporte des chansons déjà écrites pour toi, ou tu veux essayer d'aller en studio et apprendre à écrire ?" J'ai foncé. Ils m'ont confié à un auteur qui m'a appris comme faire, et maintenant je crois que je me débrouille pas trop mal.

Près de deux millions de vues sur YouTube

En février dernier, tu as sorti ton premier single, "Here", qui est devenu un gros succès, notamment aux États-Unis. Le clip va bientôt atteindre les deux millions de vues sur YouTube... Tu t'attendais à un tel enthousiasme ?

Non, vraiment pas ! On a fait ce morceau il y a deux ans, avant même que je sois signée. Je faisais juste des sons pour le fun. Je ne savais même pas si quelqu'un allait l'écouter !

Et puis quand j'ai commencé à travailler avec EP Entertainement, on a cherché un premier son à mettre en avant, et on s'est dit : "Sortons 'Here' pour prendre la température", mais on n'avait jamais imaginé que ça aurait ce succès-là. Un succès qui est arrivé de nulle part, et qui a fait que "Here" est naturellement devenu le premier single [de son album à venir, ndlr].

MTV a qualifié "Here" de "son pour tous ceux qui détestent secrètement les soirées". Tu détestes vraiment ça ? 

Ouais, c'est pas trop mon truc (rires). J'aime un certain type de soirées, mais pas tellement celles qui sont décrites dans le clip, je ne m'y amuse pas beaucoup. Je suis très timide...

On pourrait dire que ta vie et les expériences que tu traverses sont la principale source d'inspiration de ton travail ?

Oui je crois. Je veux délivrer quelque chose de réel, qui s'est vraiment produit. Un son sonne toujours mieux quand tu peux le ressentir, n'est-ce pas ? Donc je fais des choses que je peux vraiment ressentir. Parfois, quand je souhaite parler de quelque chose dont je n'ai pas fait l'expérience, je discute avec les gens qui sont passés par là pour avoir leur point de vue.

Mais je crois que l'inspiration est partout. Il faut juste savoir l'attraper, capturer un mot qu'un personne vient de dire, capter quelque chose dans l'air... c'est partout.

Aux côtés de Kanye West et Frank Ocean

"Here" est sorti via Def Jam. Comment es-tu parvenue à être signée sur ce label ?

Je travaillais avec ma maison de production, EP Entertainement, avec laquelle je faisais mes morceaux. Et un beau jour ils m'ont dit : "Tu sais, on a pas mal de bons morceaux là. Si tu en es satisfaite, on peut commencer à aller voir des labels et voir ce qu'ils en pensent."

Donc on est allés à la rencontre de plusieurs labels, de New York à Los Angeles. J'ai joué mes morceaux à la guitare devant eux, j'ai chanté... Def Jam était le dernier label que nous avons rencontré, mais il était celui qui nous a paru le plus judicieux, alors on est allés avec eux.

Qu'est-ce que ça fait d'être l'une des plus jeunes artistes d'un des plus gros labels au monde ?

C'est bizarre ! (rires) Je viens de m'en rendre compte en fait, que j'étais l'une des plus jeunes... C'est trop bizarre mais c'est tellement incroyable ! Def Jam est le premier label dont j'ai entendu parler. Quand j'étais plus jeune, c'était d'ailleurs le seul et unique label qui existait à mes yeux (rires). Genre : "Ouais, tout le monde est chez Def Jam donc c'est forcément le seul label qui existe !"

Et si tu devais collaborer avec un autre artiste ? Qu'il soit sur Def Jam ou non... 

Hmmm... Il y a beaucoup d'artistes que j'aime chez Dej Jam : Big Sean, Logic, Justin Bieber, Jhené Aiko, Kanye West, Frank Ocean... ahhh il y en a trop ! Mais sinon j'adorerais collaborer avec Drake, Ed Sheeran, Miguel, Lorde... non mais en fait il y a trop d'artistes que j'aime ! (rires)

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Tu as donné ton premier concert à Paris. Le live, c'est quelque chose que tu as déjà commencé à apprivoiser ?

Je commence tout juste à en faire à vrai dire. J'en ai fait deux à New York récemment, et un à Toronto dans un festival appelé Bestival. J'ai donc peut-être fait trois ou quatre concerts au total, mais je commence à m'habituer à l'exercice et à aimer ça oui.

Tu vis toujours au Canada du coup ?

Oui, je veux y rester autant que possible parce que... j'aime être à la maison ! Donc j'essaierai d'y rester aussi longtemps que possible.

Un premier disque en préparation

Tu pourrais nous en dire plus sur ton prochain album ?

L'album s'appellera Not At All. Comme je disais tout à l'heure, il se base sur des choses que j'ai faites, des choses que je ressens, ce sont des pensées auxquelles d'autres personnes pourront s'identifier. J'aime faire de la musique pour les autres, faire en sorte que les gens puissent se reconnaître, puissent comprendre où je veux en venir...

Donc il y a beaucoup de choses en lien avec des gosses ou des gens comme moi, qui j'espère seront comprises, même par des adultes. Certains morceaux sont lents et tristes, d'autres sont plus joyeux et exaltants. Musicalement, c'est de la pop, ou plutôt de la pop alternative.

Est-ce que le succès t'effraie ? Je veux dire, si ton album s'avère être un énorme succès, ça risque de changer pas mal de choses dans ta vie...

Pour être honnête, je crois que ça me fait un peu peur oui. Je veux vraiment réussir et je sais à quel point cela peut être incroyable, mais il y a toujours cette peur d'aller trop loin, de ne pas savoir ce qui va arriver. D'autant plus que je suis une personne très calme, je ne cherche pas à attirer l'attention. Je n'avais par exemple jamais voyagé jusque-là, j'étais toujours à la maison.

Donc rencontrer toutes ces nouvelles personnes et voyager et tout le reste... c'est tellement fou. Les gens commencent un peu à savoir qui je suis. Mais comme c'est de la musique, c'est-à-dire quelque chose que je désire vraiment, je pense que ça va bien se passer.

En attendant la sortie de son album, Alessia Cara dévoilera son premier EP Four Pink Walls le 28 août prochain.

Crédit gif : Gaïa Anastasio

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