Facebook 3eme Œil

On a pris des nouvelles du 3e Œil, mythique groupe de rap français

Le 3e Œil, groupe marseillais de l’âge d’or du rap français a repris du service cet été sur la scène du Demi Festival. Rencontre.

Facebook 3e Œil

S’il y avait bien un événement rap français à ne pas rater cet été, c’était bien le Demi Festival de Demi Portion. Pour la troisième année consécutive, la crème du rap français indépendant et les cadors de la discipline se sont donné rendez-vous sur la scène onirique du Théâtre de la Mer à Sète. Lors du quatrième et dernier soir, Boss One et Jo Popo aka le 3e Œil ont enflammé la scène. Plus de 40 minutes de show durant lesquels le duo a interprété ses plus grands classiques, de "L"Hymne à La Racaille" à "Si Triste" en passant par l’incontournable "La vie de rêve". Au sortir d’un show mémorable, nous avons rencontré les deux MC originaires de la cité Felix Pyat à Marseille. Si Jo Popo s’est montré bien plus bavard que son acolyte, ce fut l’occasion de revenir avec eux sur leur époque dorée, leur héritage mais surtout, de cette jeunesse qui leur tient toujours autant à cœur.

Publicité

Comment c’était le concert et le Demi Festival ?

Jo Popo : C’est incroyable et immanquable pour nous. On a fait la première édition et nous voilà pour la troisième. À chaque fois c’est la même, le public est toujours présent et il y a tellement d’engouement. La ville de Sète est magnifique et le théâtre de la mer, quelle scène fantastique ! Un décor magique et féerique comme il y en a peu. Il n’y a pas à dire Demi Portion et son équipe travaillent beaucoup et se bougent pour faire de cet événement ce qu’il est. Dans l’ensemble on s’est régalés et c’est une superbe initiative pour le rap français.

1998, c’est une date historique pour vous, c’est la date de votre premier gros succès, le maxi America. Mais c’est aussi une date qui a vu naître une cuvée fantastique d’album de rap français. Ainsi, sans parler du vôtre, lequel vous a le plus marqués ?.

Publicité

Jo Popo : Honnêtement, et je ne dis pas ça parce qu’ils sont de chez nous, mais IAM et L’école du Micro d’Argent. Je sais bien que cet album est sorti fin 1997, mais c’est du pareil au même ! Ce disque est un monument vraiment.

C’est vrai que quand on pense 3e Œil, impossible de vous dissocier d’IAM. Parlons nostalgie, et de ces fameuses premières parties avec eux qui ont fait éclore le groupe.

Publicité

Jo Popo : Cette époque nous inspire que du positif et effectivement beaucoup de nostalgie. Surtout quand ils ont refait la tournée pour les vingt ans. Forcément, c’était un autre groupe que nous qui faisait les premières parties, mais ça fait quand même quelque chose. Pour nous, ce sont des dates mémorables. On était en première partie, mais c’était la première fois que nous faisions des grosses scènes : Des Zéniths, le Dôme à Marseille, on a aussi fait les plus gros festivals d’Europe. Tout ça, c’était que du bonheur et forcément c’est inoubliable.

Vous vous êtes toujours revendiqués comme des "journalistes" rapporteurs sans tabou du quotidien de cette jeunesse de quartiers désabusée. Or, on se rend compte que la plupart de vos morceaux sont toujours d’actualité.

Jo Popo : Oh ça non, ça n’a pas changé au contraire les choses empirent. Avant, nous défendions une certaine jeunesse, celle qui se battait pour essayer de s’en sortir. Sauf qu’aujourd’hui, les jeunes sont de plus en plus désabusés, se mettent en danger parce qu’ils sont dans l’incompréhension totale. C’est ce qu’on appelle la "génération sacrifiée". C’est une génération qui a été abandonnée par les institutions, par les parents et la vie même parfois à force de vouloir aller trop vite. Dans les quartiers aussi, beaucoup de problèmes sont toujours visibles. Le chômage, l’éducation… Beaucoup de choses primordiales ne sont pas suivies.

Publicité

La musique ne peut pas justement être un moyen d’aider cette jeunesse ?

Jo Popo : Si bien sûr. La musique peut être un exutoire pour certains et leur permettre de s’évader. Mais la mission est plus difficile aujourd’hui parce que la musique aujourd’hui inculque bien trop souvent des choses futiles et superficielles dans les esprits. Je ne veux pas être fataliste mais je pense que s’il est encore possible de changer les choses grâce à la musique, c’est de plus en plus compliqué. Pour réussir à le faire, il faudrait que les artistes donnent à la jeunesse des textes construits pour leur donner cette flamme, cette volonté de s’en sortir.

Boss One : Après, c’est une question générationnelle. Nous, je pense qu’on ne peut plus le faire, au risque de passer pour des donneurs de leçons. Mais si un jeune rappeur débarque en ayant conscience de tout ça et arrive à livrer ces messages en musique, cela permettrait à des jeunes de l’entendre et de leur permettre de changer les choses. Il est plus facile d’écouter et de s’identifier à des artistes que l’on admire et de qui on se sent proche.

À l’image de groupes comme là Fonky Family pour rester à Marseille, vous faites partie de ses groupes qui défendent la réussite et la fierté de la jeunesse. Selon vous, dans la scène locale et d’ailleurs, qui représente le mieux cet état d’esprit ?

Jo Popo : Celui qui porte mieux ce flambeau et ses valeurs aujourd’hui pour moi, c’est surtout R.E.D.K. et Carpe Diem. Mais d’autres ont une plume et des valeurs à défendre. Je pense par exemple à un gars comme Comodo. Il y a surtout des gens qui ne sont pas forcément connus du grand public, mais qui se battent dans leur coin pour faire évoluer et connaître leur musique. En ce qui concerne Marseille, c’est très particulier. Les valeurs sûres, c’est Don Choa et la FF. Leur héritage restera toujours malgré le temps qui passe.

Boss One : La scène marseillaise a toujours eu historiquement cette volonté de faire du "rap marseillais" un peu chauvin. À l’époque on parlait même de "norme marseillaise". Aujourd’hui ces normes-là se sont perdues. Nous, on se bat pour faire passer le flambeau aux nouvelles générations, mais on doit aussi tenir le rang. Il est vrai que Marseille est une grande ville, mais la cohésion manque peut-être entre les artistes. Cela dit, à côté, il manque peut-être des noms qui sortent du lot je pense. Aujourd’hui le rap des quartiers chez nous est beaucoup dans la tendance, moins dans l’innovation.

En plus vingt ans pour vous, tout n’a pas toujours été facile avec notamment beaucoup d’imprévu. Avec le recul, de voir qu’aujourd’hui, plusieurs générations scandent et vibrent sur vos textes, j’imagine que ça vous rend fiers…

Jo Popo : C’est sûr. Après quand tu es un artiste en haut de l’affiche, tu as l’impression que tout va bien. Quand ça redescend, il faut trouver un sens à ce que tu fais. Entretenir son blues et se morfondre c’est une chose, mais ça n’aide pas à avancer. Par contre, repartir de presque zéro, se battre pour vivre des moments comme ce festival, c’est important. Dans le rap, il y a beaucoup d’ego. Il faut savoir le mettre de côté et partir au combat. Arriver là où l’on est aujourd’hui c’est d’autant plus gratifiant. Si tout avait été facile, je ne suis pas sûr qu’on en serait là. En tout cas pour le groupe, nous avons fait notre chemin et nous en sommes satisfaits. On est heureux de tous ces gens qui nous ont permis d’avoir confiance en nous et nous faire avancer.

Vous en avez fait du chemin en effet. Mais où en est la route ? Du côté de 3e Œil, y a-t-il de nouveaux projets en cours ?

Jo Popo : Le plus important pour nous, c’était de se retrouver face à notre public et on l’a fait. Ce qui compte, c’est aussi de convaincre de nouvelles personnes de nous rejoindre, qu’elles soient dix ou mille. Pour le reste, l’avenir nous le dira, mais en ce moment, on reprend goût à l’écriture et au studio. On ne se fixe pas encore d’objectif, mais il y a du travail en cours. Ça donnera ce que ça donnera, mais une chose est sûre, il y a encore des combats à livrer et à gagner.

"La vie de rêve" quel titre ! Avec le recul 20 ans après, pensez-vous l’avoir trouvé ?

Jo Popo : On a vécu l’époque la plus faste du rap français et du rap tout court. Beaucoup de gamins ne l’ont pas connu et nous disent "j’aurais aimé vivre à votre époque". Ils ont l’impression d’avoir raté quelque chose, cette unité qu’on trouvait dans le hip-hop entre 1994 et 2001, c’est quelque chose qu’on ne retrouvera pas. Ce sera forcément différent.

Je vais te dire un truc tout con, je peux mourir en paix. J’ai vécu des moments magiques, je suis parti en tournée, eu la reconnaissance et l’argent pour vivre qu’est-ce que tu veux de plus ? On arrive à un stade où ça va être dur de faire mieux. Personnellement, j’ai le sentiment d’avoir accompli tout ce dont je rêvais. Tout ce que je vis aujourd’hui ce n’est que du bonus. Je suis satisfait et j’emporterai ce sentiment dans ma tombe.

Que représente pour vous la fierté marseillaise ?

Boss One : Elle ne s’explique pas, on l’a ou on l’a pas ! (rires)

Jo Popo : C’est un état d’esprit. C’est chauvin il ne faut pas se leurrer. La fierté marseillaise, c’est crier son sentiment d’appartenance et son amour pour cette ville unique. C’est quelque chose de fort. La preuve étant que beaucoup de personnes vivant dans les villes et villages alentour se sentent membres du peuple marseillais. La fierté marseillaise ne se limite pas qu’à Marseille.

Comment ne pas parler de la fierté marseillaise sans évoquer l’OM… Un petit prono pour la saison ?

Jo Popo : Faire mieux que l’année dernière. Il faut du temps pour construire quelque chose de solide, mais je pense qu’il faut leur faire confiance. L’OM part de rien, mais comme aucun autre club en France, a toujours réussi grâce à la ferveur et le soutien de son public. Si l’équipe comprend et n’oublie jamais ça, elle ne peut que réussir.

Boss One : Bon, on va pas se mentir, il nous faudrait quand même un attaquant vedette. Désolé de dire ça, mais ce n’est pas Mitroglou ou Germain qui vont nous faire percer. Clairement, il manque un attaquant mort de faim (rires).

Par Jérémie Léger, publié le 28/09/2018

Pour vous :