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K-pop : qui était Goo Hara, la chanteuse qui a ouvert la voie à Blackpink et BTS ?

Publié le

par Hong-Kyung Kang

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Elle a fait partie d'un des groupes coréens les plus importants. Victime de harcèlement, elle a mis fin à ses jours il y a un an.

C’est une nouvelle qui a affligé les fans de K-pop à travers le monde entier. Il y a un an, la chanteuse Goo Hara a malheureusement mis fin à ses jours, chez elle, à Séoul. Un troisième suicide dans la pop coréenne, d’autant plus déchirant qu’il est tragiquement arrivé après celui de Jong-hyun et Sulli, deux autres artistes tout aussi regrettés.

Ce drame a mis en lumière la question du cyberharcèlement que subissent les célébrités en Corée du Sud, fléau qui peut devenir un motif de suicide. Acculée par un déversement quotidien de commentaires haineux de la part d’internautes sans scrupule, Goo Hara est tombée en dépression avant de mettre fin à ses jours.

Il est cependant regrettable que le nom de Goo Hara soit uniquement associé à sa fin tragique. Elle était membre du girls band Kara, qui s’est placé au sommet des charts coréens à la fin des années 2000, et qui a grandement contribué à l’expansion de la K-pop à l’étranger. On vous propose donc de découvrir la chanteuse Goo Hara et son groupe Kara, qui a fait briller la Corée pendant de longues années.

Un groupe phare dans l’histoire de la K-pop

C’est en 2008 que Hara, âgée alors de 17 ans, rejoint Kara, un girls band managé par le label DSP Entertainment. Le quintette, composé de Gyuri, Seung-yeon, Nicole, Jiyoung et Hara elle-même, rencontre un accueil très positif auprès du public coréen, notamment grâce à ses chansons mielleuses, à l’image des titres "Rock U" et "Pretty Girl".

Rapidement, le groupe gagne en popularité, notamment avec "Honey", son premier single à se hisser à la première place des charts. À une période où la concurrence entre les girls bands commence grandement à s’intensifier en Corée, Kara arrive à se faire une place de choix sur la scène musicale, et joue des coudes avec des mastodontes tels que Girls' Generation et Wonder Girls.

Tous les groupes de K-pop les plus importants ont un carton à leur CV, un classique qui a chamboulé le game. Celui de Kara arrive avec son deuxième album, Revolution, qui paraît en 2009. Le disque est porté par deux singles : "Wanna" et "Mister". Ce dernier titre devient rapidement un phénomène national.

S’il fallait faire un classement des chorégraphies les plus cultes de l’histoire de la K-pop, des années 1990 à nos jours, celle de "Mister" se retrouverait certainement sur le podium. Un déhanché souple et léger, que tout le monde s’amuse à imiter, et qui devient rapidement la marque de fabrique du groupe. Avec "Mister", Kara passe à un niveau supérieur : ce n’est désormais plus un groupe prometteur, mais bien un des girls bands coréens les plus populaires de sa génération.

Un groupe qui a contribué à l’expansion de la K-pop à l’étranger

À partir de là, Kara ne descendra plus du podium pendant une très longue période. Un exploit dans un pays où les groupes d’idols se comptent littéralement par dizaines. Le quintette devient ainsi une figure phare de la deuxième génération des artistes de K-pop, composée de groupes qui ont débuté dans la seconde moitié des années 2000.

Cette deuxième génération est fondatrice dans l’histoire de la K-pop. C’est celle qui a largement démocratisé et formalisé l’esthétique des idols, et qui a installé les grands labels dont la domination perdure jusqu’à aujourd’hui. C’est celle, enfin, qui a amorcé l’expansion de la pop coréenne à l’étranger. Les groupes de cette époque ont donc littéralement ouvert la voie à leurs successeurs, et les artistes qui ont eu le plus d’influence à ce moment-là sont aujourd’hui considérés comme cultes. Pour donner un exemple, on peut citer le groupe Big Bang, dont le leader est un certain G-Dragon.

Kara est certainement l’un des groupes qui représentent le mieux cette génération. Non seulement parce que le quintette rafle les premières places à chacune de ses sorties, mais surtout parce qu’il dégage un charme musical très naturel, typique de cette époque. Kara a expérimenté de nombreux concepts, interprété des titres pop à l’eau de rose et des chansons disco vibrantes, et n’a pourtant jamais perdu son identité.

L’autre gros point fort de Kara réside sûrement dans les productions elles-mêmes. Si le visuel est d’une importance primordiale dans l’univers de la K-pop, la qualité des chansons reste évidemment le critère nécessaire au succès d’un artiste. Et clairement, les chansons de Kara ont ce quelque chose qui donne une profondeur inattendue. Elles ont d’ailleurs, pour beaucoup, très bien vieilli, ce qui est loin d’être le cas de tous les titres coréens à succès de cette époque.  

On ne peut parler de la carrière de Kara sans évoquer son impact au Japon. Au début des années 2010, DSP décide d’exporter la carrière du groupe dans l’archipel nippon. Le quintette y rencontre un succès phénoménal, et les cinq membres deviennent littéralement les premières artistes coréennes à rencontrer un aussi gros succès au pays du Soleil-Levant. Pour donner une idée, Super Girl, leur deuxième album en japonais, paru en 2011, est certifié triple platine.

Après quelques pépins (membres qui quittent la formation, arrivée d’une nouvelle membre), Kara est dissous en 2016. Si, vers sa fin de vie, le groupe a quelque peu perdu de sa hype, il a toujours réussi à marquer la scène musicale coréenne et japonaise à chacune de ses sorties. Il faut savoir que l’espérance de vie d’un girls band de K-pop lambda est extrêmement limitée (environ cinq ans), et c’est donc en véritables vétérans que Goo Hara et les autres se retirent du devant de la scène. La nouvelle génération arrive, et elle sait qu’elle doit beaucoup à des groupes tels que Kara.

Une fin tragique

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Goo Hara a eu une carrière que les autres artistes de K-pop n’osent même pas espérer. Elle aurait pu suivre la voie de la plupart des idols à succès à la retraite, faire quelques apparitions à la télévision, jouer dans des films, sortir quelques projets qui, s’ils n’avaient peut-être pas provoqué l’effervescence des titres les plus connus de Kara, auraient rassemblé des millions de fans à travers le monde. Puis se faire oublier paisiblement, et mener une vie normale.

Cependant, le sort en a malheureusement décidé autrement. En effet, Goo Hara était devenue la cible d’insultes de la part d’internautes coréens… sans aucune raison. En effet, Internet, en Corée du Sud, est un lieu de non-droit, et les aigris ont décidé de déverser leur haine gratuite sur la chanteuse et la harcelaient de commentaires assassins sur son physique et sa vie privée.

En 2018, l’ex-petit ami de Goo Hara déclare que cette dernière l’a violenté. La chanteuse réplique en affirmant qu’elle n’a fait que se défendre contre celui qui l’avait frappée. Alors que l’enquête policière piétine, les commentaires ignobles à l’encontre de Hara décuplent en intensité. L’artiste est alors poussée à montrer des clichés de ses bleus pour se faire entendre.

Son ex-petit ami menace alors la chanteuse de diffuser des images de leurs rapports sexuels afin de ruiner sa carrière. Alors que la justice condamne tout de même le malfaiteur pour ses violences et son chantage sexuel, la sentence est dérisoire. De plus, de nombreux internautes redoublent de haine envers Hara, affirmant par exemple que si elle a pris des clichés dénudés, c’est uniquement parce qu’elle cherchait de l’attention.

Goo Hara amorce alors une macabre descente aux enfers et tombe en dépression. La chanteuse commence à montrer des signes d’appel à l’aide sur les réseaux sociaux. Elle publie notamment une photo sur Instagram, avec simplement l’inscription de l’équivalent coréen du mot "salut", un terme qui est donc utilisé à la fois pour dire bonjour… et au revoir. Mais ses "au secours" se transforment en autant de perches tendues aux internautes qui la criblent d’insultes.

En mai 2019, la jeune femme commet une première tentative de suicide. Alors qu’elle gît inconsciente dans son appartement, elle est heureusement retrouvée à temps et hospitalisée, ce qui lui sauve la vie. Après cet événement, Goo Hara affirme sur les réseaux sociaux sa volonté de vivre et de récupérer.

Le destin, ou plutôt les internautes s’acharnent encore et toujours, et les insultes ne cessent pas. En octobre 2019, Sulli, une autre artiste de K-pop et amie proche de Goo Hara, se suicide, ne pouvant plus supporter le cyberharcèlement dont elle était également victime. Hara, qui se trouve alors au Japon et ne peut pas assister aux funérailles de son amie, lui rend hommage lors d’un live Instagram où elle apparaît déchirée par les larmes. Elle promet alors publiquement à la défunte de continuer à vivre en sa mémoire.

Une promesse qu’elle n’a malheureusement pas pu tenir. Hara avait repris ses activités en tant qu’idol, notamment au Japon. Mais les internautes ne lui donnent pas de répit, et continuent vicieusement à la tourmenter de commentaires ignobles. Le 24 novembre 2019, la jeune femme est retrouvée sans vie dans son appartement à Séoul. La police conclut rapidement au suicide. Elle avait 28 ans.

Cette tragédie est devenue taboue parmi les fans de K-pop, et ces derniers évitent d’en parler sur Internet. Le suicide de Goo Hara a remis sur le tapis le problème du cyberharcèlement, criminel en Corée du Sud. La population coréenne, indignée, a réclamé que la loi devienne plus sévère envers les internautes qui se croient tout permis.

La mémoire de Goo Hara reste néanmoins présente parmi les fans de K-pop. Ces derniers savent bien combien ils lui doivent : si Kara n’avait pas existé, des groupes tels que Twice, Stray Kids, Ateez, Blackpink ou encore BTS connaîtraient-ils le même succès qu’aujourd’hui ? Certainement pas.

Il y a une chanson de Kara, qui n’est pas familière du grand public, mais que tous les fans connaissent. Elle s’appelle "Dear Kamilia", Kamilia étant le nom que se donnaient les fans du groupe. C’est donc un titre émouvant à travers lequel les membres de Kara s’adressent à leur public pour le remercier et lui rendre hommage. Le morceau parfait à écouter pour honorer la mémoire de Goo Hara.

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