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Pour les directeurs de la salle, "Génération Bataclan" c'est "à la limite de l'irrespect"

Dans un entretien au "Monde", Jules Frutos et Olivier Poubelle se livrent pour la première fois depuis les attentats du 13 novembre.

Bougies, souvenirs et écrits déposés en hommage aux victimes des attentats du vendredi 13 novembre (Colville-Andersen/Flickr)

Bougies, souvenirs et écrits déposés en hommage aux victimes des attentats du vendredi 13 novembre (Colville-Andersen/Flickr)

S'ils ont mis près de trois semaines à s'exprimer, c'est pour ne pas "ajouter à l'horreur". Les lecteurs du Monde peuvent aujourd'hui lire la première interview de Jules Frutos et Olivier Poubelle, co-directeurs du Bataclan et propriétaires de 30% du lieu détenu majoritairement par Lagardère, mercredi 2 décembre.

Ils y confient leur grande émotion et la culpabilité, forcément. Le fait que ce soit "un concert rock qui a été pris pour cible, pas un opéra". Ils abordent aussi la reconstruction après l'horreur, personnelle comme collective. Puis ils se projettent et évoquent l'avenir du Bataclan, confus, mais qu'ils souhaitent pouvoir réouvrir.

"Génération Bataclan, ça ne correspond à rien"

Les deux hommes justifient d'abord leur silence par un souci de pudeur, Jules Frutos estimant que "l'attentat a déjà été suffisamment transformé en spectacle". Ils reviennent sur leur perception de l'attaque qui a fait 90 morts et des centaines de blessés, et confient leur dégoût des symboles dont les médias ont à tout prix voulu étiqueter les victimes.

"Quand j'entends ici et là qu'une Génération Bataclan a été fauchée, ça ne correspond à rien. C'est même impudique, comme tout slogan dans ces moments-là [...] La seule chose à dire, c'est qu'une joie de vivre a été assassinée", témoigne Olivier Poubelle. Alors qu'il n'est pas le premier à s'offusquer de la formule, son associé ne peut être plus d'accord :

Génération Bataclan, c’est un copié-collé paresseux de la "Génération Charlie", un truc médiatique à la limite de l’irrespect qui, là encore, vise à transformer l’événement en spectacle.

Que "faire" du Bataclan ?

Alors que la réouverture de la salle avait été garantie dès le surlendemain des attaques par Dominique Revert, co-gérant de la salle, les deux directeurs de cette salle à "l'ADN rock" dans la capitale préfèrent se montrer prudents. Admettant qu'il est "trop tôt pour répondre précisément" de quoi "faire" du Bataclan, ils refusent de le transformer en "mausolée" ou en "lieu de pèlerinage" car ils sont "dans un besoin de vie".

Pourtant, Jules Frutos et Olivier Poubelle assurent vouloir "le rouvrir ensemble, avec l'équipe, qui souhaite aussi la reconstruction et dont aucun membre ne souhaite partir". Les deux propriétaires de salles espèrent même pouvoir tenir une date : "A la fin 2016". Après tout, selon Jules Frutos, "le meilleur hommage à rendre aux victimes, c'est que les salles rouvrent, proposent de la musique, et que le public revienne".

L'intégralité de l'entretien d'Olivier Poubelle et Jules Frutos est à lire sur Le Monde.fr.

Par Théo Chapuis, publié le 02/12/2015