©Julia Dubois

On a posé quelques questions à Geeeko, le plus cainri des rappeurs bruxellois

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir.

Bruxelles est quasiment devenue la capitale du rap francophone ces dernières années. Et dans la lignée des Hamza, Damso, Roméo Elvis, et autres Caballero & JeanJass, c’est toute une nouvelle génération de MC qui pointe le bout de son nez, plus talentueuse et prometteuse que jamais. Aujourd’hui, on vous présente Geeeko, un jeune rappeur en provenance de BX qui a tout pour en devenir l’une des principales figures dans les prochaines années.

Avec son univers sombre et torturé, l’artiste de 20 ans commence à s’imposer dans le paysage rap et attire déjà l’attention de plusieurs médias. Que ce soit avec son look qui n’est pas sans rappeler les mumble rappeurs d’Atlanta, ou avec ses sonorités cotonneuses et ses ambiances planantes, on pourrait facilement croire que le jeune homme nous vient tout droit de chez l’Oncle Sam. Entretien avec Geeeko, un nouvel espoir particulièrement prometteur du plat pays.

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Qui es-tu ?

C’est très scolaire tout ça [rires]. Geeeko, ou Jonathan Nezzi si vous voulez vraiment savoir.

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D’où viens-tu ?

Forest 1190, une des 19 communes de Bruxelles. 

Où et quand es-tu né ?

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Au Burundi, en 1999. J’ai passé sept ans au Rwanda, puis sept ans au Burkina Faso. J’ai baraudé ! Et à mes 14 ans, je suis venu rejoindre ma maman à Bruxelles.

Quand et comment est-ce que tu as commencé la musique ?

J’étais au bled, j’avais 13 ans. On a téléchargé Audacity, où on faisait nos premières ébauches de morceaux. C’était des sons d’amour, pour draguer des meufs [rires].

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Qu’est-ce que tu faisais avant la musique ?

J’ai étudié l’infographie.

© Julia Dubois

Quelles sont tes influences musicales ?

Beaucoup de rap US parce que c’est ce qu’on écoute avec mes DG en ville. Après, j’ai été bercé à la musique afro, comme Wizkid ou Davido. Sur la scène actuelle, j’aime beaucoup Burna Boy, SAINt JHN, Travis Scott. En France, musicalement, j’écoute Jok’air, LMB et Jo Bastard.

Comment as-tu été découvert ?

Bruxelles, c’est petit. J’allais dans plusieurs studios enregistrer mes sons, j’avais sorti deux clips, quelques freestyles et je faisais souvent des shows en ville. Le label Vangarde m’a contacté et on a beaucoup travaillé avant de sortir ces trois premiers morceaux. J’ai hâte de vous montrer la suite qu’on prépare, je suis en studio trois fois par semaine…

Comment tu décrirais ton univers artistique ? D’où vient cette dimension très sombre, assez présente dans ton œuvre ?

Je suis inspiré par ce que je vis. Comme toi. Parfois il pleut, parfois il y a du soleil. À Bruxelles, il pleut beaucoup [rires].

Pour toi, quelles sont les caractéristiques du rap belge qui peuvent expliquer son succès ? 

On n’a pas de complexe, on ne se cache pas. Bruxelles, c’est petit. On est vite en contact les uns avec les autres. Il n’y a pas de rivalités, on collabore et on se challenge les uns les autres. On se donne tous de la force. 

Est-ce que tu te considères comme un rappeur ou un chanteur ?

Je fais de la musique, comme je la conçois, comme je l’aime. C’est mieux de donner du relief, sinon on s’ennuie. Non ?

© Julia Dubois

Tu utilises beaucoup d’anglicismes dans tes paroles. Qu’est-ce que cela apporte à tes textes ?

J’écris comme je parle. Bruxelles, c’est la capitale de l’Europe. C’est super cosmopolite. Toutes les nationalités se côtoient. On a développé notre propre argot avec notre propre langage, et on adapte des mots de toutes les langues, on en crée… Je te parle nishen. 

Pourquoi ce choix d’un double clip pour tes deux premiers morceaux ("Fuckd Up" et "Fendi") ?

J’ai bossé tout l’été en studio. En septembre, il fallait faire un choix et au lieu d’envoyer un seul son, j’ai voulu en envoyer deux qui étaient complémentaires. On en a parlé avec mon réal (Johann Dorlipo), et il a proposé un truc incroyable. J’adore travailler avec lui, il arrive à sublimer ce que je souhaite transmettre dans ma musique.

Ton nouveau morceau "Lean" semble être une suite du premier clip.

C’est le troisième volet du triptyque. C’est la suite de la passion… Le bonheur qui devient douleur ("Fuckd Up"), l’amour qui se transforme en haine ("Fendi"), puis le regret ("Lean"). Pour l’anecdote ; après "Fendi", c’est le deuxième son qu’on a fait avec mon gars sûr, un des meilleurs producteurs de Belgique, Chuki Beats. On a une vraie alchimie, il comprend vraiment bien ma vibe.

Ton nouveau clip est d’ailleurs sous-titré en anglais. Tu souhaites donner une dimension internationale à ton projet à terme ?

Je peux viber autant sur du rap US, latino, italien, coréen… C’est une culture qui n’a pas de frontière. Il y a des Danois qui m’ont envoyé leur vidéo de gestuelle sur "Fendi", ça m’a fait plaisir.

Est-ce que t’as l’impression d’être un peu "un héritier du mumble rap" ?

C’est pas quelque chose de voulu mais sûrement une influence de la musique que j’écoute. Ma méthode s’apparente à de l’écriture spontanée, automatique. Cela veut dire qu’en deux heures, on compose la prod', j’élabore mes toplines et j’écris en fonction de mes moods. Comme un "cadavre exquis", ligne par ligne sans entraves de la raison. C’est rare qu’on revienne sur un son après, on perd l’énergie. 

©Julia Dubois

T’es signé sur quel label ?

Vangarde, label Bruxellois. Ils collaborent avec Columbia.

Selon toi, quels sont tes axes de progression ?

Je ne pense pas à ça. Je veux juste faire des sons et continuer à pouvoir les sortir. 

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter ta musique ?

En voiture ou chez soi. Parce que je veux faire ressentir quelque chose de personnel, que les gens puissent partager après entre eux.

Si tu devais convaincre les gens d’écouter ta musique, tu leur dirais quoi ?

"Quatre shawties, mon son dans la benz. Il reste une place, tu pull up ?"

Tes futurs projets ?

Continuer à sortir des morceaux. Peut-être une mixtape pour le printemps 2020 ? Qui sait…

Le mot de la fin ?

Faites attention à Bruxelles. Plus déter que jamais. Cracklean.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 13/11/2019

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