Ludo Larbodie, organisateur de Garorock : "Je prédis un retour du rock alternatif"

A l'aube du démarrage de la 19e édition de Garorock, le festival du Sud-Ouest se dévoile un peu plus dans une interview avec Ludo Labordie, son fondateur et organisateur. Entre alerte orange météo, retour du rock alternatif et sensations électroniques exotiques.

Un festival qui ensorcelle

Un festival qui ensorcelle

Si la Bretagne est de tradition le pays des festivals d'été, l'Aquitain Garorock n'en a rien à cogner. Organisé tous les ans depuis 1997 à Marmande, à une cinquantaine de kilomètres de Bordeaux, le festival s'impose aujourd'hui comme l'un des plus importants au sud de la Loire. Sis sur le site de la Plaine de la Filhole, l'événement rock du Sud-Ouest verra des artistes comme Angus & Julia Stone, A$AP Rocky, Archive, Run The Jewels, Die Antwoord et bien d'autres se relayer sous le soleil de fin juin. Et pas la moindre référence au cassoulet à l'horizon.

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Konbini partenaire de Garorock, c'était l'occasion d'en savoir un peu plus sur ce festival qui commence à en avoir sous le pied à l'aube de sa dix-neuvième édition – et qui n'a donc pas à rougir de ses concurrents de Bretagne comme d'ailleurs. On a posé quelques questions à Ludovic Larbodie, fondateur et organisateur du festival depuis ses débuts. Attention spoiler : il n'a pas la langue dans sa poche.

K | Comment est née l'idée de l'organisation d'un festival rock à Marmande, dans une zone de la France où les festivals de rock n'ont pas vraiment de présence historiquement ?

Ludovic Larbodie | C'est sûr qu'on est inspirés par des festivals tels que les Francofolies, les Vieilles Charrues, les Eurockéennes... Aussi, plus jeunes, on était de fervents habitués du festival Glastonbury en Angleterre. J'ai toujours aimé ça, les festivals. En 1994, je créais Travel Festival Service, une agence de voyages en bus pour sillonner la route des festivals d'été.

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Evidemment, l'organisation de Garorock ne s'est pas faite toute seule : nos responsables politiques n'étaient pas convaincus par la nécessité d'organiser un festival de rock parce que la culture, ici, c'est plutôt le rugby et les férias. Ça a été long, on s'est battus. Mais ça a payé parce que l'organisation d'un festival de musique est né ici d'un vrai besoin, il est d'utilité publique.

J'avais envie de voir Rage Against The Machine, Red Hot Chili Peppers, Nirvana, tous ces groupes que j'aimais, et je voulais les voir chez moi. Oui, au début du festival il y avait davantage de punk, de rock, de hip-hop, puis il s'est mis à y avoir de plus en plus d'electro...

Aujourd'hui, les grands festivals montrent une programmation toujours plus éclectique. Vous aussi d'ailleurs. A terme, vous n'avez pas peur d'y laisser votre identité ?

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Auparavant, on programmait par exemple beaucoup de rock alternatif. Aujourd'hui, ce genre de musique n'existe plus et les groupes engagés on les cherche, c'est catastrophique ! Après quelque chose n'a jamais changé : chaque année, depuis longtemps, on place au moins un groupe pop. Cette année, il y a donc bien un groupe de ce genre : Brigitte fera danser les élus, les Marmandais, les familles... Par contre, une artiste purement pop comme Christine and The Queens, ce n'est pas mon genre mais j'adore ça, c'est un vrai coup de cœur de programmation.

A voir : Vidéo : Christine and the Queens vue par Christine and the Queens

Après notre choix va avec la tendance : il faut remarquer que les musiciens ont aujourd'hui trop laissé leur musique aux maisons de disques, aux labels, aux directeurs artistiques, parce qu'être référencé par la Fnac c'est plus dur... Mais c'est clair, il y a aujourd'hui une uniformisation de la musique.

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C'est dangereux pour la musique ?

Oui et non. Déjà parce qu'il y a des sensations vraiment intéressantes en ce moment, comme A$AP Rocky ou Die Antwoord, mais aussi parce que c'est cyclique, tout ça. L'être humain se rebelle et il y aura forcément un retour aux sources, on reviendra aux bases.

Aujourd'hui on traverse une crise économique, je prédis un retour prochain du rock alternatif. D'ailleurs ça se sent : le rock revient par la petite porte et l'électro se fait de plus en plus vénère. C'est fini la période BB Brunes, Plasticines...

Programmation complète de Garorock 2015

Programmation complète de Garorock 2015

Vous avez changé de site en 2012, pourquoi ?

Nous avions de nouveaux partenaires et cherchions un espace en plein air et de plus grande envergure. Désormais, nous sommes installés sur la magnifique plaine de la Filhole. Il peut accueillir jusqu'à 50 000 personnes par jour. Auparavant, ce lieu était abandonné et il a nécessité des travaux d'aménagement mais il fait partie des plus beaux sites de festivals de France.

L'année dernière vous avez subi une alerte orange météo qui vous a contraint d'évacuer les festivaliers... Ça devait être un peu la panique, non ? 

Oui, alors même que la tempête n'a jamais eu lieu ! Elle est passée à 400 km de nous. Cette année nous serons mieux préparés avec des prévisions météo plus précises qui concerneront vraiment le site. Mais c'était dingue à gérer, c'était difficile de jongler entre les avis contradictoires de tous, les membres de l'organisation, le préfet... Le but c'est la sécurité.

Malgré tout, qu'il s'agisse des prestataires, des festivaliers, des artistes... ce genre d'événement ça met tout le monde mal à l'aise. Quand on a su, on a réuni tous les musiciens, puis tous les bénévoles en vue d'évacuer le camping. Le préfet et la police ont fait venir d'urgence une vingtaine de bus afin de préparer l'évacuation puis remplis avec les festivaliers, ils se sont dirigés vers un abri où on a installé une sono et où on leur a distribué des sandwiches pour bien les accueillir, quand même.

A peine une heure trente plus tard, le préfet me dit que la tempête est bel et bien passée à côté. Finalement, cette histoire a prouvé qu'on assurait niveau sécurité : on a évacué environ 15 000 personnes en une heure. C'est rassurant pour les gens, ils voient qu'on peut les accompagner de A à Z, quoi qu'il arrive.

Pour revenir à la programmation de cette année, peux-tu nous dire le groupe dont tu es le plus fier ?

Sans hésiter Buraka Som Sistema, un groupe portugais. Ça fait des années que je rêvais de les inviter mais c'était très compliqué, chez nous le genre de musique qu'ils pratiquent est quasiment inexistant. Ils étaient programmés hier l'année dernière mais avec l'alerte tempête, ils n'ont pas joué.

D'une manière générale, j'adore la musique électronique africaine, il y a tellement de bons artistes. Grâce à un groupe comme Die Antwoord, ça a tiré la scène vers le haut. Attendons la suite maintenant...

Garorock, c'est du 26 au 28 juin à Marmande, en Aquitaine (et on lui souhaite du grand soleil). Suivez l'événement sur son site Internet, sur Facebook et sur Twitter

Par Théo Chapuis, publié le 19/06/2015

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