AccueilMusique

De Big Sean à Eminem : on a classé les couplets de l'hymne "Friday Night Cypher"

Publié le

par Aurélien Chapuis

Ce nouvel hymne de Détroit croise 11 rappeurs pendant plus de 9 minutes d'anthologie. On a classé les couplets pour vous.

Big Sean invite énormément de beau monde sur son nouvel album Detroit 2. Mais le morceau qui fait le plus parler, très plébiscité sur Genius, c’est un mastodonte de 9 minutes et 28 secondes : "Friday Night Cypher".

Ce morceau, rendant hommage à la scène bouillonnante de la ville de Détroit, est totalement inédit dans sa structure et dans son casting. Son format est totalement mouvant avec des changements d’instru réguliers menés par Hit-Boy d’une main de maître, avec aussi des apparitions de Key Wane et Helluva Beats.

Ce dernier est un producteur très représentatif du style glacial et dur du rap de Détroit à l’heure actuelle. Son mélange avec les ouvrages plus clinquants de Hit-Boy offre un panorama super riche de cet univers très technique et exigeant du rap de Détroit.

Un passage plus classique au milieu du morceau reprend le sample du "We Gonna Make It" de Jadakiss et Styles P. de The Lox, produit par Alchemist. Cet instrumental iconique du rap sans concession aura d’ailleurs valu au producteur Alchemist une petite déconvenue, ayant vendu le même beat à Ras Kass à la même époque.

Surtout, ce freestyle géant commence et termine par un clin d’œil au "Grindin" de Clipse, un classique minimal et immuable sorti il y a maintenant 18 ans. "Friday Night Cypher" est déjà musicalement chargé de références fortes au rap de rue du début des années 2000, dont le rap actuel de Détroit est fortement imprégné.

L’autre point exceptionnel de ce morceau est donc le casting, avec pas moins de onze rappeurs tous originaires de Détroit. Et il mêle toutes les générations, des jeunes 42 Dugg ou Cash Kidd en passant par la très technique Kash Doll et le lancinant Boldy James pour finir sur les vétérans Royce Da 5'9" et surtout Eminem, le boss de fin de niveau.

Pour rentrer plus dans le détail de ce casting fou, voici un classement forcément subjectif de tous les artistes et couplets présents, permettant aussi une présentation succincte de ses rappeurs largement sous-estimés.

11 – Drego

Drego n’a pas trop le temps de s’exprimer sur son couplet, assurant un passe-passe avec Big Sean assez rapidement. Connu pour son duo avec Beno, il sert ici un peu de faire-valoir, même s’il représente une partie émergente du rap de Détroit. 

10 – Cash Kidd

Cash Kidd a une voix très enveloppante superbement mise en valeur sur son couplet. Il a même droit à un incroyable pont de plusieurs mesures qui appuie son côté cartoon violent. Son album No Socks est sorti au printemps 2020 et il contient ce style si particulier de rap un peu décalé dans son rythme, ponctué de basses étouffées totalement étranges.

9 – Tee Grizzley

Vétéran de la nouvelle scène de la ville, Tee Grizzley début le morceau avec une nonchalance violente comme à son habitude. Expressif et plein de réalité, son couplet est une ode à l’argot de Détroit comme à son phrasé le plus direct. Il assure une parfaite transition avec Kash Doll ensuite. Très solide, tout comme son dernier album The Smartest, sorti cet été.

8 – Kash Doll

Seule femme du casting, Kash Doll assure un couplet à la scie sauteuse, citant Pusha T et faisant plein de jeux de mots sur les lettres. Extrêmement précis et efficace, le style de Kash Doll n’en finit pas de surprendre. On l’avait d’ailleurs suggéré dans nos rappeuses à suivre en janvier 2019. "A-plus pussy worth a B."

7 – Big Sean

Big Sean s’offre forcément une place de choix au milieu du morceau avec plusieurs ruptures instrumentales. Son couplet est vraiment bien maîtrisé, montrant l’aptitude de Sean à sortir des moments forts et fédérateurs au milieu d’une assemblée de rappeurs aussi différents. Une belle performance.

6 – Boldy James

Autre vétéran de ce morceau, Boldy James reste dans sa zone de confort avec un beat proche du travail d’Alchemist, un de ses collaborateurs réguliers. C’est vraiment une superbe surprise de le retrouver parmi tous ses autres rappeurs et son style proche d’un Prodigy de Mobb Deep ou de la clique Griselda prend ici tout son sens. Son dernier album The Versace Tape est sorti cet été, justement sous la bannière exclusive de l’équipe de Conway et Westside Gunn. C’est le dernier de trois projets déjà sortis en 2020, une machine. 

5 – 42 Dugg

Chouchou de ces derniers mois, 42 Dugg est proche de Lil Baby et de la scène de Memphis, lui assurant un univers différent lancé par son sifflement incroyable à chaque apparition. Ce couplet ne fait pas exception sur une production taillée pour lui. Sûrement la prochaine star de Détroit qui assure ici son rôle. Son dernier album Young & Turnt 2 est une réussite totale.

4 – Payroll Giovanni

Payroll Giovanni est un précurseur de cette scène hardcore funky de Détroit, à la fois influencé par le son bounce de la Nouvelle-Orléans et le rap de maquereau d’Oakland. Sur son couplet, il charge un maximum de toute cette expérience. En plus, c’est le moment où les changements d’instru commencent, laissant une impression de versatilité simple et spontanée. Sûrement un des passages les plus impressionnants. Payroll est très productif et continue ses explorations avec le producteur Cardo ou avec un grand absent de ce freestyle : Peezy.

3 – Royce Da 5'9"

Le technicien à l’état pur. L’éternel second d’Eminem prouve encore une fois qu’il reste le plus sous-estimé de sa génération, à la manière d’un AZ pour Nas ou d’un Sauce Money pour Jay-Z. Son couplet est truffé d’un rap compliqué qui semble pourtant fluide et limpide. Un véritable tour de force qui annonce un final explosif. 

2 – Sada Baby

Le vrai boss de Détroit en ce moment. Technique dans le flow, le texte et l’interprétation, Sada Baby assure un couplet hors norme qui conclut la grosse vague de jeunes rappeurs. Son style unique le fait osciller entre un Gucci Mane et un DMX.

1 – Eminem

Pas la peine de résumer la carrière du boss de fin. Eminem reprend l’instrumental de départ avec la référence de Clipse pour en faire une piste d’atterrissage pour ses pirouettes techniques et sans fin. Bien sûr sans forcer, il reste le meilleur rappeur (objectivement), mais certaines phases sont parfois forcées et on se demande quand va se terminer le couplet. Mais Eminem reste toujours impressionnant et le voir au milieu de toute cette nouvelle scène électrique de Détroit ne le rend que meilleur.

À voir aussi sur konbini :