#Frenchmen 2018 : 7 Jaws va dévorer le rap game

Ils représentent la nouvelle vague du rap français. Freestyle, interview, photos : de leur style à leur flow, voici les FRENCHMEN, deuxième saison. Après PLK, qui a ouvert le cru 2018 en grande pompe, voici 7 Jaws, un new comer dont il faut bien retenir le nom. Le jeune rappeur à l’allure atypique a croqué la prod' de Seezy. Place à son interview tout droit venue de la Terre du Milieu.

Savoure, savoure, savoure, 7 Jaws "c’est du lourd comme Aznavour". Vous comprendrez en lisant l’interview, plus bas. 7 Jaws, est l’un des plus jeunes rappeurs du cru Frenchmen 2018. Si tu ne connais pas son nom, tu en entendras beaucoup parler dans les temps à venir. Et même dès maintenant : car c’est aujourd’hui que tout se joue pour le tatoué aux sept mâchoires, après avoir sorti un EP très prometteur en octobre dernier : Steam House. Ce gamin ira loin.

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-> #Frenchmen saison 2 : PLK, l’ours polak du rap français

Marqué sur le corps et d'apparence torturé dans l’esprit, c’est un 7 Jaws humble voire timide qui s’est présenté à moi, direction le studio. Une fois la prod' de Seezy – beatmaker exclusif de la saison 2 de Frenchmen – lancée, c’est une tout autre personne qui s’est éveillée, croquant à pleines dents les caméras. Les démons libérés, on s’est ensuite posés plus calmement pour un échange qui nous a emmenés en Terre du Milieu, avec Frodon, Kamelancien, Snoop Dogg et sa "Boss' Life", le chiffre 7 et une grande baraque du bonheur. À découvrir en dessous de ce freestyle endiablé :

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Salut 7 Jaws… Comment il faut prononcer ton nom ? "Sept" ou "Seven" Jaws ?

"Sept Jaws".

Où et quand es-tu né ?

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À Sarrebourg dans le 57, le 26 juin 1995.

Tu vis où actuellement ?

À Orly. Je suis arrivé à Paris il y a deux ans pour la musique, entre autres.

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Tu faisais quoi avant la musique ?

Je travaillais dans une casse. J’ai quitté tout ça pour me consacrer à mes centres d’intérêt. J’allais péter un plomb sinon. En arrivant à Paris, j’ai commencé des études dans l’animation 3D et la programmation. J’ai encore un an à faire avant d’avoir le diplôme. Je compte me servir de ce que j’ai appris, pour mettre ce côté créatif au service de ma musique dans mes clips.

Tu as des origines ?

Mon père est berbère, de Tizi Ouzou, et ma mère est polonaise.

Tu te souviens de la toute première fois où tu t’es mis à rapper ?

C’est chelou mais en gros [rires]… j’avais recopié un texte de Kamelancien.

"Le Charme de la tristesse" ?

C’était "Le Charme de la tristesse".

C’était sûr : tellement bien ce son !

Et j’ai changé son nom par mon blase, je faisais genre que j’avais écrit le texte [rires]. J’étais tout petit et c’était vraiment la première fois que je rappais. Ce texte était ouf.

"Savoure savoure savoure, Kamelancien c’est du lourd comme Aznavour"...

"J’ai tout niqué comme les généraux en Algérie, ouais la rue me kiffe elle m’appelle mon chéri. J’ai toujours pas d’femme j’fais l’amour à ma feuille"…

Ce texte, de A à Z, était incroyable.

Ah il était ouf, il était ouf [rires]… Après, j’ai signé quelques freestyles avec des potos, comme ça : tu grattes des textes et tu tombes amoureux progressivement. C’était il y a six ans.

Du coup, Kamelancien fait partie de tes influences ?

Forcément, oui, ce texte m’avait choqué. Il y avait aussi IAM, la base. La Scred à mort, Nessbeal, Youssoupha aussi, sa façon d’amener les punchlines, c’est hyper propre. Niro, j’ai saigné, SCH aussi. Je suis à fond dans la trap aujourd’hui, mais j’ai quand même gardé mes fondations. J’ai commencé à faire du son en mode rap "old school".

Plus rap français que rap US ?

En vrai, je kiffe trop la liberté des Cainris. J’aime leur côté décomplexé, mais je suis plus proche des rappeurs français dans le texte. En fait, je veux faire des bangers avec du rap français. Pour moi, le texte est primordial, mais je veux aussi m’amuser et bouger la tête. Je ne pourrais pas faire du rap en mode "tout va mal".

Comment s’est passée la naissance de ton premier EP, Nautilus, sorti en octobre 2017 ?

Nautilus, c’est un essai. En gros, je faisais du son, mais je m’interdisais de le prendre comme un projet sérieux. En allant à Tokyo, j’ai rencontré le photographe Nabile Quenum [décédé en janvier 2018] par hasard. On a bien sympathisé et c’est lui qui m’a motivé à me lancer. Je me suis dit que je ferais sept sons, en lien avec mon nom. Sept sons où je vais expérimenter pour voir dans quoi je m’exprime le mieux. C’est pour ça que mon dernier projet, Steam House [sorti en octobre 2018], est plus précis. Mon identité est plus claire.

On peut parler de la représentation du 7, un chiffre mystique.

Je suis un gars à fond dans les symboles. Je suis toqué par les chiffres, à la base, surtout avec le 3 et le 6. Genre, quand je me brosse les dents, je compte : "6x3, 6x3, 6x3…" Quand je ferme une porte aussi [rires]. Mais le 7, il y a toute une mythologie derrière. Le 7, c’est le côté divin, la perfection, les proportions aussi, le nombre d’or. J’aime cette idée qu’il y a un beau fondamental qui transcende et qui fait l’unanimité. D’ailleurs, je faisais des sept titres avant Kanye West [rires] !

Ce que j’aime aussi avec le 7, c’est que ce chiffre a une véritable histoire. Chez les Égyptiens, dans l’Islam aussi, il y a beaucoup de 7. Si les gens avant nous arrivaient à comprendre qu’il y avait un truc avec le chiffre 7, j’ai décidé d’y croire aussi.

Tu peux décrire Steam House en quelques mots ?

En gros, c’est la suite logique. C’est un peu l’affirmation de mon identité. Tu reconnais le son 7 Jaws, il y a des signatures et un univers. Vraiment ce que j’ai essayé de faire avec ce projet, c’est de faire passer des émotions directes, sans filtre, plus que des messages. Je veux faire ressentir toutes sortes d’émotions profondément, que ce soit de l’énergie, de la joie ou de la tristesse. Comme on dit : "L’art de cacher l’art."

Tu fais partie de cette génération de rappeurs à avoir émergé sur SoundCloud. Qu’est-ce que ça t’a apporté d’utiliser cette plateforme ?

Ça vient des Ricains. Du coup, comme je n’avais pas de clips, je me suis lancé comme ça parce que c’est dans la logique du temps. Mettre une photo sur YouTube, et un son, c’est pas ouf. SoundCloud, c’est un petit peu comme ton blog. J’aime bien ce côté un peu personnel, du genre mettre tes sons à n’importe quelle heure sans que personne ne t’attende. En vrai, j’ai eu quelques lectures et ça m’a permis de prendre confiance.

Tu te souviens du tout premier son que t’as sorti ?

Sur SoundCloud, le son s’appelait "José Aldo". J’étais visionnaire en vrai, c’était un truc emo rap/rock avec batterie et guitares, ça m’avait fait kiffer. Mais c’était plus un freestyle après la défaite de José Aldo face à McGregor en 2015. J’ai toujours aimé mélanger les genres – c’est devenu standard aujourd’hui, mais je cherche avant tout à être libre.

Qui est 7 Jaws en trois mots ?

Up, down et vite. Parce que ça passe vite de up à down.

Comment décrirais-tu ton rap en trois adjectifs ?

Direct, énergique et vrai.

Le morceau dont tu es le plus fier dans ta discographie ?

Celui que je n’ai pas encore fait.

Le clip phare de ta carrière ?

"Pourquoi je pense à la mort", c’est celui qui a le plus marché donc je pense que c’est celui qui m’a ouvert des portes.

Il y a des labels qui ont voulu te signer après ça ?

Oui, j’ai eu des propositions et on a eu des rendez-vous, donc c’est cool. Pour l’instant, je suis en indé, mais distribué chez Believe et en édition chez Sony. Pour le label, on verra suivant les résultats de Steam House, mais on prend notre temps.

La punchline qui te définit le mieux ?

Dans "Comme Si" de SCH : "Attends j’t’explique un truc : ma cigarette s’consume. 
Ça fait six ans qu’j’ai pas croisé le daron, toi, me dis pas qu’on s’voit plus."

L’album de ton adolescence ?

Miraculé de Niro, A7 de SCH même si c’est récent. Autrement, Long. Live. ASAP d’A$AP Rocky – et Odd Future, que j’ai beaucoup écouté aussi.

À quoi es-tu accro ?

Le son en permanence.

Ta plus grande peur ?

La peur d’avoir peur.

Ta couleur préférée ?

Le vert.

Si t’étais un animal ?

Un capucin [rires].

Si tu ne faisais pas de rap, tu aurais aimé faire quoi ?

Je serais ingé' son.

Une saison ?

L’hiver.

Si t’étais un personnage de fiction ?

Gon Freecss de Hunter x Hunter.

Si t’étais un film (ou le film que t’as le plus vu) ?

Le film que j’ai le plus vu… Le Seigneur des anneaux.

Ah trop bien, pareil.

La semaine dernière je me suis fait tous les Hobbit et tous les Seigneur des anneaux, je fais ça une fois par mois.

Haha chanmé.

Je connais par cœur… "Ne me prenez pas pour un magicien de pacotille !" [Rires.]

Classique de ouf !

Quand je mets le Seigneur des anneaux, je me sens encore plus chez moi que chez moi. C’est tellement cosy.

[Rires.]

Si t’étais une série ?

Ma famille d’abord.

Nickel. Un plat ?

Un grec.

Sauce ?

Sauce blanche.

Ah là on n’est pas pareil : samouraï pour moi. Ton mot préféré ?

"Lee" !

Ta vidéo YouTube favorite.

Il y a tellement de vidéos… [Il réfléchit pendant quelques secondes.] Je pense que c’est le clip… "Boss' Life" de Snoop Dogg.

Ah ouais trop bien… avec Nate Dogg là, autour de la table ?

Ouais, ouais, avec tous les Snoop Dogg, trop stylé. Cette vidéo est incroyable.

De ouf. Le son aussi était tellement lourd !

C’est fou.

Trop bien.

Ton plus grand rêve ?

Ah c’est dur ça… Ça fait un peu bisounours, mais avoir tous ceux que j’aime dans une grande maison et que tout le monde soit heureux, avec son intimité.

Si tu avais un super-pouvoir ?

100 % la téléportation, et voyager dans le temps. Comme ça, je peux te sortir les chiffres du Loto.

Tellement, comme dans Retour vers le futur. Ta plus grande qualité ?

Gentil.

Ton plus grand défaut ?

Gentil.

Ton premier tatouage ?

Je me suis tatoué à partir de 17 ans. Je te disais être à fond dans les symboles et ça se reflète dans tous mes tatouages. Plus je me tatoue, mieux je me sens dans ma peau.

Quels sont tes projets à venir ?

Après Steam House, on va travailler sur une mixtape. Mais avant ça, il y aura des sons qui sortiront hors projet. On va faire des sélections.

Comment te vois-tu dans 10 ans ?

Je me vois avoir réalisé mon rêve, être bien dans ma grande baraque. Ou peut-être chez Konbini pour parler d’un nouvel album !


Auteur et réalisateur du projet : Rachid Majdoub

Photos : Benjamin Marius Petit

Merci aux rappeurs qui ont bien voulu participer, et à leurs équipes. Merci à la prod' vidéo de Konbini, d’Adrian Platon à Simon Meheust en passant par Manuel Lormel, Paul Cattelat, Jérémy Casanova, Luca Thiebault, Mike Germain, Nicolas Juares et Rédouane Boujdi au montage. Merci à Jérémie Léger. Merci aux DA, Terence Mili et Arthur King. 

Par Rachid Majdoub, publié le 23/11/2018

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