©Instagram/French Montana

Comment French Montana aurait triché pour faire gonfler ses streams

Le rappeur américano-marocain est accusé d'avoir piraté des comptes Spotify pour augmenter ses chiffres sur cette plateforme.

L’achat de streams est encore une pratique taboue dans l’industrie musicale. Technique peu glorieuse, qui revient à tricher – disons-le clairement, elle est pourtant massivement utilisée aux quatre coins du monde. Notamment pour lancer les carrières de jeunes artistes prometteurs, qui ont parfois besoin d’un coup de pouce pour bénéficier d’un minimum de visibilité et ainsi intégrer les playlists des plateformes de streaming ou bien les tendances sur YouTube. Si le rendu est apprécié par les auditeurs, la carrière est lancée. Si la musique ne plaît toujours pas, elle retournera dans les limbes d’Internet – sauf si vous avez vraiment beaucoup d’argent à investir.

Ce que l’on sait moins, c’est que des artistes confirmés semblent également avoir parfois besoin de booster leurs chiffres. C’est le cas notamment de French Montana, une figure du rap américain depuis une dizaine d’années maintenant. Le rappeur est actuellement dans la tourmente et est soupçonné d’avoir recours à des achats de streams depuis quelques jours. Tout a commencé avec des explications sur Twitter de l’internaute @karlamagne, relayé en France par le spécialiste Mehdi Maïzi, entre autres.

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Dans ce thread, qu’il est bien entendu essentiel de lire en entier, on constate plusieurs anomalies quant aux chiffres d’un single de French Montana : "Writing on the Wall". Un morceau en compagnie de deux superstars, Post Malone et Cardi B, ainsi que le Jamaïcain Rvssian. Le titre est paru pour la première fois le 27 septembre dernier et avait pour but de promouvoir MONTANA, le troisième album studio du rappeur dévoilé, lui, le 8 décembre dernier.

Seulement voilà, malgré un casting clinquant, le morceau est un flop – à l’échelle des autres succès de French Montana. À sa sortie, le titre est resté cinq semaines dans le top 200 Spotify. Peu de gens écoutent et parlent de "Writing on the Wall", malgré les moyens déployés. Mais trois semaines après, la chanson rentre à nouveau dans le classement, et finit par connaître un pic de popularité sans précédent il y a quelques jours, durant les fêtes. Une trajectoire étonnante, qui serait possible si le morceau en question n’avait pas eu un impact aussi limité.

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Car comme le souligne l’internaute, du côté de l’équipe de l’artiste, on explique que le son a été plébiscité sur le réseau social Tik Tok, terrain de prédilection des plus jeunes auditeurs et consommateurs de musique. Mais comment matérialiser cette popularité naissante ? Quand on compare les chiffres d’Apple Music et Spotify au moment du pic, on se rend bien compte qu’il y a quelque chose qui cloche. "Writing on the Wall" pointait alors à la 21e place sur Spotify, après avoir gagné 27 nouvelles places, tandis que sur Apple Music le même morceau était 1 192e (!) et venait de perdre 105 places. Étonnant, n’est-ce pas ?

On peut alors établir deux hypothèses. Soit les utilisateurs de Tik Tok n’écoutent de la musique que sur Spotify et délaissent Apple Music, soit les équipes du rappeur ont estimé qu’acheter des streams sur Spotify est bien plus important qu’acheter ceux d’Apple Music (ou peut-être une question de budget, qui sait ?). Il est d’ailleurs bien plus probable que, selon les chiffres et les modes de consommation, les utilisateurs de Tik Tok aient regardé le clip sur YouTube.

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En regardant sur Twitter, on peut ainsi confirmer la deuxième théorie. De nombreux internautes y affirment que, durant la période en question, leur compte Spotify a été hacké et que pendant ce temps il jouait en boucle… "Writing on the Wall" de French Montana. Les utilisateurs décrivent tous le même processus, typique des pirates facturant des streams. De plus, les dates correspondent parfaitement au moment où le "tube" s’est élevé dans le classement de Spotify. Tous les éléments concordent.

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Une affaire passée inaperçue jusque-là. Mais 50 Cent a décidé de s’en mêler et de lancer un énième clash sur Instagram avec l’artiste en question, l’accusant d’acheter des streams. Ce à quoi French Montana a répondu : "Arrête d’acheter mes streams. Je fais des chiffres. Tu ne peux pas tricher… Comment tu peux te décrire comme étant un artiste et acheter mes streams pour salir ma réputation ?"

Une réponse assez hasardeuse, puisque French Montana admet à demi-mot que ces chiffres impressionnants proviennent de streams achetés et accuse 50 Cent dans un registre très "c’est celui qui dit qui est". D’autant plus que selon le classement spotifycharts.com, utilisant un algorithme qui détecte et exclut les faux streams, seules 751 000 écoutes sur les 1,7 million totales ont été comptabilisées le 3 janvier dernier. Un dernier élément particulièrement accablant. En attendant, "Writing on the Wall" a atteint les 73 millions de lectures sur Spotify et continue sa vie de tube fantôme sur la plateforme suédoise.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 06/01/2020

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