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On a suivi Fianso à Marsatac, pour son retour triomphal en festival

Publié le

par Jérémie Léger

(© Valentin Antonucci)

On est passés chez So' lors de notre virée marseillaise. Intenable, il nous a embarqués dans son premier festival post-Covid.

Fianso et Konbini, c’est une belle et longue histoire de partage. Forcément, quand on a su que le Directeur du rap français remontait pour la première fois sur scène en festival depuis la crise Covid, on s’est dit qu’on allait passer le voir. Mieux, qu’on allait le suivre au plus près dans les coulisses de son show.

Comme on pouvait s’en douter, il s’en est passé des choses pour le rappeur du 93 depuis la sortie de son album La Direction le 21 mai dernier. Trois mois se sont écoulés, et si Fianso va bien, il ne s’est pas vraiment reposé : "Je suis heureux et je vais super bien ! J’étais en tournage tout l’été sur des séries du coup, j’ai dû décliner tous les festivals qu’on m’a proposés. J’ai fait quelques showcases, mais c’est tout. Mon vrai retour sur scène, ma première grosse date, c’est ici !"

Kenem, Fianso & Zeguerre | Affranchis Music (© Rachid Majdoub pour Konbini)

Avant le show, la pression monte

Ici ? Mais où donc ? Au Festival Marsatac de Marseille, là où se rassemblaient entre autres PLK, Soso Maness, Alonzo, Naps et Fianso. Quelques heures après ses balances, ce dernier nous a donné rendez-vous dans sa loge, histoire de prendre la température avant le début du show. Première chose déjà, il est resté ébahi devant la beauté du lieu où le festival avait lieu, le Parc Borély : "La chaleur marseillaise, le cadre, tout ça c’est incroyable ! Le château en fond derrière la scène, c’est fulgurant. Ça va être le feu, surtout que les showcases, c’était que l’échauffement. Là, ça va être différent, Marseille, c’est bouillant, et jouer devant une jauge à 5 000 personnes, ça met forcément plus de pression".

Ce soir-là, la pression est d’autant plus grande pour Fianso que son père et son frère, alors en vacances à Marseille, ont fait le déplacement pour le voir sur scène. Une pression supplémentaire certes, mais surtout un grand plaisir du maître de cérémonie  : "Je les ai ramenés dans tellement de problèmes étant plus jeune alors partager ça avec eux, c’est juste unique. Je suis trop heureux de leur offrir ça car je ne les emmène pas souvent en concert avec moi. C’est extraordinaire d’avoir mon père qui me regarde fièrement, c’est un moment de kiffe indescriptible qui vaut plus que tout l’argent du monde". Un sentiment partagé par son paternel : "J’écoute beaucoup sa musique et c’est forcément une fierté de le voir réunir autant de personnes. Sa réussite, c’est la fierté d’un père et ces moments magiques qu’on partage deviennent des souvenirs de famille", confie-t-il des étoiles plein les yeux.

La joie est encore perceptible quelques minutes avant de monter sur scène, lorsque Fianso est rejoint par ses potes marseillais Sat et Alonzo, venus lui donner de la force avant son show : "On est là pour donner de la force au frérot, c’est juste normal" dit Alonzo. Mais l’heure n’est plus aux étreintes. Poussé par les siens, il est bientôt temps pour Fianso de monter sur scène : "Ce soir je vais les bouffer, j’ai la dalle ! Je suis en mode guerrier, un chevalier conquérant prêt à tout niquer".

Fianso entre en scène

Arrivé sur le coin de la scène, l’émotion est palpable, mais oubliez les rituels d’artistes qui se mettent en cercle en équipe, en mode focus avant de démarrer le concert. Fianso n’a pas le temps pour ça : "En général, je ne calcule pas trop et je me jette dans le truc sans réfléchir. J’essaye juste d’assumer sans me prendre la tête. Mon but, c’est d’être à la hauteur de ce qu’on attend de moi, de passer un bon moment avec les gens et de les faire kiffer. Bon après, je te mentirai si je te disais qu’il n’y avait pas de stress. Le premier titre passe et après on est à l’aise".

À quelques secondes du début des hostilités, on imagine déjà l’artiste entrer en fanfare sur "Zidane" comme dans le clip éponyme. Normal, c’est l’intro de son dernier album et on est à Marseille après tout non ? Ce à quoi l’intéressé nous répondra : "Entrer sur Zidane à Marseille ? J’ai pas eu le culot, j’ai pas osé !"

Ça ne fait rien puisque son opening est encore mieux trouvée : histoire de frapper fort d’entrée de jeu, le boss de 93 Empire a lancé son concert avec son dernier tube "Attrape-moi si tu peux", devant un public en feu et impatient de l’accueillir. Signe que le single a cartonné dans les charts, les 5 000 fans présents reprennent déjà les paroles a cappella, sous le regard médusé d’un Sofiane, visiblement heureux de retrouver son public.

Après quoi, les classiques et les bangers s’enchaînent à une vitesse effrénée : "Mon P’tit Loup", "Toka", "Longue Vie", "Tout le monde s’en fout", "Lundi", "American Airlines", "Case Départ", "Nouveau Parrain", "Windsor"… Dans les anciens comme dans les nouveaux titres, aucun n’est oublié et Sofiane a pu distribuer des coups de tête à un public qui n’attendait que de se faire Ich-Ich-iser. Si SCH, Ninho, Soolking, Heuss L’Enfoiré ou Hornet La Frappe n’avaient pas fait le déplacement pour interpréter leurs couplets, Fianso n’est pas venu seul. Il a pu compter sur ses artistes ZeGuerre et Kenem pour lui prêter main-forte et en a aussi profité pour faire une petite passe à un artiste marseillais, histoire de faire honneur à sa ville d’accueil.

Les titres se suivent avec puissance et cohérence, mais Fianso, rattrapé par le chrono, n’a malheureusement pas le temps de terminer son set et six morceaux manqueront à l’appel. Il faut dire qu’entre ses morceaux, ses interactions avec le public, ses vannes, ses interludes à base de "Ish Ish", ses chorées et ses élans rock’n’roll lorsqu’il fait scander "We Will Rock You" de Queen à son public, le temps défile. Fianso le sait, avec une carrière comme la sienne et des hits à la pelle, une heure de show, aussi intense soit-elle, c’est court. Trop court…

Mais rassurez-vous, cette coupure nette en plein milieu d’un refrain n’a rien enlevé à l’enthousiasme du rappeur. De retour en loge et la voix cassée après son show, il s’exclame : "C’était de la bombe atomique, j’ai kiffé de fou et j’ai eu droit à un accueil de malade ! Le public connaissait les chansons par cœur, les nouveaux titres, les anciens titres, tout ! Y’avait des enfants, des vieux, des gros, des moches, des beaux, des belles, des petits… Y’avait de tout, j’ai tout vu et ils m’ont donné plein d’amour ! Les gens étaient là, on aurait dit qu’il y a jamais eu le Covid. Ça déchire !" Concernant sa performance perso, l’artiste était plutôt satisfait : "J’ai donné le maximum, j’ai transpiré de tout mon corps, j’ai ouvert ma scène à des jeunes artistes, on s’est régalé, on a partagé ce moment… La charte de Fianso a été respectée".

Kenem, Fianso & Zeguerre | Affranchis Music (© Rachid Majdoub pour Konbini)

Quelle direction ensuite ?

Sorti de scène comme un roi victorieux et à peine remis de ses émotions qu’il est déjà temps pour Fianso de repartir au charbon : "Je viens de terminer le tournage d’une série qui s’appelle Hors-Saison pour Gaumont et France Télévisions. Entre-temps, j’ai démarré la préparation pour un autre film qui se tournera en octobre. Je vais aussi profiter de la rentrée pour balancer quelques clips et j’ai accepté une lecture de Pierre et le loup à l’Opéra de Lyon, qui aura aussi lieu en octobre."

Côté musique, même combat, ses ambitions sont clairement établies et il est hors de question pour l’artiste de se reposer : "Il y a une expression anglaise qui dit 'More of the same', plus de la même chose. Musicalement, c’est ça que je veux. Je veux faire plus de hits, plus d’or, plus de platine et surtout plus de concerts. Pour moi, c’est ça la meilleure partie". Et ça tombe bien puisque après Marsatac, le rappeur donne rendez-vous à son public pour deux autres festivals, le Woodstower à Lyon le 29 août et la Fête de l’Humanité le 10 septembre. Avouez qu’après tout ça, ça donne envie d’y aller.

Propos recueillis avec Rachid Majdoub

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