Entretien : la révolution de Charles X

À la croisée des genres entre rap, R'n'B et soul, The Revolution... and the Day After est le premier album de Charles X. Un premier album mais aussi le début d'une mission : celle de changer le monde. Entretien avec un révolutionnaire à la voix d'or.

Charles X © Jordan Beline

Charles X © Jordan Beline

Il est assez difficile de glaner des informations au sujet de Charles X. Sur Google, son nom est surtout celui d'un célèbre roi de France du XIXème siècle. Mais le Charles X auquel nous avons affaire est un jeune artiste américain de 24 ans dont le premier album, The Revolution... and the Day After, est un subtil mélange entre chant et rap, un sublime mariage entre la douceur de la soul et l'agressivité que peut parfois dégager le hip-hop.

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Il suffit d'écouter les 14 titres qui composent ce disque pour saisir toute la complexité et la grande maîtrise vocale de ce jeune homme : entre la langoureuse "The Letter" et la sombre "Headfukt", Dales Anthony Doss (de son vrai nom) brouille les pistes et nous convie à un véritable voyage émotionnel. Sans chercher à mettre de termes spécifiques sur sa création, l'intéressé la qualifie simplement de "musique qui vient de l'âme" :

Même quand je ne chante pas, cela provient toujours de mon âme. Donc c'est de la soul, de la musique de la paix et de l'amour. La raison pour laquelle je fais ce métier, c'est parce que je sens que les gens ne mettent pas vraiment tout leur cœur dedans.

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Représentant de la Black Music

Novice au sein de cette immensité qu'est l'industrie musicale, Charles X est souvent comparé à d'autres chanteurs, d'autres rappeurs à l'instar de D'Angelo, Miguel, Q-Tip ou encore Frank Ocean. Des artistes noirs pour la majorité, dont il accepte la comparaison avec plaisir.

Pourtant, le jeune homme ne se revendique d'aucun chanteur ou rappeur de cette génération. Ceux dont ils s'inspirent au quotidien sont souvent morts, et ils souhaitent visiblement les faire renaître de leurs cendres. Charles X rêve en effet de perpétuer l'héritage de James Brown, de Michael Jackson, de Nina Simone ou encore de Sly and The Family Stone. Uniquement des chanteurs noirs, donc ?

Mais je suis noir baby (rires) ! [...] En vérité, je trouve qu'il n'y a pas assez de représentants pour les artistes noirs. Je veux que les gens sachent que l'on peut réussir et avoir une afro [...]

On nous répète à longueur de journées que nous sommes tous égaux ; mais les discriminations persistent malgré tout. Pourquoi vouloir mettre les niggas à terre alors qu'on sait tous que ce sont eux qui courent le plus vite, qui chantent le mieux et qui ont les plus gros sexes (rires) ?! Je suis désolé, mais c'est la vérité !

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Il nuancera tout de même ses propos au cours de notre discussion : "Vous savez j'aime aussi beaucoup Robert Plant de Led Zeppelin. Et je pense pouvoir être le sixième Beatles. Le noir manquant, du coup (rires)."

De Los Angeles à Bordeaux

Né à Los Angeles, capitale du rap west-coast, Dales Anthony Doss écrit ses premières rimes à l'âge de 11 ans, influencé par un Will Smith encore rappeur. "C'est bizarre hein ? Ouais je sais, mais j'adorais ce mec !" explique-t-il en riant, presque nostalgique.

C'est sa rencontre outre-atlantique avec le producteur bordelais Redrum en 2013 qui le met sur la voie de The Revolution... and the Day After. Ensemble, ils composent d'abord "Sweet Carolina" ("un titre qui fut comme une révélation"), avant de donner naissance à plus d'une soixantaine de morceaux, dont 14 ont servi à nourrir ce premier album.

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S'il est originaire de Californie, Charles X explique pourtant ne pas se sentir tout à fait à l'aise chez lui. "Ma ville est assez fermée d'esprit, confie-t-il. Si tu ne fais pas du Drake ou du Lil Wayne et que tu ne rentres pas dans le moule... c'est compliqué." Mais qu'importe, notre artiste a une mission qui va bien au-delà des frontières de la cité californienne. "Quand j'ai enregistré mon premier morceau à 12 ans, dans le studio de mon cousin à Long Beach, je voulais être célèbre, se souvient-il. Aujourd'hui, je veux changer le monde."

Charles X ou Malcolm X ?

Charles X est un personnage joyeux, dont les éclats de rire bercent notre interview. Longiligne et tatoué, il ne cesse d'exprimer son amour pour la musique de façon plus que spontanée : il n'hésite pas à s'interrompre lorsque "ABC" des Jackson 5 passe sur les ondes, "histoire d'accompagner Mike", ou à nous chanter un titre de son album accompagné de son piano – qui ressemble plus à un jouet qu'à un clavier professionnel, "mais c'est tout ce que mon manager a pu m'envoyer pour le moment", se justifie l'artiste en riant, une fois encore.

Surtout, Charles X a la conviction d'un prêcheur, et les rêves d'un combattant. Lorsqu'il parle, on l'écoute, emporté, et lorsqu'il rêve, on se prend à rêver avec lui. Parmi la multitude de sujets que nous abordons au cours de cet entretien de près d'une heure, c'est sa puissante volonté pour un monde meilleur qui ressortira. Son vœu le plus cher, c'est d'adoucir cette société par la musique, comme d'autres ont essayé avant lui :

Je fais de la musique car Bob Marley et John Lennon sont morts pour une raison. Les gens se sont rendus compte qu'on n'avait pas besoin de soulever des armées ou de multiplier les lavages de cerveau pour faire bouger les choses. Non, on a juste besoin de musique et d'amour, et c'est ce dont ils ont peur ! Ils ont peur qu'un autre chante la révolution, une révolution pacifique.

Si son nom fait référence à "Charles X des X-men ou au -x du mot sexe", il fait aussi et surtout penser à Malcolm X. Car, comme l'activiste américain assassiné en 1965, Charles X semble paré à révolutionner le monde, le rendre plus beau. Preuve en est, cette réponse lorsqu'on lui demande s'il se considère plutôt comme un chanteur, un rappeur ou un soulman :

Je ne suis rien de tout cela. Je suis un révolutionnaire dissimulé sous l'apparence d'un artiste. Je suis comme un espion dont la couverture est la chanson. C'est pour cela que je traverse le monde pour faire des concerts : cela me permet de rencontrer des gens, et de leur parler de ma mission secrète.

Charles X

Charles X, le révolutionnaire © Jordan Beline

"Je suis prêt à mourir pour ça"

Le titre de ce premier album, The Revolution... and the Day After, aurait d'ailleurs dû nous mettre la puce à l'oreille :

Ce titre parle de l'unification et de l'élévation d'un peuple. Ma vie est superbe en ce moment, être à Paris avec vous, faire de la musique... ok, très bien. Mais là d'où je viens, j'ai vu des choses qui me font dire que le monde ne tourne pas rond. Et je crois qu'un jour, les gens se lèveront tous ensemble et que l'on dansera tous autour d'un feu, en fumant de la weed, avec un bon repas. Ce serait parfait (rires) ! [...]

On m'a dit que j'étais un putain de hippie. Ouais, c'est vrai. Et alors ? Pourquoi devrais-je plutôt être une personne du système ? Je n'ai rien contre l'argent à condition que tout le monde en ait, or ce n'est pas le cas et c'est inacceptable. Et ça me fait chier maintenant car je suis musicien, et j'ai ce que je veux. Mais je suis un pauvre gamin de Los Angeles, et quand je constate qu'aujourd'hui je peux avoir tout ça... pourquoi ce ne serait pas le cas de tout le monde ? [...] J'aimerais être la bande originale du jour de la révolution, ce serait cool (rires). Je suis prêt à mourir pour ça.

En attendant de révolutionner le monde, Charles X poursuit sa route à travers l'Europe, où il se produit quasi chaque soir sur scène. Avant qu'il ne s'en retourne dans sa ville natale, peut-être aurez-vous l'occasion de le croiser. Juste le temps qu'il vous transporte avec sa voix d'or, et vous susurre quelques mots à l'oreille au sujet de sa mission secrète.

L'album The Revolution... and the Day After est disponible sur iTunes. Charles X se produira à Paris le 9 mai prochain au Café A et le 10 juillet au Pan Piper. Plus d'infos sur sa page Facebook.

Par Naomi Clément, publié le 06/05/2015

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