Crédit : ANDRÉ MOORE

Entretien : Nolan The Ninja, grand espoir hip-hop made in Détroit

Nolan The Ninja fait partie de cette nouvelle génération de MC qui promet de faire briller Détroit sur la carte du hip-hop dans les années à venir.

(© André Moore) 

Posons les bases d’entrée de jeu : non, le rap de Détroit ne se résume pas qu’à Eminem, Big Sean, Royce Da 5'9" et J Dilla. Loin de là. Bien que cette scène reste relativement underground comparée à celles de Los Angeles, New York, Chicago et Atlanta, elle regorge de pépites aussi brillantes qu’insoupçonnées.

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Dans le cadre d'un projet de résidence d'auteurs monté par le collectif En duplex, en partenariat avec Hostel Detroit, nous avons rencontré Nolan The Ninja., l'un des rookies prometteurs born and raised à Detroit. Né en 1992 et ayant grandi avec sa mère sur Schoolcraft Avenue, il est bercé très jeune au hip-hop et au rap. Sa came ? Jay-Z, Biggie, Nas, le Wu-Tang Clan ou encore Redman.

Bref, la crème de la crème du hip-hop new-yorkais des années 1990. Une vibe qu’il découvre grâce à son cousin, lui-même amoureux de cette musique. Une fois le virus du rap en lui, celui-ci ne le quittera plus jamais. "J’aime la musique, mais cet amour éternel a commencé avec le hip-hop", confie-t-il.

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C’est à treize ans qu’il décide de vraiment s’y mettre. Il commence à gratter ses premiers textes et à enregistrer des maquettes pour ses potes. Il est désireux de faire ses preuves : sa plume et sa manière de poser laissent apparaître une fougue sans faille et un sens de l’honneur à toute épreuve. Des valeurs qui, encore aujourd’hui, font partie intégrante de son univers musical. Il suffit de l’écouter rapper pour s’en rendre compte : "Je voulais être rappeur, je voulais tout mettre en œuvre pour y parvenir et toucher mes rêves."

Loin d’en être à son coup d’essai, l’artiste de 26 ans signé sur le label Left of Center a déjà deux galettes à son actif, dont la dernière en date, YEN, remonte à 2017. La première fois qu’on le découvre, c’est en 2016 avec l’album He(art), un skeud venu poser les fondations d’un rap brut, puissant et technique.

Fort d’un flow rageur, Nolan The Ninja se démarque également de par sa plume aiguisée. Bien décidé à mettre les paroles au premier plan, il est vite adoubé par d’éminents artistes de Détroit comme Phat Kat, Supa Emcee ou encore Guilty Simpson, avec lesquels il collabore. Premier test réussi. Nolan The Ninja est définitivement un rookie sur lequel il faudra compter.

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Cerise sur le gâteau, dans son irrésistible ascension, l'artiste a aussi adopté la french touch. En effet, il pose sur les douze morceaux de The Great Red Spot, un projet porté par le trio de beatmakers français de renom, Jupiter A.K.A. (Kyo Itachi, Astronote et Azaia Ndo). Une connexion efficace dans la pure tradition boom bap.

"Je ne cherche pas faire des morceaux juste catchy, je veux mettre ma musique au service de mes rimes. Selon moi, c’est plus fort de se démarquer avec sa force verbale et sa technique", conclut-il.

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Rappeur, mais aussi producteur

Très vite après avoir écrit ses premiers morceaux, il se rend compte que son intérêt pour le rap ne se limite pas qu’à enchaîner les rimes percutantes. En 2011, juste avant d’entrer dans sa seconde année de lycée, il décide de passer derrière les machines et d’enfiler, en plus, la casquette de producteur. L’art de façonner des beats, il l’apprend avec l’un de ses proches amis, Ashton Woods, lui-même producteur et qui, voyant l’entrain du jeune Ninja, ne tardera pas à l’initier.

"Je suis parti de rien. Personne dans ma famille ne faisait de la musique, j’ai dû tout apprendre par moi-même, mais Woods m’a été d’une aide précieuse quand j’ai commencé. Il m’a appris à hacher des instrumentales, y ajouter des grosses caisses et des caisses claires pour en faire quelque chose d’audible. Après, je me suis perfectionné avec des batteries, des boucles et des basses. J’ai vite saisi les rouages de la production grâce à lui."

Ainsi, le rappeur produira la quasi-intégralité de chacun de ses albums. Il suffit d’écouter : son style de prédilection, c’est le boom bap. Rien d’étonnant quand on sait que le bonhomme a fait son éducation hip-hop principalement à New York. Il n’empêche qu’au fil des projets, il n’a cessé d’évoluer, et n’arrêtera sans doute jamais d’avancer.

"Quand j’ai débarqué avec He(Art), beaucoup de gens m’ont mis une étiquette de rappeur 'puriste' de par mes influences boom bap venues de New York, mais moi, je voulais juste faire du bon hip-hop. Quelque chose de rafraîchissant. Du coup, avec l’album suivant, YEN, j’ai voulu montrer une facette différente de moi et rappeler que je venais bien de Détroit.

C’est pour ça que je suis allé plus loin dans mes ambiances et dans l’élaboration de mes prods. Peu importe tant que je pouvais rapper. Entre l’enregistrement du premier album et la sortie du deuxième, il s’est passé trois ans, je vous laisse imaginer l’évolution que ces années représentent pour un artiste."

Exit The Ninja, bonjour NOLAN

Dans sa logique d’évolution perpétuelle, Nolan semble aujourd’hui avoir trouvé une nouvelle maturité. Sa devise, c’est justement "Progression, évolution et apprentissage". Au point même qu’à l’aube de la sortie de son troisième opus, il a pris la décision de changer de nom. Le Ninja aux connotations adolescentes est éclipsé pour ne laisser place qu’à NOLAN, l’homme sans artifice.

"Je veux simplement que ma musique reflète mon évolution et ma personnalité de la meilleure façon possible, ça commence par m’adresser à ceux qui m’écoutent par mon simple nom. Cela dit, si vous voulez toujours m’appeler Nolan The Ninja, je n’ai aucun problème avec ça. Il fera toujours partie de moi, mais NOLAN sera encore meilleur. C’est promis !"

(© André Moore)

En plus d’avoir grandi en tant qu’homme, Nolan semble tout aussi prêt à franchir un nouveau palier dans sa carrière artistique. Enfermé dans son studio dans le centre-ville de la Motor City, le MC se considère actuellement dans une phase expérimentale. Au sujet de son évolution musicale, il explique :

"Je n’ai pas envie de rester éternellement dans ma zone de confort. Je veux tester des choses nouvelles et apprendre des autres. C’est d’ailleurs pour ça qu’en ce moment, j’écoute beaucoup de sons différents et pas seulement du hip-hop. C’est important de mûrir avec son art.

Si je fais la même chose pendant des années, je vais stagner. Or, je veux viser haut avec ma musique. Par exemple, je voudrais faire un album de jazz des années 1950 et un album de R&B. C’est sur ma liste de choses à faire. Je veux explorer différents sons.

Pour mon prochain album, j’ai voulu laisser libre cours à ma créativité. Je fais toujours du hip-hop, mais j’essaie de faire quelque chose de plus propre, de transparent. Il y a de l’humour, des morceaux chill, d’autres plus organiques. Je chante même parfois alors que j’ai habitué le public à rapper fort.

Je ne cherche pas nécessairement à être le prochain MC de Détroit à percer, je veux juste offrir à ceux qui m’écoutent une expérience géniale qu’ils voudront revivre encore et encore. Avec ce disque, les gens comprendront vraiment NOLAN. À 26 ans, j’entre dans la deuxième phase de ma vie. Il est temps pour moi d’appliquer tout ce que j’ai appris."

La première pièce de cette nouvelle vague est d’ailleurs fraîchement sortie du studio. Il s'agit de "NUMB", un titre sur lequel l’artiste se laisse aller à quelques prouesses au 808, une première dans sa jeune carrière. Comme prévu, sa hargne habituelle semble avoir laissé place à un flow plus chill, à l’image de la production chiadée du titre.

Dans l’attente de la troisième livraison du rappeur prévue pour ces prochains mois, vous voilà prévenus : la machine de guerre créative NOLAN est en marche, prête à tout emporter sur son passage.

Par Jérémie Léger, publié le 22/08/2018

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