Féminisme, autodérision, Childish Gambino : on a discuté avec Juicy, le duo qui porte le r’n’b belge

Composé de Julie Rens et Sasha Vovk, le binôme précise aujourd’hui l’univers visuel de son premier EP Cast A Spell en offrant, en avant-première pour Konbini, le clip ensorcelant de "For Hands On Ass". L’occasion de leur poser quelques questions.

Nous vous parlions déjà de Juicy en mars dernier. À l’époque, ce binôme bruxellois, qui s’était fait connaître quelques temps plus tôt pour ses reprises de morceaux r’n’b issus des années 1990 et 2000, venait tout juste de dévoiler Cast A Spell : un premier EP prometteur, grâce auquel ces deux amies imposaient leur musique ensorcelante, féministe, et pleine d’humour sur le devant de la scène belge. "C’est important pour nous de faire de la musique qui permet d’aborder des sujets très sérieux avec un ton moins sérieux", nous expliqueront-elles.

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Quatre mois après cette sortie, remarquée par plusieurs médias français, Julie Rens et Sasha Vovk dévoilent à présent le clip de "For Hands On Ass", la dernière piste de Cast A Spell. Réalisée par Francis Diamant, cette vidéo nous plonge dans un univers inquiétant et mystique, qui rappelle sous certains aspects celui exploré par Hayao Miyazaki dans Princesse Mononoké, et via lequel les deux artistes dénoncent un peu plus les comportements sexistes découlant de nos sociétés machistes. Une musique forte et engagée, que Juicy retrace pour nous.

"Parfois, on qualifie notre musique de 'trap love'"

Konbini | Pour mieux comprendre votre musique, j’aimerais retourner à la genèse de Juicy. Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique ensemble ?

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Sasha Vovk | Quand on s’est rencontrées au conservatoire de Bruxelles, on est tout de suite devenues copines et on a commencé à chanter ensemble dans des projets gospel, soul et jazz. Mais le projet Juicy, lui, est né un peu par hasard. Il y a trois ans, un pote nous a demandé de faire une petite intervention musicale pour une exposition qui avait pour thème l’inconfort. Du coup, avec Julie, on cherchait une idée, et… on a décidé de reprendre des textes bien sexistes et misogynes [rires] ! Des textes issus des nineties et des années 2000 notamment, comme ceux de 50 Cent par exemple.

Ces reprises vous ont permis de faire passer un message féministe fort, que l’on retrouve aujourd’hui au cœur de votre premier projet Cast A Spell, mais aussi d’imposer votre propre style musical. Comment le décririez-vous ?

Sasha Vovk | La musique que l’on fait aujourd’hui est effectivement assez imprégnée de ces reprises r’n’b et hip-hop qu’on a faites à nos débuts, mais on essaie aussi d’y ajouter plein d’autres influences, avec plein d’instruments différents… On qualifie souvent notre musique de r’n’b, mais à mon sens c’est surtout un gros mélange. En fait, on ne sait pas trop comment décrire notre style musical ! Enfin si, parfois on appelle ça du "trap love" [rires].

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Julie Rens | Ouais, on a vraiment envie que notre musique reflète toute la richesse de nos influences. C’est pour ça qu’on peut y trouver des moments de musique classique, mais aussi des moments jazz, et puis hip-hop… on a envie que tout ce qui nous a bercées se ressente.

"On aime quand les artistes prennent leurs couilles en main"

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Comment vous écrivez ensemble, et qu’est-ce qui vous inspire pour écrire votre musique ?

Sasha Vovk | On écrit vraiment tout à deux, et c’est toujours très fluide. En général, on part sur une base mélodique, harmonique, ou bien sur une idée de concept qui va nous aider à écrire. Par exemple, sur notre EP Cast A Spell, on avait envie de parler de la femme et de sa position dans la société, une thématique qui était en lien avec toutes les reprises que l’on avait faites jusqu’ici. C’est pour ça que le concept de femme-objet est au cœur de ce premier projet, c’est un concept tiré de tous ces textes hyper macho qu’on a repris au début de Juicy.

Pour les prochains EP ou albums à venir, on a envie d’ouvrir un peu plus les thématiques, tout en gardant une forme d’engagement, qui est très importante pour nous. C’est essentiel pour nous que le morceau se termine et que les gens aient compris de quoi on parlait. Là par exemple, on a écrit un morceau sur un politicien belge qu’on méprise très fort… donc ça peut partir dans tous les sens, on n’est pas du tout cantonnées à un seul type de sujet.

L’humour est aussi très présent sur votre premier EP…

Sasha Vovk | Oui ! L’idée de ce premier projet, au-delà du fait de nous présenter et d’exposer notre engagement qu’on peut qualifier de féministe, c’est l’humour et l’autodérision. C’est important pour nous de faire de la musique qui permet d’aborder des sujets très sérieux avec un ton moins sérieux, plus drôle.

Julie Rens | Mais on n’a pas envie d’être violentes non plus. D’ailleurs, je trouve que les Américains sont plutôt forts à ce jeu, comme Childish Gambino et son clip "This is America", qui est à la fois drôle et violent.

Sasha Vovk | Ouais, on aime quand les artistes prennent leurs couilles en main [rires] !

"Pour chaque main posée sur un cul sans consentement, on jette un sort"

Vous dévoilez aujourd’hui le clip de "For Hands On Ass", dernière piste de votre EP Cast A Spell. Comment est né ce morceau ?

Julie Rens | On a écrit ce morceau très rapidement, en une journée. Je me souviens : on rajoutait des couches et des couches de claviers en sautillant partout parce qu’on était super excitées par cette chanson, qui est beaucoup plus sombre et plus intense que le reste de l’EP. Mais "For Hands On Ass" s’inscrit dans la même thématique que le reste de Cast A Spell, c’est-à-dire les femmes. C’est pour ça qu’on a décidé d’incarner des sortes de sorcières vengeresses : pour chaque main posée sur un cul sans consentement, on jette un sort !
 
Je trouve qu’il y a quelque chose d’assez mystique et ensorcelant dans votre musique, qui se précise davantage ici avec "For Hands on Ass"…
 
Sasha Vovk | Oui, c’est vraiment le titre le plus dark de l’EP, et c’est une direction qu’on veut pouvoir prendre sur nos prochaines sorties. C’est le clip et le morceau le plus sérieux qu’on ait sorti, on aime le contraste avec les autres.

Je crois savoir que vous travaillez beaucoup en ce moment… C’est quoi la suite pour vous ?

Julie Rens | Oui, effectivement, on écrit beaucoup ! On est parties en Espagne pour faire quelques concerts récemment, et on en a profité pour faire une résidence d’écriture. On a vraiment envie d’avoir plein de matière là, de créer. On va repartir quelques semaines en France cet été pour écrire à nouveau, après nos festivals… Et puis on espère sortir un nouvel EP début 2019. Affaire à suivre !

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Par Naomi Clément, publié le 09/07/2018

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