AccueilMusique

Rap, Afrique du Sud et 90's : bienvenue dans l'univers excentrique de Gnucci

Publié le

par Naomi Clément

Rap puissant, tenues déjantées et clips léchés, Gnucci surprend par son univers excentrique. À l'occasion de sa tournée française, nous nous sommes entretenus avec la jeune femme. Entre Afrique du Sud, P. Diddy et estime de soi, elle nous plonge dans un monde singulier, où l'entertainment est roi.

Gnucci © <a href="http://www.irika.se/" target="_blank">Irika</a>

De son enfance, Gnucci n'en retient que les meilleures choses : "La maison de mes grands-parents, qui se situait dans le petit village de Gunja, en Croatie ; le bruit des poulets, les arbres auxquels je grimpais, le goût des fleurs de sureau et l'odeur du crottin de cheval." Née Ana Rab, Gnucci voit le jour en plein cœur de l'ex-Yougoslavie, qu'elle est rapidement contrainte de fuir à cause de la guerre, pour se réfugier avec sa famille en Suède. Un pays qui l'a de longues années accueillie, et dans lequel elle n'a cessé de chérir ses amis, sa famille, "ainsi que le Wi-Fi et le skagenröra" (un plat typiquement suédois à base de crevettes).

Tout au long de notre entretien, Gnucci se livre, sincère et piquante, à l'image de sa musique et de ses clips. Depuis 2012, elle dévoile un univers singulier, un rap tabassant bercé de diverses influences et soutenu par de lourdes productions électroniques. "Je décrirais ma musique comme du rap sur des beats dance, c'est la façon la plus simple pour la qualifier. Mais j'espère surtout que les gens l'écouteront, sans chercher à y coller une étiquette."

De la Suède à l'Afrique du Sud

Après une adolescence tranquille, Gnucci quitte sa Suède chérie à l'âge de 19 ans pour atterrir à Londres, sans doute à la recherche de paillettes et de longues nuits de fête. C'est dans la ville anglaise qu'elle fait une rencontre décisive, aussi bien pour sa vie professionnelle que personnelle : un soir, au sortir d'un club, elle partage un taxi avec l'artiste sud-africain Spoek Mathambo. Depuis, les deux ne se sont jamais quittés, et sont même devenus mari et femme. "Il est mon mentor et mon thérapeute. And he's aaaaaaaall mine !" tient-elle a préciser.

Si Gnucci puise son inspiration aux quatre coins de la planète et du corps humain, "des centres commerciaux jusqu'aux toilettes, de l'Éthiopie à l'Angleterre, depuis mon cœur jusqu'à mes pieds", elle avoue toutefois avoir un faible pour la terre natale de son conjoint :

Mon mari et sa famille sont sud-africains, donc je vis là-bas une partie de l'année. L'Afrique du Sud possède le meilleure house music du monde, et les univers de l'art et de la mode sont juste un niveau au-dessus, donc c'est difficile de ne pas apprécier cette culture. Quand je ne m'y trouve pas physiquement, je passe mon temps sur le site de Miss Milli B, la page YouTube de V.I.N.T.A.G.E CRU, l'Instagram de Trevor Stuurman et le SoundCloud d'Aero Manyelo.

"Je me sentais comme P. Diddy aux MTV VMA"

Largement influencée par la scène sud-africaine donc, Gnucci dévoilait le 25 mars dernier son tout premier EP "Psychohappy", sur lequel on trouvait entre autres "Goodah". Un titre sorti en 2012, qui propulse alors l'artiste bien au-delà des frontières suédoises. Produit par Emir Youthman Kobilic, "Goodah" a d'ailleurs été nominé au P3 Gurl, une cérémonie suédoise et danoise qui vise à récompenser les meilleurs morceaux de l'année.

La chanteuse se souvient :

Je ne m'y attendais pas, mais j'espérais quand même car je me considère avant tout comme une entertainer, je veux faire en sorte que les gens se sentent bien. Le temps d'une chanson, d'une nuit, d'une minute. Je veux juste voir des personnes en accord avec elles-mêmes, et si je peux participer à cela, alors je me sentirai plus que fière.

Le plus important concernant cette nomination au P3 Gurl, c'est que j'ai produit et chorégraphié une performance à cette soirée, et que je l'ai tu-ée ! Je me sentais comme P. Diddy aux MTV VMA en 2002.

"Les clips étaient mes meilleurs amis"

L'univers artistique de Gnucci est aussi caractérisé par des clips à l'esthétique très marquée. De "Finders Keepers" à "A.Rab" en passant par "Work" (dont le réalisateur, Roxy Farhat, décrocha le titre de Best Editor au Berlin Music Video Awards en 2014), la chanteuse semble être inflexible quant à l'impact visuel qu'auront ses vidéos. Et quand on lui demande à quel point celles-ci sont importantes pour elle, Gnucci se révèle plus qu'enthousiaste :

ÉNORMÉMENT ! J'adore les clips, j'ai grandi avec eux, ils étaient mes meilleurs amis quand j'étais gosse. J'ai des visions pour chacune de mes chansons, pas nécessairement pour toute la durée du morceau, mais je vois des couleurs, des ambiances, des environnements... C'est génial d'être capable de traduire des sons en images. Je pense que ça crée un petit monde dans lequel les gens peuvent s'immerger trois minutes.

Gnucci marque aussi nos esprits par son apparence. Look 90's dans "Finders Keepers", infinies tresses et tenues futuristes dans "A.Rab", la jeune femme fait rarement dans la sobriété, et considère son apparence comme nécessaire à son rôle d'entertainer : "Comme je disais, je me vois comme une entertainer, donc j'aime que mon look soit divertissant sans pour autant qu'il prenne le pas sur ma performance. Je ne mets jamais de vêtements dans lesquels je ne peux danser et bouger."

Et d'ajouter :

Pour le stylisme, je travaille avec l'être humain le plus génial qui soit : Linn Marcusson. Sans elle, je serais bien plus chiante dans mes vidéos...

Girl Power

Toujours franche, passant rarement par quatre chemins, Gnucci défend fièrement le combat féministe. Sur scène comme dans ses vidéos, elle est constamment entourée d'une horde de filles débordantes d'énergie, comme prêtes à en découdre avec quiconque viendrait les contrarier. "J'adore et je vis à travers le girl power, explique-t-elle. Je me considère totalement comme une féministe."

Mais le combat de Gnucci ne s'arrête pas seulement aux femmes. Avec sa musique et son univers, elle désire passer un message important sur l'estime de soi, nous mettant en garde contre une partie de l'industrie de l'entertainment qui ne nous voudrait pas que du bien :

Je veux encourager les gens à se sentir en harmonie avec eux-mêmes, surtout les jeunes filles. Ça paraît facile comme ça, mais s'aimer soi-même est quelque chose de vraiment compliqué ! Je citerais à ce sujet l'une de mes rappeuses préférées, Junglepussy : "It's a full time job fucking loving yourself" ["C'est un putain de job à temps plein que de s'aimer soi-même", nldr]

Il existe un vrai business qui fait de l'argent sur le dos des gens qui se détestent, qui ont peu d'estime pour eux-mêmes. Choisissez donc bien votre entertainment, soyez sûrs qu'ils vous valorisent. Vous le méritez.

Plus d'informations sur les dates de la tournée française de Gnucci au mois d'avril sur sa page Facebook.