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Entretien avec Dehmo : son retour volcanique après la MZ

Publié le

par Marjorie Raynaud

Igniseum

Après la séparation de la MZ, l’artiste se lance en solo et prépare un projet prévu pour fin juin. Ce n’est pas sans nostalgie qu’il poursuit sa route, mais il compte bien remettre les compteurs à zéro. Rencontre avec Dehmo, un artiste doté d’un flow de kicker.

© Igniseum

Installé confortablement sur le canapé de chez Believe, Dehmo se met à l’aise : pieds sur la table, mains derrière la tête. L’artiste n’a pas de mal à assimiler l’expression "fais comme chez toi", il la vit. Avant de commencer l’interview, il prend son Snap et commence une dédicace : "ouais ouais ouais, c’est Dehmo de la MZ." Il l’interrompt et explose de rire, se rappelant juste que maintenant c’était "Dehmo solo".
"Dans la MZ j’étais celui qui n’arrivait pas à se mettre en avant. Je ne veux plus être dans l’ombre. Ce projet est une réelle introspection", lance Dehmo. Au moins, le ton est donné. Un premier projet solo prévu pour fin juin, un premier extrait le 19 mai. Une chose est sûre : Dehmo compte bien passer de l’ombre à la lumière. S’il est encore trop tôt pour dévoiler de quelle nature est ce projet, ce qui est certain, c’est que le jeune artiste compte taper fort et montrer qui il est vraiment. Tout doucement, l’ex-membre de la MZ reprend du terrain et a sorti une série de freestyles afin de faire patienter ses followers. Après ses trois titres "Désolé", "Crimes" et "Make-up", Dehmo a fait profiter de son premier freestyle "La passe D", tourné dans son quartier natal, Chevaleret. "La passe D", pour passe décisive au football. Dehmo le sait : sa carrière prend un tournant, et il ne faut pas louper le virage. Le second freestyle s’intitule "J’fais ça bien", et montre encore une fois son quotidien dans le treizième arrondissement de Paris.

Sa volonté de quitter le quartier pour mieux le retrouver

Avec ses "streetclips", Dehmo, de son vrai nom Mohamed, a voulu aller à l’encontre des idées reçues sur les banlieues : "Les gens s’imaginent que ça deale, et ça se bat tout le temps. Alors qu’en fait on est posés, tranquillement, on discute et on chill." S’il ne se plaint pas d’avoir grandi dans la street, il regrette toutefois que personne ne l’ait tiré vers le haut. "Mais la rue, pour réussir, il faut la quitter", intervient-il. Grandir, évoluer, entreprendre des choses, c’est tout ce qu’il souhaite. Pouvoir aimer la banlieue sans y être prisonnier. Quand il pense aux petits du quartier, à l’énergie débordante, il sourit.

"Ils sont dingues. Ils me font mourir de rire. On voit qu’ils sont heureux et qu’ils ne sont pas bêtes. Ce qui est dommage, c’est que la société t’amène à penser que si tu es mauvais à l’école, tu n’arriveras à rien, alors que c’est faux. Il faut juste que tu trouves ta voie."

Nostalgie et regrets face à la MZ

C’est dans cette même rue, au pied de ces mêmes immeubles que Dehmo a fait la rencontre de ceux qui ont constitué la Mafia Zeutrei. Ils étaient dix, à partager la même passion pour la musique et à vivre des galères similaires. Le collectif MZ se mue en véritable groupe autour du trio Hache-P, Jok’air et Dehmo. En 2011, ils sortent leur première mixtape puis enchaînent avec deux autres. C’est la consécration avec les albums "Affaire de Famille" et "La Dictature", certifiés disques d’or. Il y a quelques mois, alors qu’un album du groupe était attendu pour février 2017, les trois artistes annoncent leur séparation. Les raisons divergent : Jok’air dit avoir perdu des amis, remplacés par de simples collaborateurs, Dehmo dénonce une malhonnêteté de la part de Davidson, parti avec Jok’air. Quant à Hache-P, il a préféré ne pas s’exprimer.

Avant de mettre fin à leur collaboration, les trois artistes avaient déjà commencé à travailler sur des projets solo. Dehmo a donc dû agir différemment, faire de la musique de façon autonome. Dans son titre "Désolé", l’artiste ne cache pas son amertume et fait un clin d’œil à la MZ, autrefois considérée comme sa famille : "Je vous dis à tout à l’heure, la MZ à jamais." Pour la première fois, il ne parle plus avec rancœur mais affiche sa déception :

"Honnêtement, c’est dommage. Une embrouille entre potes a pris énormément d’ampleur parce qu’entre nous, il y a le rap. Malgré tout, on se souhaite que du bien, mais je suis aussi désolé pour tous les fans qui comptaient sur notre collectif."


Pour lui, sans leur public, la MZ n’aurait pas pu aller aussi loin. "La MZ, on l’a fait ensemble", affirme-t-il avant de s’interroger : "Si ça se trouve, on aurait pu tout exploser, dépasser toutes les limites. On a travaillé 10 ans pour cela." Le trio bénéficiait d’un réel soutien auprès de ses followers. Sans radios, sans promo, sans ventes faramineuses, ils faisaient salle comble à chaque date. Et c’est vraiment pour eux, ceux qui chantaient "Toi sur moi" à tue-tête ou qui se retrouvaient sur "Embrasse-moi", qu’il se dit navré.
Si aujourd’hui le collectif est brisé, ils l’ont pourtant préservé de longues années : "La MZ a été ma plus longue relation, on ne voulait même pas faire de feats au début tellement on était bien." Encore aujourd’hui, Dehmo a toujours les CD du trio qu’il écoute parfois avec une pointe de nostalgie pour se rappeler que quand même, "ils étaient chauds !" Au grand regret de certains, il certifie que la MZ ne se reformera pas, en affirmant une nouvelle fois sa volonté d’aller de l’avant.

Des collaborations tournées vers la Mafia Zeutrei

Si Dehmo n’a plus de contact avec Jok’air ou Davidson, il reste très proche des autres membres de la Mafia Zeutrei. Sur son projet articulé autour d’une quinzaine de titres, on le retrouvera aux côtés de Hache-P et Marlo. "Ces mecs-là font partie de ma vie, c’était inévitable qu’ils soient dessus", avoue-t-il. Autre collaboration prévue, pas surprenante non plus : un titre avec Niska. Est-ce qu’il laissera l’artiste apporter sa patte ? "Bien sûr, je ne conçois pas la musique autrement. Je le laisse s’exprimer librement." Pour résumer ce morceau, Dehmo tease et promet "de la putain de bonne musique", avec un grand sourire aux lèvres.

Sa difficulté à s’attacher et l’amour pour sa mère

Comme beaucoup d’artistes, l’amour est son thème de prédilection. Dans ses trois premiers titres, il évoque sa difficulté à s’attacher. Il se justifie par "une incapacité à faire deux choses à la fois". Sa priorité actuelle, c’est la musique et sa volonté de mener à bien son projet. Dehmo raconte, avec de l’autodérision et de l’humour, le désespoir des femmes face à son comportement :

"À chaque fois que je suis avec une fille, elle veut qu’on s’appelle tout le temps, qu’on se souhaite une bonne journée et une bonne nuit. Elle me demande ce que je fais. Mais on s’en fout. Je sais qu’elle n’a rien fait, moi je ne fais rien non plus, alors appelons-nous dans trois jours pour qu’on ait quelque chose à se dire !"

Si Mohamed prend le sujet à la rigolade, il existe pourtant une femme qu’il ne voudrait décevoir pour rien au monde. Cette femme, c’est sa maman. Il lui rend d’ailleurs hommage sur une de ses photos Instagram où il écrit : "Toute ma vie j’ai vu maman prier Dieu comme si elle parlait dans le vent…"
Lorsqu’il était petit, et qu’il rentrait à la maison avec des mauvaises notes ou avec une nouvelle bêtise à assumer, sa mère ne lui criait pas dessus. Elle priait. Elle faisait appel à Dieu pour que son fils devienne meilleur, même s’il était loin des grands voyous. "Petite bêtise, grande peine", ajoute Dehmo. "Il n’y a que quand t’es égoïste que tu ne vois pas que tu fais du mal, et souvent tu en fais à ceux qui t’aiment le plus", avoue-t-il. Aujourd’hui, il croit à une bonne étoile mais a surtout la volonté de rendre sa mère heureuse et d’agir en conséquence.

Pour conclure cette interview, Dehmo tient à partager le deuxième couplet de "Crimes" :

"J’suis désolé c’est dans la merde qu’on s’est fait pistonner, donc évidemment j’ai vu des potos disjoncter, ils ont voulu simplement voler ils se sont fait pigeonner, ils veulent plus faire l’amour mon bébé, ils veulent tout baiser."

"Pour l’interprétation, vous vous démerdez", lâche-t-il, avec un rire communicatif.

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