Entretien avec Heuss l’Enfoiré, rappeur de rue "en esprit"

On parle de rue, de variété française, de séries basées sur la réalité, de onze légendaire sur Fifa et même de courses hippiques lors de cette rencontre exclusive et détendue avec le rappeur de Villeneuve-la-Garenne.

"En esprit". Le premier album de Heuss l’Enfoiré est un bon résumé du personnage : un rappeur de rue qui aime les rencontres franches, les histoires vraies et les ambiances à l’ancienne. Poursuivi par les méchants comme il les appelle, Heuss est instinctif, utilise un vocabulaire qui lui est propre et décortique une galerie de personnages, de lieux uniques en leur genre. Juste avant le lancement du projet, Heuss vient nous voir pour son premier long entretien. Il nous prévient avec son bagou habituel : "Je fais pas ça moi d’habitude, je vous fais une fleur, c’est une première, hein." Discussion efficace autour d’un café avec Heuss, toujours entouré des esprits.

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Konbini | Dans ton premier freestyle "BXLand #1", tu dis : “Je vais tout casser même si je ne sais pas rapper.” Maintenant que tu sors ton premier album, est-ce que tu trouves toujours que tu ne sais pas rapper ? Ça veut dire quoi pour toi, “ne pas savoir rapper” ?

Heuss l’Enfoiré | Ahah nan, c’est pas que je ne sais pas rapper. C’est plutôt que je ne rappe pas comme tout le monde, c’est un délire à moi, un délire de rue. Je ne sais pas si ça va plaire, c’est pour ça que je dis que je ne “sais pas rapper”.

Alors que pour le coup, tu t’es justement fait connaître sur cette série BXLand avec une écriture assez technique, des placements différents. On dirait que t’es à mi-chemin entre un rap “à l’ancienne” et une attitude très moderne. Est-ce que t’as des inspirations ?

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Franchement, je vais te dire un truc : c’est même pas trop travaillé tout ça. Ça se fait vraiment comme ça, naturellement en vrai. Vas-y, mets l’instru et je rappe. Je pense que pour tous les rappeurs, c’est un peu la même chose mais certains sont dans la recherche de rythmiques particulières ou quoi. Moi je rappe comme ça me vient en fait, dans l’ambiance du moment, de l’inspiration. Tu bois un verre, t’écoutes l’instru deux ou trois fois, tu rigoles un peu et ça vient tout seul. C’est comme ça en vrai, soit tu l’as, soit tu ne l’as pas. Il y a des rappeurs qui s’exercent, ils rappent pendant 8 heures, tout ça. Moi, tu peux demander à mon gars Zeg P [ndlr : le réalisateur du disque], quand je viens et que je rappe, je fais ça "despee". Après j’ai aussi des sons plus travaillés sur l’album et là, vraiment on bosse ! On cherche les mélodies, les ponts, les trucs. Mais quand je fais un son rap, je ne travaille même pas, j’écris le texte, je rentre dedans.

À quel moment tu as senti que c’était le bon timing pour lancer cette fameuse série BXLand ?

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C’était une période tranquille où je traînais beaucoup avec mon pote Soolking. Il me disait : "Faut que tu fasses un truc, tu rappes bien.” En vrai, comme toujours, on s’est juste posé, on a fait le clip, sans trop y penser et voilà ! Déjà avant mon passage dans "Le Cercle", j’avais 100 000 vues, c’était énorme pour moi ! Je rappais déjà depuis longtemps, un peu dans mon coin, mes vidéos faisaient 20 000, 30 000 vues comme beaucoup de très bons rappeurs actuels pas connus. J’étais comme eux. Ils sont super forts et ça ne perce pas. Et là, petite force de Soolking, "passe dé" de Sofiane et voilà quoi. Ils me font des passes, j’ai mis des buts. De toute façon, moi on me fait des passes, je mets des buts. Là, on a fait passe, passe, passe, but, but, but. Voilà à force de mettre des buts, hey ça va (rires).

C’est vraiment ce côté instinctif qui marque le public au départ, je pense. Il y a ton passage dans "Le Cercle" bien sûr mais personnellement, ce qui m’a vraiment marqué c’est tous tes passages chez "Planète Rap", toujours légendaires.

Ah ouais on ne rigole pas quand on va là-bas, nous. [rires]

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À chaque fois, tu mets des buts avec des exclusivités, ce côté très live et un rap qu’on pourrait qualifier de “au kilomètre”, sans réel début, ni fin…

[Il coupe] Sans refrain, mais oui ! Je n’aime pas trop les refrains à la base. Après je parle avec Zeg-P, Fianso, ils me disent, faut faire des refrains na na na [rires]. Donc je m’adapte. Mais je suis un mec sans refrain, moi. Franchement si ça ne tenait qu’à moi, l’album il n’y aurait pas de refrain [rires]. Ça va, pas de refrain, on va tout droit ! Mais ça devient long après.

Là sur ton album, En Esprit, il y a beaucoup d’ambiances différentes, des morceaux assez loin des BX Land, tu as mis pas mal de refrains pour le coup. [rires]

Bien sûr, j’ai varié. Tu sais, j’écoute beaucoup de musiques différentes, j’aime bien quand ça chante. Le rap, c’est bien mais avec modération. Un mec qui écoute du rap toute la journée, il va péter les plombs. Moi je suis très varié, j’écoute la radio, Chante France, Nostalgie, Générations, Skyrock… Je mixe.

Ouais, j’ai vu que tu faisais pas mal de références à la chanson ou à la variété comme Joe Dassin ou "Joe Le Taxi" même. [rires]

Ouais, je kiffe de ouf, ça me régale. Ça passe bien, ça change un peu du rap aussi. Parce que le rap en vrai, c’est trop de violence sur la violence. Ça va ! Dès fois, il fait chaud, on est bien, on est en terrasse, il n’y a pas de violence [rires]. Tout se passe bien et à ce moment-là, je ne me vois pas écouter du rap. Pour moi, le rap c’est vraiment pas pour toutes les heures de la journée, impossible ah ah.

Tu penses que c’est le fait d’être très éclectique dans tes goûts musicaux qui t’emmène vers des ovnis presque électro comme “Khapta” ou “Aristocrate” ?

Exactement ! C’est l’envie de changer, faire du neuf.

Comment avez-vous réalisé ces morceaux ?

Bah déjà, on les a faits avec le sourire, en rigolant. On s’est bien amusés. Quand tu fais un morceau en t’amusant, en vrai c’est toujours bon, positif. Avec Fianso sur “Khapta”, c’était vraiment des barres, bonne équipe, tout le monde est bien. Après on l’a fait comme ça, tu vois. Faut tester maintenant, faut essayer plusieurs choses ! Je ne vais pas te faire un album où il n’y a que du rap, c’est trop long. Maintenant, je mets des refrains et je teste des trucs [rires].

Toutes les collaborations sur l’album, on a l’impression que c’est ça, que des amis avec une bonne ambiance communicative. Soolking, Vald, Fianso…

C’est que du feeling comme on dit dans le milieu [sourire]. Que des mecs bien, on s’est vus, on a rigolé.

Il y a aussi un morceau avec Koba. Il a un peu le même parcours que toi avec une arrivée brutale sur ses freestyles Ténébreux, un rap proche de la rue et un album où il teste pas mal de choses.

Ouais Koba, de la bombe aussi. Il rappe bien, il a vraiment son truc, sa signature vocale.

Tu te sens proche de cette nouvelle génération ?

Bien sûr ! Même s’il est un peu plus jeune, on s’est vraiment bien entendus, il est arrivé un peu en même temps que moi. C’est bien aussi de collaborer avec des nouvelles têtes qui viennent d’arriver. Et même, c’était un bon feeling, je ne te mens pas. C’était pas du travail. On ne travaille pas, nous. [rires] Notre génération, elle ne travaille pas, elle rigole. Et en rigolant, on fait du travail. Après tu te mets à vraiment travailler, mais toujours en rigolant, t’as capté ? [rires]

Dans toutes ces connexions, il y en a une que j’ai vraiment aimée, c’est encore dans un "Planète Rap", celui de JuL qui représente vraiment ce truc de feeling dont tu me parles, sans calcul et toujours naturel. Comment tu t’es retrouvé là ?

Par contre là, JuL, c’est vraiment la rue. C’est un pote à moi qui s’appelle Billy qui habitait à Asnières vers 2013-2014. Il connaissait bien mon gars qu’on nomme le F, donc on discute un peu, on rigole. Billy, son pote, c’est JuL. Donc quand je commence vraiment à sortir des trucs, du rap en 2017, Billy se rappelle de moi, il en parle autour de lui et JuL écoute. Et là, il commence à en parler, à me faire des dédicaces à la radio. Et c’est JuL qui m’a appelé directement pour que je vienne à son "Planète Rap". Il m’a invité, on y est allés, c’est simple. Mais ça, c’est vraiment un truc de la rue, il n’y a pas de rap français ou je ne sais pas quoi. Ça s’est passé dans la rue, uniquement. Dédicace aux frérots d’Asnières qui nous ont contactés pour ça.

Perso, c’est une tendance que j’aime beaucoup dans le rap français en ce moment, le fait qu’il y ait de plus en plus de rappeurs qui sont dans le feeling, hyper naturels, comme toi, JuL, Kalash Criminel, je pense à Gradur aussi.

Ouais, c’est en direct de la rue tout ça. T’as raison, c’est de plus en plus libre. Même les connexions se font plus facilement, naturellement, uniquement entre esprits. Ça me paraît fou même que ça se fasse autrement, tu ne vas pas rapper avec un mec que t’aimes pas, nan ? [rires]

Est-ce que t’as un morceau préféré sur l’album ?

Ouais j’en ai un, j’ai mon morceau préféré.

Tu peux nous le dire ? [rires]

Ahah ouais, c’est le dernier, mon coup de cœur, “Léger”. C’est un morceau un peu plus personnel, je l’aime bien celui-là, je me livre un peu, elle passe bien celle-là.

C’est vrai qu’il y a pas mal de morceaux où tu es plus introspectif sur l’album comme “Anita” ou “Léger”, des morceaux plus durs à sortir, dont tu ne vas pas forcément vouloir parler…

Exactement. C’est une autre direction, je me délivre un peu.

Mon préféré de mon côté, je pense que ça reste “L’Enfoiré” où tu utilises la troisième personne pour raconter une histoire du point de vue d’un personnage. Alors l’enfoiré, est-ce que c’est toi ou pas ?

Ah, c’est crade un peu. Je ne peux pas dire que c’est moi, c’est plutôt un peu tout le monde. Le fait de parler à la troisième personne, ça permet d’être un peu plus cash.

Ça donne aussi un côté encore plus cinématographique.

Exactement. Ça m’est venu un peu comme ça. On est des mecs de rue, des mecs comme nous, il y en a 90 millions. Certains font ci, d’autres font ça. Là, c’est un mélange de tout le monde, tu vois. Mais c’est que de la réalité, hein. C’est des choses qu’on a vécues, vu de nos yeux, pas à la télé. C’est pas uniquement des trucs qu’on a faits, ça serait se vanter. Mais c’est les histoires de tout le monde. Tout le monde aujourd’hui a fait de la taule, c’est de la merde. Il n’y a pas à se vanter. Mais en vrai, je ne m’inspire pas de grand monde, ça reste un petit nombre de proches.

Tu t’inspires uniquement du réel ?

Je regarde pas mal de films, de séries mais je n’aime pas le retranscrire dans mes sons, ça ne m’inspire pas trop. Je n’invente rien, je ne parle pas de braquage de banque. C’est que du réel, que tout le monde peut faire j’ai envie de dire. Tu peux écouter tout ce que je dis dans l’album, il n’y a pas d’excès. Je pense que c’est aussi pour ça quelque part que les mecs de rue me reconnaissent un peu plus. Ils savent que je ne mens pas. Si on avait braqué des banques et qu’on avait pris un, deux, trois millions, on ne serait pas là en train de parler, c’est sérieux [rires].

Est-ce que tu peux me parler de Manny ?

Manny, c’est mon cousin. J’en parle souvent dans mes textes c’est vrai, j’ai même fait un morceau sur lui. Il a beaucoup contribué à l’album même s’il n’était pas là. On est quasi-frères, on est nés à un jour d’intervalle, on se ressemble. On a fait beaucoup de choses ensemble, passé beaucoup d’épreuves. Et lui, ce n’est pas un soldat par contre, il est au dessus. C’est une bonne "mula", Manny. C’est une source d’inspiration. Par contre, il n’est pas dans le rap tu vois, il est dans la vraie vie. Mais il a arrêté tout ça, il est avec nous maintenant. Il est sorti très récemment, on bosse ensemble, il est dans le projet Heuss l’Enfoiré.

Tu crois qu’il y a des gens qui pensent que tu parles de Manny, le poto de Tony Montana ?

Ouais bien sûr ! Il y a plein de gens de l’extérieur qui le pensent. Mais à force, ça rentre. Et je vais le dire encore plein de fois, “Mon cousin Manny” donc ça va rentrer pour de bon [rires].

Je trouve aussi qu’il y a un côté un peu à l’ancienne dans tes expressions, ton écriture, pas si loin du titi parisien. Il y a un lieu qui revient souvent dans tes textes et tes clips, c’est le côté bistrot PMU. Je crois d’ailleurs que tu dois être le premier rappeur français à citer des jockeys. Est-ce que tu peux me parler un peu plus de cette passion pour les bourrins ? [rires]

Ahah c’est vrai. C’est très important pour moi les courses. Je ne suis pas un grand joueur mais j’avoue, à chaque fois que je suis au bar, au café, bah je joue un coup. Je suis un joueur notoire [rires]. J’admire beaucoup les jockeys. Je vois Christophe, je vois Maxime [ndlr : Maxime Guyon, Christophe Soumillon, jockeys cités dans le morceau "Midi midi"]

Tu les connais ?

Je ne les connais pas mais quand je les vois à la télé, ça me fait plaisir, c’est des gens que j’admire fort. Je leur passe la dédicace d’ailleurs [rires]. Je ne suis vraiment pas un spécialiste mais j’aime jouer. J’aime vraiment bien les bourrins.

Tu gagnes un peu ?

Ouais ! J’ai un nom aussi pour ça. J’ai un bon flair, je suis avec les anciens, on discute. Le PMU, c’est que des anciens. On se refile des tuyaux. Quand il y a un ancien qui me dit : “Écoute, je mets 1 000 palos sur lui”, bah je réfléchis, parfois je mets 100 euros, ça ne me coûte rien, c’est un feeling. Il y a beaucoup de loisirs dans tout ça, c’est excellent.

Quand j’écoute certains de tes morceaux avec cette ambiance PMU et le côté combines dans la rue, ça me rappelle le film “Les Ripoux”.

Ah ouais, t’es fort. Je me rappelle de Thierry Lhermitte avec son cuir. J’avoue, il peut y voir un truc.

Justement en parlant ciné et série, tu évoques souvent la série The Wire dans tes paroles. Question classique mais toujours compliquée : si tu dois n’en choisir qu’un, c’est qui ton personnage préféré ?

Ahah un seul, c’est chaud. Bah écoute, mon personnage préféré, même s’il arrive tard, je pense que c’est Marlo. C’est logique.

Ouais, c’est le grand gagnant.

Voilà. Mais après j’ai des coups de cœur dans la série, j’en ai beaucoup. J’aime bien Chris. C’est un soldat. En fait, j’aime beaucoup les soldats parce que je me considère comme un soldat. Plutôt qu’un gérant ou un boss, pour moi je suis plus un soldat. Mais je suis le chef des soldats.

Slim Charles, genre.

Ah t’es super fort, tu me régales de ouf. [rires] Mais ouais je vois, je vois, très bon Slim aussi, il est en ficelle, il sort au bout de je ne sais pas combien de temps “t’es revenu toi ?”. Ahah, il a pris un coup de vieux.

Tu parles d’autres séries dans tes textes, notamment traitant de la mafia italienne comme Corleone et les cartels mexicains, colombiens comme Narcos. Mais c’est très souvent des films ou séries basées sur des faits réels. C’est important pour toi ?

Ouais, j’ai besoin de savoir que ça a existé, que ce sont des vraies situations, des vraies personnes même si c’est romancé. Genre des trucs comme Prison Break ou La Casa de Papel, ça va je trouve ça pas mal mais je ne me projette pas, il manque quelque chose. Et puis je vais te dire un truc, je n’aime pas quand c’est trop nouveau. Narcos, j’aime bien parce que ça me rappelle des trucs que j’ai vus quand j’étais plus jeune. Pablo Escobar, on a vu tout ça à la télé, déjà c’est notre génération. Toto Riina, Provenzano, pareil, c’est des trucs sérieux, c’est palpable, ça a existé.

Parlez-moi de mecs qui ont existé. Jacques Mesrine, François Besse, ça m’intéresse. Sinon moi aussi, je peux inventer un personnage qui a creusé des tunnels, qui débarque dans la banque de France en 2026, ça va deux minutes [rires]. Si ce n’est pas réel, je kiffe pas. Le top, c’est la mini-série italienne Corleone. Là je kiffe, que des faits, pas de saltos ou de braquages bidons. Les super-héros, le surréalisme, X-Men tout ça, ça va j’ai pas 14 ans, hein.

Corleone (2007)

Tu es jeune mais tu fais souvent référence à une époque passée. Tu te sens nostalgique ?

Je ne vais pas faire le vieux hein, mais j’ai un peu de bouteille. Je suis d’une génération, celle du début des années 1990, qui traînait beaucoup avec les plus anciens, nés au milieu des années 1980, donc je connais pas mal de références de ces années-là qui m’ont marqué. Je me sens proche de tout ça. Je ne me suis pas perdu dans le Totally Spies, tout ça, là. Je me suis arrêté à Olive et Tom et Princesse Sarah. [rires]

En parlant d’Olive et Tom, tu as aussi pas mal de références footballistiques assez pointues.

Alors le foot, c’est pareil, je suis à l’ancienne. Quand Pauleta s’est barré du PSG, j’ai éteint la télé. [rires] Quand Drogba est parti de Marseille, Pauleta du PSG, j’ai tout éteint, ça n’avait plus d’intérêt. Je me suis arrêté à Nedved. Après, je me mets à jour aussi, je suis Mbappé.

Tu parles souvent du PSG, mais j’ai l’impression que tu as un petit faible pour le Bayern aussi.

Ouais j’aime bien. C’est des anciens, ils ont de la frappe, ça envoie toujours. J’aimais bien l’AC Milan avec Inzaghi aussi. J’aimais bien Giggs. Mais voilà, dès qu’ils se sont tous barrés, j’avais plus envie de suivre, j’ai tout barré. Attention, les nouveaux, les jeunes français notamment, ils sont très forts mais il me manque un truc. Pauletta, Rudi Völler, Okocha, voilà ce que j’aime. En fait, je suis dans le onze de légende de FIFA. Je les aime bien ces gens-là, tous.

Tu as aussi fait un morceau qui s’appelle “Hakan Şükür”.

Ouais, grosse dédicace à lui. Même si, apparemment, il a merdé, il a trahi. Quand j’ai fait ce son en exclu à Skyrock, j’ai reçu des messages bizarres, des menaces de mort je dirais même. [rires]  “Comment ça, tu parles d’Hakan Şükür, il a fait fumer des mecs de chez nous.” Apparemment, il s’est rendu à la CIA et il a balancé des noms en Turquie, c’est la merde, il a fait tuer des types. J’étais pas au courant.

Mais tu sors quand même le morceau sur l’album !

Ça va, c’est la CIA, je suis protégé. [rires] Que des gros noms, CIA, FBI, DEA, je me sens bien.

Tu parles aussi régulièrement de la rue d’Aerschot. Elle est vraiment longue cette rue pour que tu en parles aussi souvent ?

Ah ouais, cette rue-là, c’est important. J’ai habité à Schaerbeek pendant un an. Faut le vivre pour capter. Les gens sont trop bien là-bas, c’est détendu. On mange bien, on vit bien, on dort bien. C’est vraiment un style de vie qui m’a marqué, je me sens bien là-bas. J’ai mes contacts, j’ai de la famille, j’y retourne souvent.

Tu évoques souvent de zones géographiques très précises, tu nommes des rues ou des quartiers… C’est important pour toi tous ces détails ?

Ouais, je parle uniquement de ce que je connais, ce sont mes souvenirs, les lieux que j’ai visités, poncés. Je ne vais pas te parler de trucs à New York alors que je n’y vis pas.

Là on me dit que tu reviens de Miami. Justement, tu te vois vivre aux States ?

Hmmm, je ne pense pas, ou alors avec mon gars Alain, grosse dédicace à lui. Mais si je vais là-bas, il me faut le permis me-ar. Là-bas, tout le monde a un brolique sur lui, tout le monde est pétardé. Si je suis le seul à ne pas avoir de pétard, c’est un problème. On rigole tranquille, pouf je te fais une blague que tu ne vas pas comprendre, tu vas me mettre une balle. [rires] Ouaaah j’ai rien fait, j’habite en France. Rapatriement, 27 balles… Nan, nan, si je vais là-bas, il me faut le permis. Ou alors restons en France, il n’y a pas d’armes, on est bien, tranquille.

Il n’y a pas d’armes en France ?

En tout cas, il n’y a pas de permis. Tu ne vas pas rouler sans permis, nan ? C’est crade.

Pour finir, est-ce que tu peux m’expliquer le concept “Midi Midi” ?

Midi midi, ça veut dire au max, ça ne s’arrête jamais.

Pour le coup, tu ne t’arrêtes jamais ?

Ah si, si, moi j’aime beaucoup les arrêts, je m’arrête énormément. [rires]

Tu trouves que le rap, c’est du boulot ou pas ?

Nan, nan, ça va, on rigole. Là regarde, on est en interview, je rigole, c’est léger. Il y en a qui travaillent vraiment, ils portent des palettes. C’est pas un travail, ça. C’est un hobby. Tu ne trouves pas ?

Zeg-P : C’est un alibi ! [rires]

Pas mal celle-là ! Ouais, c’est un peu comme dit mon gars. Mais on travaille, on rigole. Comme je t’ai dit, on n’est pas des vrais rappeurs, on est des gars de Gennevilliers, dans le 92. On est des mecs de rue avant tout.

Je te repose la première question alors : est-ce que tu trouves toujours que tu ne sais pas rapper ?

Nan, c’est difficile ça, je sais pas, il y a plein de rappeurs qui rappent bien. Moi, je sais pas si je rappe bien, mais en tout cas, je rappe la rue.

Moi, je trouve que tu rappes bien.

Merci, t’es un bandit.

Par Aurélien Chapuis, publié le 29/01/2019