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En écoute : Jay-Z lâche un freestyle inédit en hommage à la "black excellence"

Le rappeur s'est produit pour la réouverture du mythique Webster Hall à New York en invitant Nas, Cam'ron et Jim Jones.

Vendredi dernier, Jay-Z a marqué l’histoire en se produisant pour la réouverture du Webster Hall, une mythique salle de concert située dans l’East Village à Manhattan. La salle était fermée depuis 2016 pour travaux. Après 10 millions de dollars d’investissement pour la rénovation, Hova est le premier artiste à se produire dans cet important lieu culturel, qui a déjà vu défiler Madonna, Mick Jagger, Guns N' Roses et même Bill Clinton.

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Lors de ce concert à guichets fermés, dont les places pouvaient atteindre 1 000 dollars en marché parallèle, Jay-Z n’a joué que des "B-sides", soit des morceaux moins connus de son répertoire. Au milieu de cette tracklist pointue, le rappeur s’est fendu d’un freestyle inédit rendant hommage à Nipsey Hussle, disparu récemment. Il y pointe l’engagement du rappeur de Los Angeles auprès de sa communauté et leurs valeurs communes.

"Gentrify your own hood before these people do it"

Plusieurs phrases ressortent de ce texte très inspiré. L’artiste insiste sur la gentrification des quartiers noirs aux États-Unis. Reprenant l’exemple de Nipsey Hussle, Jay-Z veut pousser ses pairs à développer le tissu économique et les cercles vertueux intracommunautaires pour éviter l’abandon. C’est son grand combat, et une façon de rendre hommage à Nipsey, très concerné par cette problématique.

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Jay-Z fait aussi référence à sa propre narration, notamment avec sa fameuse phrase sur les "92 bricks", les 92 kg de cocaïne qu’il aurait perdus à l’époque, le sortant du business de la drogue et faisant ainsi référence à son morceau "Never Change" sur Blueprint. De son côté, Nipsey Hussle faisait aussi référence à Jay-Z sur son dernier album avec le morceau "Hussle and Motivate", reprenant le sample d'"Hard Knock Life".

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#JAYZ x #BSides2

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Mais Jay-Z va encore plus loin dans son message sur la "black excellence" et son impact culturel. À ce concert au Webster Hall, il apporte carrément la paix sur scène. En invitant Nas, son meilleur ennemi, puis surtout Cam’ron et Jim Jones des Diplomats, Jay-Z met fin à des batailles démarrées il y a presque vingt ans.

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Même si le beef avec Nas était enterré depuis de nombreuses années, cette alliance sur "Dead Presidents" panse encore certaines plaies, remettant sur un même socle deux des plus grands rappeurs de tous les temps.

Mais la surprise vient surtout de Cam’ron, qui était toujours en froid avec Hova suite à des rivalités extrêmes au sein de Roc-A-Fella Records au début des années 2000. La guerre était violente entre eux deux jusqu’au point d’emmener le label à sa perte, Jay-Z préférant se séparer de son associé Damon "Dame" Dash, trop proche de Cam’ron, et annoncer sa première retraite.

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Hova et Killa Cam. Les voir ainsi ensemble sur scène pour la première fois depuis 15 ans avec leur seul morceau commun, "Welcome to New York", est un moment particulier de l’histoire du rap américain. Rejoints par Jim Jones, ils enchaînent ensuite avec "I Really Mean It", grand tube des Diplomats à l’ère de Roc-a-Fella en 2003. La célébration pacifiée, quinze années après, seul Jay-Z peut le faire.

"And we ain’t gotta leave the hood physically
But we gotta leave that shit mentally"

Tout prend une dimension historique dans les positions de Jay-Z depuis qu’il a pris sa "retraite". Déjà sur 4:44, son dernier album en date sorti en 2017, il délivrait de nombreux conseils et une vision très politique et sociale de la condition des Noirs et de la réussite aux États-Unis.

Chaque mot et chaque parole, mélangés à son histoire personnelle, sont choisis judicieusement pour développer une pensée différente, une philosophie globale. Et il adopte aussi cette position en dehors de la musique, s’alliant notamment avec Meek Mill pour faire bouger les lignes autour de l’injustice et de l’incarcération des Afro-Américains.

Avec cette évolution, Jay-Z reste une des figures fortes du rap les plus intéressantes à suivre trente ans après son début de carrière.

Par Aurélien Chapuis, publié le 29/04/2019

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