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En écoute : Pone ressort un inédit des placards de la Fonky Family

Publié le

par Jérémie Léger

"Cri" : ceci n’est pas un leak, mais bien un cadeau nostalgique de la grande époque de la FF offert par le grand Pone.

"Gloire à l’art de rue/DJ, breaker, B Boy, graffeur, beat box/Jusqu’au bout art de rue." Quel amoureux de rap qui se respecte ne s’est jamais surpris à scander le refrain du morceau "Art de rue" de ce mythique groupe de rap marseillais qu’est la Fonky Family, composée de Don Choa Le Rat Luciano, Sat l’Artificier, DJ Djel, Pone Menzo et Fel ?

Eh bien, dix-sept ans plus tard et plus de dix ans après la dissolution officielle du crew, Pone, (ex producteur du groupe) a ressorti des tréfonds de ses studios le morceau "Cri", un inédit issu des sessions d’enregistrement du classique deuxième album du groupe, sorti en 2001.

La genèse d’un morceau oublié

Bien souvent, des pépites musicales (à l’image de l’album de rap de Tom Hardy) se retrouvent inopinément sur la Toile, mais ici, il n’en est rien. C’est bien Pone lui-même qui est à l’origine de cette sortie. Un titre qu’il a d’ailleurs accompagné d’un long texte expliquant l’histoire du morceau. Il révèle d’ailleurs qu’il a décidé de le sortir dans un élan spontané de nostalgie.

"Par définition, un inédit est un morceau qu’on n’a pas pu ou pas voulu sortir, pour X raisons. Celui-ci, je pense qu’il n’était pas assez bon, mais il est possible aussi qu’on ne l’a pas mis par manque de place sur le CD.

En l’écoutant, ça m’a instantanément replongé dans l’ambiance de cet album. Les conditions étaient optimales : gros studio, super ingé, piscine, gros budget, bref, on était aux petits oignons. Et puis le studio polygone était un peu notre deuxième maison, personnellement j’ai dû y passer au moins un an."

Bien loin de se limiter à cette simple anecdote, Pone poursuit son exploration du passé en revenant en détail sur l’ambiance plutôt conviviale qui régnait lors des sessions studios de l’époque.

"On y croisait tout le rap français, ce qui était plutôt cool. On s’y sentait bien et on bringuait pas mal, directement dans le studio. On a même foutu en l’air une grosse table de mix en trinquant au-dessus. On y a fait du bon boulot mais il y avait un truc qui me dérangeait, on s’écoutait trop.

On écoutait certains morceaux en boucle, un peu comme si on était fans de nous-mêmes, je ne trouvais pas ça super sain. Mais bon, on était portés par la vague. Tous ceux qui entraient dans le studio quand on y faisait des écoutes, son à fond, étaient pris dans l’ambiance. Je me souviens très bien de célèbres rappeurs parisiens montant sur la table (pas celle de mix hein) en criant "Jusqu’au bout art de rue", un verre de Jack en main."

Après quoi, Pone pris le temps d’expliquer la conception de l’instrumental de ce morceau jusqu’alors laissée aux oubliettes. À ce moment-là, l'artiste se souvient qu’il faisait face à une panne d’inspiration, et que loutch lui avait prêté main-forte dans un climat de concurrence artistique omniprésent, mais toujours bienveillant.

"Francis "cissou" Delmas, le formidable manager du studio, avait mis un petit studio annexe, mais de très grande qualité, à notre disposition pour y installer mon matos de prod. En ce temps-là, avec loutch, on se partageait les mêmes machines. Et ça tournait quasiment 24/24 heures. C’est là-bas que j’ai fait ce beat, comme la majorité des beats de l’album. J’ai déjà dit dans un post précédent que j’étais dans une sorte de concurrence au niveau des instrus avec loutch, mais c’est plus compliqué que ça.

Pendant l’enregistrement, il y avait des moments où on était en panne d’instrus, où j’étais en panne d’instrus, et tout le processus d’enregistrement était stoppé. Bien sûr, cela créait une certaine frustration, sans parler du fait que les journées de studio étaient assez chères, et même si c’était le cadet de nos soucis, on savait qu’à la longue ça pouvait être problématique.

Pour pallier cette situation, loutch s’est mis aux machines pour créer des sons sur-mesure qui faciliteraient son écriture. C’est comme ça que sont nés "Imagine", "Dans la légende" ou "Filles flics descente" par exemple. Il faisait le beat, écrivait son couplet dans la foulée et le morceau était amorcé. C’est donc un peu malgré lui qu’il a créé ces morceaux.

On était très proches à cette époque, et je revois son attitude, quasi désolée, de faire mon job. Mais j’avais été défaillant et il était venu au secours du groupe, c’est ça la famille non ? Mais ça allait changer un équilibre à jamais, mais c’est une autre histoire."

Un beau cadeau qui nous rappelle à tous que la Fonky Family restera l’un des plus grands groupes de l’histoire du rap marseillais. Pour sûr que le rap français lui doit beaucoup.

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