Portrait of American musician Jimi Hendrix (1942 – 1970) (seated), South African-born American music producer and engineer Eddie Kramer (standing left) and studio manager Jim Marron as they pose in the control room of Hendrix’s then still under construction Electric Lady Studio, New York, New York, June 17, 1970. (Photo by Fred W. McDarrah/Getty Images)

On a discuté de Jimi Hendrix avec Eddie Kramer, son fidèle producteur et ingé son

Si Jimi Hendrix s’est envolé il y a 47 ans, son aura plane sur "les deux côtés du ciel". Les ressources inépuisables de ses sessions d’enregistrement renferment toujours des morceaux inédits. Both Sides Of The Sky, son dernier album posthume, a été dévoilé ce vendredi 9 mars 2018. À cette occasion, nous vous proposons une rencontre exclusive avec Eddie Kramer, fidèle ingénieur du son et producteur d’une légende dont on s’est remémoré quelques souvenirs croustillants, des sessions en studio à sa Corvette arc-en-ciel.

C’est dans un bar londonien que je me suis mis en marche sur les traces de Jimi Hendrix. Sur une petite scène, Eddie Kramer, son fidèle ingénieur du son et producteur de quelques-uns de ses plus grands classiques, secoue la tête en jouant d’une guitare imaginaire. En fond sonore et en avant-première, des morceaux inédits du très attendu nouvel album posthume de l’enfant de Seattle, pour un voyage dans le temps décapant dès la première chanson, une cover endiablée du "Mannish Boy" de Muddy Waters.

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Both Sides of the Sky, dévoilé le 9 mars dernier par Legacy (Sony Music), comporte 13 pistes soigneusement restaurées. Enregistré vers la fin de la vie de la légende, entre 1968 et 1970, il compte un titre exclusif, des morceaux rares et des versions inédites de sessions revisitées par un Hendrix assoiffé de musique. Sans oublier des petits délires, comme lorsqu’il insère de sa guitare le thème de la série télé Batman dans "Lover Man" – track n°2 de ce dernier volet d’une trilogie entamée en 2010 avec Valleys of Neptune et poursuivie en 2013 avec People, Hell and Angels.

Ou encore lorsqu’il s’amuse à coups de "nananananana" sur la fin du refrain de l’encore plus incroyable "Stepping Stone" (track 4). "Il n’aurait jamais fait ça pour un album de son vivant", me glisse Yazid Manou, attaché de presse et grand spécialiste du bonhomme. Nous sommes en 2018 et Jimi n’en finit pas d’étonner avec un album à la mesure de son caractère, 47 ans après sa mort survenue dans un hôtel londonien, le 18 septembre 1970, alors qu’il n’avait que 27 ans.

On reconnaît une légende à l’immortalité de son aura : celle d’Hendrix plane encore aujourd’hui grâce à ces raretés nées au bout de quatre années (seulement) d’enregistrements et de live. Une petite demi-décennie, mais tellement importante en termes de productions, durant laquelle l’icône mondiale vivait d’amour, de concerts et de sessions en studio qui lui ont permis d’enregistrer une multitude de morceaux.

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S’il est connu pour ses albums cultes comme Are You Experienced (1967), Axis : Bold as Love (1967) ou Electric Ladyland (1968) – desquels sont tirés ses singles les plus connus comme "Purple Haze", "Hey Joe", "Foxy Lady", "The Wind Cries Mary", "Up from the Skies", "Burning of the Midnight Lamp" – Jimi Hendrix a laissé derrière lui un immense coffre renfermant des trésors qui lui permettent de traverser les époques. Cette fois, il revient à travers un album pour les fans avertis, qui se démarque musicalement de ses disques plus "classiques", avec des pistes dont la sortie n’était pas prévue mais qui atteignent quand même la perfection.

Fan de science-fiction, éternel insatisfait, lover et bluesman déconneur : toutes ces facettes se ressentent sur Both Sides Of The Sky, album dans lequel on retrouve une reprise du titre "Woodstock" de Joni Mitchell, sur laquelle la basse de Jimi accompagne Stephen Stills, membre du groupe Crosby, Stills, Nash and Young que l’on retrouve également sur la piste 5, "$20 Fine". Pour la petite histoire, ce titre enregistré le 30 septembre 1969 devait s’appeler "30$ Fine". Depuis, son montant a changé mais sa valeur reste inestimable. Il s’agit du seul vrai inédit de l’album : une pépite de jam avec la voix de Stephen Stills, que Jimi, plein de groove, accompagne à la guitare.

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Il s’engouffre ensuite dans son blues originel sur une version rafraîchissante de "Hear My Train a Comin'", un morceau que le guitariste gaucher a travaillé et retravaillé pendant trois ans pour aboutir à cette version de 1969 totalement savoureuse. Seul titre de l’album où les trois membres de The Jimi Hendrix Experience sont réunis, il était pratiquement finalisé alors qu’Hendrix s’apprêtait à mettre fin au groupe – Pour ensuite créer un autre super-trio, Band of Gypsys avec Billy Cox et Buddy Miles, avec lesquels il faisait ses toutes premières sessions d’enregistrement, que l’on retrouve sur cet album.

Projet où l’on retrouve aussi un "Power of Souls" qui s’enchaîne sur un rythme effréné, portant l’album jusqu’à un ultime morceau (instrumental) touchant, "Cherokee Mist", sur lequel Jimi Hendrix, sitar en main, joue pour ses racines amérindiennes accompagné de Mitch Mitchell.

Il y a beaucoup à dire sur cet ouvrage, qui n’aurait pas pu prendre vie sans Eddie Kramer : il était là pour immortaliser ces sessions d’enregistrement historiques, avant de les restaurer plus de quatre décennies plus tard. C’est dans les immenses couloirs de Sony Music UK que je le rencontre, serrant la main qui a produit et enregistré des grands classiques de Kiss, Led Zeppelin, Jimi Hendrix, des Beatles, des Stones… Rien que ça. Autant vous dire qu’il avait pas mal d’histoires croustillantes à raconter sur Hendrix, du travail en studio à une balade sans permis en Corvette, en passant par des aspects plus techniques de la musique de Jimi, l’importance qu’il vouait au riff, son talent de lyriciste ou encore sa passion pour la science-fiction et les super-héros (dont il fait partie).

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Press play et mets-toi dans les meilleures conditions pour lire cette interview :

Eddie Kramer, Jimi et moi, dans les immenses locaux de Sony UK. (© Sony)

Konbini | Merci de m’accorder cette interview Eddie. On va parler de Jimi Hendrix.

Eddie Kramer | Jamais entendu parler de ce mec !

J’aimerais qu’on parle de sa musique et du travail que vous avez fait ensemble en studio, histoire de se remémorer quelques petites anecdotes pour nos lecteurs. Comment Jimi Hendrix a-t-il pu faire autant d’enregistrements en quatre années de carrière internationale seulement ?

Je l’ai rencontré en 1967. Il avait déjà commencé à enregistrer à Londres : entre son arrivée à Londres en septembre 1966 et son premier concert à l’Olympia de Paris en octobre de la même année, il a non seulement réussi à monter un groupe, mais aussi à répéter suffisamment de fois pour être prêt. Il était déjà célèbre quand on s’est rencontré : il avait fait la première partie de Johnny Hallyday à l’Olympia. Jimi se tenait au fond de la salle et il le regardait jouer, il pensait qu’il était très cool, il aimait le regarder bouger, écouter ce qu’il faisait – Jimi était comme une éponge musicale, il absorbait tout ce qu’il se passait autour de lui.

Son ascension a été très rapide : il a commencé à se faire connaître à New York en juillet 1966, et il a donc fait la première partie de Johnny Hallyday à l’Olympia en octobre de la même année. Puis il est revenu à Londres pour enregistrer "Hey Joe", "The Wind Cries Mary" et d’autres. Ensuite, on a commencé à travailler ensemble, en janvier 1967. Les années entre notre rencontre et sa mort en septembre 1970 ont été intenses. Pendant la première année, on a enregistré deux albums : Are You Experienced et Axis. Une fois l’enregistrement de Are You Experienced bouclé, on est retourné en studio dès le lendemain pour enregistrer Axis. On n’a pas arrêté. Jimi était quelqu’un de très entier, il se concentrait principalement sur la musique.

Eddie Kramer et Jimi Hendrix aux commandes (© Sony)

À la fin de la même année, on avait déjà commencé à travailler sur le troisième album, Electric Ladyland. Jimi est ensuite rentré à New York et je l’ai suivi. On a collaboré avec The Record Plant, qui à l’époque était un nouveau studio d’enregistrement. C’est là qu’on a enregistré Electric Ladyland pendant six mois. À ce moment-là, il devait être simultanément au studio et en tournée. C’était une routine de travail très intense, il fallait beaucoup d’énergie pour composer l’album, l’enregistrer, partir en tournée, puis retourner en studio. Mais c’est ce qu’il aimait, le studio était comme une seconde maison pour Jimi.

Il écrivait aussi ses paroles. Beaucoup de gens le considèrent comme le meilleur guitariste du monde, mais peu parlent de son talent d’écriture.

C’est tout à fait exact. Et c’est dommage, car ses paroles sont très importantes. Très important ! [en français]. Ses paroles sont inspirées de ses lectures. Il lisait beaucoup : des BD, de la science-fiction, de la fantaisie, des romans… Chas Chandler, son producteur et ancien bassiste des Animals, partageait son appartement. Chas aimait le même genre de livres. Les deux s’asseyaient à table pour en discuter, mais aussi parler de musique. C’est Chas qui a encouragé Jimi à écrire – et Dieu merci : c’est grâce à ça que "Purple Haze" et "The Wind Cries Mary" ont vu le jour.

C’est juste de souligner les talents d’écriture de Jimi. C’est incroyable qu’il ait pu écrire des chansons si belles en si peu de temps. Elles font référence à des représentations différentes de l’amour, à des mondes imaginaires… Et son utilisation des couleurs, comme dans "Purple Haze" – qui était évidemment une référence à l’acide, ou une autre drogue dans le même genre. Il était le leader de ce mouvement inspiré de l’imaginaire. C’était très cinématographique pour l’époque.

Quelle était votre manière de travailler en studio ? Pouvez-vous me parler du processus d’enregistrement à quatre pistes que vous exploriez avec Jimi ?

Ah, l’enregistreur à quatre pistes. Avec Jimi, on enregistrait les percussions en stéréo sur la première et la deuxième bandes, la basse sur la troisième, et la guitare sur la quatrième. Une fois ces quatre pistes enregistrées, je prenais la cassette pour la mixer sur une autre machine. Puis on recommençait avec l’enregistreur à quatre pistes, on y ajoutait une autre guitare et les voix, et ainsi de suite. On ajoutait ces quatre pistes aux pistes précédentes. Le mix devait être parfait à chaque fois, sinon c’était foutu et il fallait recommencer de zéro.

Tout ça, c’est aussi un peu grâce à vous : c’est vous qui avez montré à Jimi comment enregistrer sur quatre pistes lors de votre première session en studio.

Oui, on n’avait pas le choix à l’époque. Il n’y avait pas tout le matériel d’enregistrement qu’on a de nos jours : pas d’enregistrement multipistes, de cartouches à huit pistes, ni de seize ou de vingt-quatre pistes. C’est un point intéressant. Maintenant, on peut faire 120 pistes sans problème avec Pro Tools, c’est dingue. Tout est à disposition maintenant – l’égaliseur, la compression, le réverb –, il suffit de monter le fader et de mixer le tout.

Avant, il fallait vraiment s’engager pour faire de la musique. C’est pour ça que je choisis de continuer à enregistrer à l’ancienne : par engagement. Ce n’est pas le cas de beaucoup d’artistes aujourd’hui – je ne sais même pas combien de pistes tu peux faire avec ce putain de Pro Tools. Ensuite les gens se disent "et merde, maintenant il faut que je trouve un moyen pour que ça sonne bien", mais c’est trop tard. Il fallait penser à tout ça au début et s’engager pour la musique. Ça s’entend tout de suite, dès le début de la chanson – ça a un son distinctif.

Venons-en maintenant à ce nouvel album inédit : Both Sides of The Sky. Un album qui s’adresse aux fans avertis de Jimi, composé de 13 titres entièrement réédités. Comment vous y êtes-vous pris pour donner vie à ces anciens enregistrements ?

Il y a 13 chansons sur l’album, dont dix dévoilées au grand public pour la première fois. Toutes ont été remixées, et j’ai passé beaucoup de temps à faire des recherches sur le son, et sur comment éditer des cassettes enregistrées en 1969 avec beaucoup de bruits de fond. Il fallait que je trouve un moyen d’enlever tout ce bordel en arrière-plan qui parasitait la chanson. Il fallait que sa voix soit claire sur toute une piste. C’était très difficile, mais je l’ai fait grâce aux technologies modernes et des plugins.

J’ai procédé ainsi : les sons de Jimi étaient enregistrés sur une bande magnétique à quatre, huit, douze, ou seize pistes. On a tout transféré sur Pro Tools. Ensuite, on a converti le son magnétique en son digital – c’est là une étape critique du procédé, parce que les convertisseurs de Pro Tools ne sont pas géniaux. Il faut trouver le meilleur convertisseur disponible, un qui puisse rendre un son digital quasi identique au son magnétique. Burl a les meilleurs convertisseurs du marché. Le son n’est quasiment pas altéré par la conversion, et c’est exactement ce que je veux.

Une fois le son numérisé, on peut tout modifier. Mais je mixe l’enregistrement numérique avec une table de mixage analogique. C’est là que j’utilise mes plugins. J’utilise toutes sortes de plugins, comme Waves, UAD ou PSP. Il y a beaucoup d’avantages à travailler en numérique : je peux travailler de manière très précise, ajuster un son au décibel près et enlever tous les sons qui parasitent la voix de Jimi. Sa voix est plus puissante grâce à ce procédé. Le mélange de ces deux mondes, du magnétique et du numérique, c’est ma méthode pour mixer les chansons d’Hendrix : et ça marche ! Je peux me lancer et accorder tout ce que je veux avec précision.

Après tout ça, tout repart sur une bande magnétique : notre produit final sort sur cassette. Pour faire bref, on a commencé avec des cassettes, on a tout numérisé, puis on a tout remis sur cassette.

Vous avez produit et enregistré les albums de Jimi Hendrix mais… quel genre d’ami a-t-il été pour vous ?

C’était un ami, mais notre relation tournait autour du studio. Il était très réservé et n’était pas du genre à partager ses états d’âme. Il avait son propre cercle d’amis proches. Nous étions proches au studio, on se comprenait. Mais Jimi avait une autre vie en dehors, qu’il gardait séparée de celle du studio.

Eddie Kramer, Jimi Hendrix et Jim Marron. (© Sony)

Vous vous souvenez de votre première rencontre ?

On savait qui était Jimi avant de le rencontrer. Il avait déjà composé son hit "Hey Joe", on l’avait vu dans les magazines, on savait que c’était un mec cool. Puis le 5 ou le 6 janvier, je ne sais plus exactement quel jour c’était, on reçoit un coup de téléphone : "Salut, Jimi Hendrix arrive, on pourrait faire ceci ou cela, est-ce que tu veux l’enregistrer ?" J’ai répondu : "Ouais, carrément, je suis partant !"

J’aime beaucoup la musique. J’ai grandi en écoutant de la musique classique, puis je suis passé au jazz, à la pop, le rock 'n’roll et tout le reste. Rien ne pouvait vraiment m’effrayer… avant qu’il n’arrive. Je les ai entendus installer l’amplificateur de Jimi dans le studio pour la toute première fois, et j’ai pensé : "Oh mon Dieu… ça ne va pas être facile." Mais c’était cool. Tout a fini par bien se passer. On a très vite noué une bonne amitié entre collègues.

Quel est votre dernier souvenir de Jimi au studio ?

C’était en août 1970, juste avant qu’il ne reparte en Europe. Il est mort le 18 septembre 1970. On travaillait à Electric Lady Studio, son studio qu’il adorait. On mixait à ce moment-là. D’ailleurs, l’une des chansons sur lesquelles on travaillait est sur le nouvel album : elle s’appelle "Power of Soul". On l’a mixée ensemble à Electric Lady, c’était génial. On a mixé quatre chansons pour cet album qui était censé s’appeler The Cry of Love. On mixait ensemble et en même temps, ce qui m’a donné une bonne idée de ses préférences sonores.

J’ai lu qu’il vous donnait des instructions à travers un code couleur, car la technique et les logiciels n’étaient pas son fort.

Oh oui, il aimait parler des sons comme des couleurs. Il me disait un truc du genre "Mec, donne-moi du vert !", et je savais que "vert" voulait dire une réverb. Le rouge ou le violet renvoyaient à une distorsion, le marron était encore autre chose…

Jimi Hendrix est considéré comme l’un des artistes les plus novateurs de son siècle, surtout par rapport à son approche des techniques utilisées en studio et des instruments. Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur ces techniques qui lui étaient propres ?

Le côté technique de la chose est important. Dans le studio, et surtout pour le mixage, c’était moi qui faisais des expériences, qui essayais de produire quelque chose de nouveau. On ne voulait pas juste monter les faders et s’en satisfaire. On voulait être impliqués dans le processus créatif pour Jimi, comme le backmasking [une technique qui consiste à enregistrer des sons ou des messages à l’envers sur une piste musicale, ndlr]. Jimi était très fort pour ça.

On lui donnait un mix sur une Quarter Inch Cartridge à la fin d’une session, il la prenait chez lui, la jouait à l’envers sur son propre magnétophone, l’étudiait, et déduisait exactement où sa partie devait être. Le lendemain, quand il revenait au studio, il savait précisément quand commencer. Il nous disait de jouer à partir de tel moment, puis il nous disait qu’à partir de ce moment-là il fallait retourner la cassette. En jouant la cassette à l’envers, il savait exactement où il fallait qu’on soit pour l’enregistrer. On l’enregistrait en solo, puis on retournait la cassette, et c’était parfait. Il savait ce qu’il faisait.

Le riff est tellement au cœur de sa musique que j’ai l’impression que Jimi construisait tout autour de ce point de départ. C’est juste ?

Très bonne question, que peu posent finalement. En effet, toute sa méthode de travail tournait autour du riff : il arrivait au studio avec un riff, c’est-à-dire tout ce qui lui venait. S’il jouait avec Billy Cox, le bassiste de Band of Gypsys, qui faisait des riffs aussi, ils travaillaient ensemble. Mais si Jimi travaillait seul, il commençait par un riff. Quelque chose de simple, comme celui de "Purple Haze". Alors Chas disait "Oh cool, on a une intro !", et Jimi continuait. C’était parfait. Le couplet était bon, il n’y avait plus qu’à faire le refrain. Jimi avait toujours d’excellents riffs.

Donc toujours le riff d’abord ?

Toujours le riff d’abord, ouais. Hum… mais pas vraiment non plus. Il écrivait parfois les paroles avant de composer la chanson. Tout dépendait d’où lui venait l’inspiration. J’ai vu des brouillons des paroles de "Purple Haze" : la première version des paroles était "Purple haze, Jesus saves". Il a déchiré et mis en boule la feuille sur laquelle il avait écrit ça, avant de tout jeter. Quelqu’un l’a récupérée.

Eddie Kramer et Jimi Hendrix. (© Sony)

Pour finir, j’ai quelques petites questions rapides sur Jimi.

Le plat préféré de Jimi ?

Il aimait la cuisine noire-américaine du Sud des États-Unis : la soul food.

Sa note, son accord préféré ?

C’est une question très intéressante. La septième augmentée, je pense. Je ne sais pas si c’était sa note préférée, mais elle revient beaucoup. J’aurais pu te la montrer si on avait un piano. Tu vois "Spanish Castle Magic" ou "Crosstown Traffic" ? C’est cette note-là. Je me souviens, on était dans le studio et je jouais du piano. Il m’a approché pour me demander quelle était cette note.

Son parfum préféré ?

Il faut demander à ses anciennes copines !

Sa couleur préférée ?

Le violet. C’est aussi ma couleur préférée.

Et la mienne aussi. Sa voiture préférée ?

Une Corvette. En 1968, on enregistrait l’album Electric Lady, à New York. Il m’a dit : "Viens, on va faire une balade en voiture." Il avait une superbe Corvette, peinte dans des versions métalliques des couleurs de l’arc-en-ciel. Elle brillait au soleil, c’était une vraie beauté. Il a mis ses lunettes de soleil, je me suis assis à côté et on a dévalé la Huitième avenue à 130 km/h.

Quand je lui ai demandé s’il portait ses lunettes de soleil pour conduire, il m’a répondu : "Non mec, c’est juste pour le style !" Et quand je lui ai demandé s’il avait son permis, il m’a répondu : "Non !"

Par Rachid Majdoub, publié le 14/03/2018

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